Philippe Dallier : “Le Grand Paris ne doit rien retirer aux autres collectivités”

Catégories
Passage média · Républicains Sénat · 4 avril 2008

Vous présentez votre rapport pour l’Observatoire de la décentralisation sur le Grand Paris le 9 avril. Quelles sont les visions qui s’affrontent dans ce dossier?

Il y a ceux qui, comme Jean-Paul Huchon, le président socialiste du Conseil régional d’Ile-de- France, disent que tout va très bien, qu’il faut seulement de l’argent supplémentaire pour régler tous les problèmes. Ensuite, ceux qui considèrent qu’il faudrait modifier la gouvernance mais reculent devant la difficulté. Enfin ceux qui, comme moi, estiment qu’une réforme institutionnelle et de grands projets structurants sont indispensables pour redonner une dynamique à la région.


Pourquoi est-il urgent d’agir ?

Les acteurs économiques disent, avec raison, que Paris est en perte de vitesse sur les autres places mondiales, mais il faut aussi partager les richesses et lutter contre la ségrégation, au sein de la région, entre zones riches et pauvres, d’exclusion et de renfermement sur soi. En matière de logement, de transports et de sécurité, les Franciliens considèrent que les choses ne vont pas bien. Enfin, on a empilé les couches de responsabilités et les Français ne comprennent plus rien au système. Tout ce qu’ils voient, c’est leurs impôts locaux qui augmentent. La dernière raison est de devenir efficace en matière de dépenses publiques.

Quel périmètre donnez-vous au Grand Paris ?

Il n’y a pas de périmètre évident. La Constitution permet de regrouper des collectivités existantes. Je propose de faire avec les trois départements de la petite couronne et Paris une collectivité sans clause de compétence générale. Elle permettra de mettre dans le même panier la richesse économique et les problèmes sociaux. Bien sûr, ce ne sera pas facile. Il faudra dire aux présidents des conseils généraux qu’ils ne le seront plus. Il faudra élire des représentants au Grand Paris et il n’yen aura peut-être pas autant que de conseillers généraux. Mais la question est de savoir ce que l’on veut et comment on redonne une dynamique à cette région. Contrairement à ce que disent certains, ce n’est pas la solution «bombe atomique ».

Quelles sont les conditions de la réussite?

Il faut redevenir pragmatique. Nous avons listé une bonne dizaine de scénarios dans le rapport. Ne rien faire, c’est laisser la première couronne se couvrir d’intercommunalités. Pour faire avancer ce projet, il faut déminer le terrain, proposer une solution qui ne retire rien aux autres collectivités, ne demande rien à l’Etat qui n’a pas d’argent, laisse intactes les compétences et les ressources de la grande couronne et de la région, dont le rôle reste important. Il faut aussi, peut-être, rassurer l’Etat, qui pourrait voir d’un mauvais œil une entité de 6 millions d’habitants avec un président à sa tête.

Quelles seraient les compétences du Grand Paris?

Le logement, les transports, même s’ils restent une compétence régionale, la sécurité et le social dont il assure la coordination et la péréquation, les communes restant comme aujourd’hui les acteurs sur le terrain. Le développement économique au sein du cœur d’agglomération entre aussi dans ses compétences même si la région est garante de la cohésion d’ensemble.

Le Grand Paris se situe donc entre les communes, échelon de proximité, et la région qui coordonne l’ensemble?

L’organisation reste la même qu’aujourd’hui, des départements et une région. Le Grand Paris doit être une vraie collectivité avec des élus sur un périmètre pertinent pour rendre efficaces les dépenses publiques. Il faut prendre conscience que la manne publique que Jean-Paul Huchon appelle de ses vœux n’existe plus.