La gestion participative, pour en finir avec la lutte des classes

Catégories
Tribune · Républicains Sénat · 9 novembre 2006

Le Figaro, jeudi 9 novembre 2006


Je travaille activement depuis une trentaine d’années pour la promotion et la mise en oeuvre de la gestion participative initiée par le général de Gaulle en 1959 et en 1967 avec les ordonnances relatives à l’intéressement et à la participation. En 1948, à Saint-Étienne, le chef de la France libre, s’adressant aux mineurs, avait déclaré : « Le progrès dans la productivité, comment l’obtenir, sinon par la coopération active du personnel tout entier ? Il faut que tout le monde s’y mette et que chacun y ait intérêt. » Le général de Gaulle avait raison. Quelle vision positive, mais quelles difficultés pour la mettre en oeuvre avec la réticence à la fois des chefs d’entreprise soucieux de conserver leurs bénéfices et les syndicats soucieux de conserver le contrôle des salariés insatisfaits.

Toutes mes propositions ont pour objectif d’associer les salariés et les actionnaires à la destinée des entreprises dont l’objectif unique est d’avoir des clients et surtout de les satisfaire. Je voudrais une France apaisée où les salariés et les actionnaires mettraient en place ensemble la gestion participative que j’ai mise en pratique depuis trente ans à Dassault Électronique et à Dassault Aviation.

Je pense que cette coopération permettrait de mettre fin à l’esprit de lutte des classes, c’est-à-dire aux conflits permanents entre actionnaires et syndicats. À partir du moment où les salariés comprennent que leur intérêt est de travailler dans une entreprise où ils sont motivés et où les résultats sont partagés équitablement, il n’y a plus de conflits salariés-patrons et plus de lutte des classes. Le progrès économique et social nécessite une solidarité totale entre tous les membres de la communauté et à tous les niveaux. Il s’agit de transformer l’esprit de lutte des classes (salaires-profits), en consensus social dans les entreprises et dans la nation.

La participation, concept mis en oeuvre par le général de Gaulle, est l’élément clé qui permet le passage d’un libéralisme dur, égoïste, qui ne recueille pas l’adhésion des salariés et qui provoque des conflits sociaux, à un libéralisme participatif qui associe les salariés aux progrès de l’entreprise et à ses résultats. Le profit partagé est la règle d’or de la « gestion participative ». Mais cela ne s’arrête pas là.
La gestion participative est à la fois un état d’esprit et une méthode de gestion économique et sociale.

Elle a le souci de rendre l’entreprise plus humaine, de veiller à l’épanouissement des hommes tout en développant une efficacité économique qui profite à tous. Son objectif est de reconnaître à tout salarié sa dignité d’homme, son droit à l’information, à la concertation et à la responsabilité. Par ailleurs, elle démythifie la notion de profit – souvent à l’origine des conflits – grâce au partage des bénéfices avec le personnel après la signature d’un accord avec les syndicats.

Dans une entreprise, il n’y a pas deux adversaires, il n’y a pas les salariés d’un côté et le patron avec les actionnaires de l’autre. Les uns et les autres doivent former une grande équipe qui doit réussir à vendre des produits compétitifs pour satisfaire à la fois les salariés, les actionnaires et les clients. La gestion participative met l’homme au centre de toutes les préoccupations des chefs d’entreprise. La gestion participative que je souhaite voir inscrite dans le Code du travail permet de répondre à tous les éléments de motivation des salariés dans les entreprises en les associant étroitement à la vie de l’entreprise.

Il faut que le chef d’entreprise agisse pour satisfaire les besoins du salarié :
– le besoin d’être, par la considération ;
– le besoin de savoir, par la formation et en l’informant sur l’activité de l’entreprise ;
– le besoin de pouvoir par l’exercice des responsabilités dans le cadre de son travail ;
– le besoin d’avoir par la rémunération et les dispositifs de la participation financière et de l’actionnariat salarié.

Tous les systèmes communistes et marxistes ont échoué, car ils ont supprimé la motivation du salarié. Les conflits salaires-profits et le slogan «
les patrons peuvent payer
», que j’ai bien connu, disparaissent quand on accepte de partager les bénéfices à parts égales entre salariés et actionnaires. La formule de 1967 définissant la part du bénéfice affectée à la participation et reprise dans le projet de loi actuellement en discussion ne donne pas une part suffisante des bénéfices aux salariés et ne les motive pas. C’est pourquoi je propose au Sénat de permettre aux entreprises de remplacer cette formule par une autre plus simple et plus favorable. C’est la formule des trois tiers qui consiste à diviser les bénéfices après impôts en trois parts : un tiers pour les salariés, un tiers pour les actionnaires, un tiers pour l’entreprise. Ainsi, on aboutirait à une égalité de traitement entre salariés et actionnaires.

Je propose aussi :
– que de plus en plus d’entreprises de 20 à 50 salariés puissent bénéficier d’un contrat d’intéressement ou de participation avec un avantage fiscal tel que défini dans la loi Fabius de 2001 et jamais mis en oeuvre ;
– que les accords d’intéressement soient conclus pour deux ans et non trois ans, afin que les PME puissent ajuster les contrats à leur plan de charge ;
– que la formation des salariés à l’économie soit obligatoire dans toutes les entreprises pour qu’ils comprennent que dans l’entreprise, les partenaires importants sont les clients, pas les actionnaires ni les syndicats.

Sans client, pas de vente, pas de chiffre d’affaires, pas de salaire, pas d’emploi.

Je souhaite que les sommes transférées du Compte épargne temps vers un Plan d’épargne pour la retraite collectif (Perco) ou vers un Plan d’épargne entreprise (PÉE) bénéficient des mêmes exonérations fiscales que les sommes venues de la participation ou de l’intéressement. Je souhaite que, suivant des critères à définir entre élus et syndicats, les fonctionnaires relevant des fonctions publiques d’État, hospitalière ou territoriale puissent être intéressés aux économies réalisées par rapport aux budgets initiaux en sus de leurs rémunérations.

Dans les entreprises, tout doit concourir à satisfaire les clients pour supprimer toute idée de conflit, car avec les conflits, l’entreprise peut disparaître. Tous les partenaires dans l’entreprise doivent travailler au même but : la continuité de l’entreprise et de l’emploi.

N’ayons pas peur de briser les idées préconçues.
N’ayons pas peur d’aller plus loin.
N’ayons pas peur d’être courageux. L’enjeu est considérable. Le climat social dans l’entreprise est fondamental pour sa réussite. Seule l’association capital-travail, chère au général de Gaulle, à travers la gestion participative, permettra de dynamiser notre économie et de retrouver la croissance.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.