Rémy Pointereau – Démographie médicale

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En séance · Républicains Sénat · 18 octobre 2007

Rémy Pointereau :

Madame la ministre de la santé, de la jeunesse et des sports, l’accès aux soins est, en milieu rural, le plus important des services publics.

Or la désertification médicale prend depuis plusieurs années une ampleur inquiétante, et, compte tenu de la pyramide des âges, cette situation risque de perdurer, voire de s’aggraver.

Dans le même temps évidemment, certaines régions de notre pays attirent un nombre excédentaire de médecins.

Depuis 2004, des solutions incitatives ont été proposées par le Gouvernement et votées par le Parlement, comme le relèvement du numerus clausus, la majoration des actes, une meilleure reconnaissance de la spécialité en médecine générale ou, enfin, le soutien au regroupement en maisons médicales pluridisciplinaires.

Ces dernières années, des initiatives locales ont été prises. Certains conseils généraux ont voté l’attribution de bourses à des étudiants en médecine en contrepartie d’une installation de ces jeunes, une fois leur diplôme en poche, là où il existe un déficit de médecins ruraux.

Dans mon département du Cher, le conseil général a voté en janvier dernier, sur l’initiative de mon groupe, un dispositif destiné à favoriser l’installation de jeunes médecins, en leur offrant une bourse de 600 euros par mois pendant trois ans, et ce en contrepartie de leur engagement à exercer en zone sous-médicalisée du département pendant une durée d’au moins cinq ans.

Jusqu’à présent, ces mesures incitatives n’ont eu qu’un impact limité sur l’installation des médecins.

C’est ce que révèle un rapport de la Cour des comptes du 12 septembre dernier ainsi que les conclusions du rapport d’information de mon collègue Jean-Marc Juilhard. Ce dernier, dans ce rapport, rappelle d’ailleurs que de nombreuses institutions – l’Académie nationale de médecine, la Conférence nationale de santé, la Cour des Comptes, le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie – considèrent que « cette politique de moindre contrainte » est insuffisante devant l’ampleur des défis à relever.

C’est dans ce contexte, madame la ministre, que vous avez présenté, dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2008, un dispositif plus directif. Cette proposition a suscité la grogne des médecins, surtout des plus jeunes.

Il est vrai que, dans ce domaine, l’équilibre est difficile à trouver, puisqu’il s’agit de concilier le respect du principe de la liberté d’installation avec la nécessité tout aussi impérieuse de répondre aux préoccupations concrètes des Français, qui sont en droit de prétendre, partout sur le territoire, à une médecine de proximité.

Madame la ministre, pouvez-vous nous indiquer comment vous envisagez l’articulation de ces axes de réformes ?

Pouvez-vous aussi nous donner des éléments de méthode sur la négociation à venir, de manière à rassurer les jeunes médecins et les internes ?

La réponse de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse et des sports

Monsieur Pointereau, le diagnostic est maintenant unanimement partagé. Vous avez d’ailleurs très justement rappelé le jugement de différentes institutions et cité le rapport de la Cour des comptes. Hier, j’ai reçu longuement votre collègue Jean-Marc Juilhard, qui a fait pour le Sénat un excellent rapport d’information sur la démographie médicale.

Il faut savoir que les problèmes de démographie médicale ne se posent pas qu’en milieu rural. Ils commencent à quelques kilomètres du Sénat ! Il existe en effet, en région parisienne, des zones caractérisées par une sous-densité médicale, s’agissant tant des généralistes que des spécialistes.

Hélas ! face à cela, le constat est accablant : les mesures dites purement incitatives, vous l’avez très justement dit, ont montré une certaine limite. Bien entendu, la situation va encore s’aggraver, puisque les générations à faible densité d’étudiants vont arriver sur le marché professionnel.

Je veux préciser un certain nombre de choses.

Oui, nous sommes attachés à la liberté d’installation, et il n’est pas question de revenir sur ce principe fondateur.

Oui, il faut continuer les mesures incitatives. Certaines n’ont pas encore tenu pleinement leurs promesses.

Je pense, par exemple, à la question des maisons médicales de garde. Vous trouverez dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale des mesures à ce sujet. Il existe 214 maisons de ce type ; nous en voulons davantage. Vingt-quatre sont en cours d’installation.

Il faut aussi relever le nombre des médecins qui sortent du premier cycle des études médicales, ou PCEM. Nous avons encore relevé le numerus clausus.

Prochainement, à l’occasion des états généraux de la démographie médicale, nous allons mener un large débat. L’article 33 du projet de loi de financement de la sécurité sociale servira de cadre. En plus des caisses d’assurance maladie et des syndicats représentatifs, nous allons pour la première fois ouvrir la discussion aux jeunes médecins.

Ils seront largement associés au débat avec voix délibérative, et il sera donc tenu compte de leur avis.

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