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Passage média · Républicains Sénat · 11 avril 2008

Gérard Larcher : Soigner l’hôpital

Ancien président de la Fédération hospitalière de France, le sénateur
Gérard Larcher (UMP, Yvelines) devait rendre à Nicolas Sarkozy, jeudi 10 avril, les conclusions de la mission sur l’hôpital. Ses propositions devraient être intégrées dans le projet de loi sur la modernisation des soins, programmé pour l’automne.

Après le plan Hôpital 2007 et la mise en place d’une nouvelle gouvernance, les établissements hospitaliers ont-ils besoin d’une nouvelle réforme?

Notre constat est qu’il faut donner à l’hôpital public ses vraies chances face aux cliniques privées pour qu’ils ne courent pas avec des semelles de plomb quand les autres se baladent avec des chaussures d’athlète. Il ne faut plus qu’à l’hôpital, on soit obligé d’attendre deux ans pour obtenir un gros équipement quand c’est possible en six mois dans le privé. Les professionnels n’en peuvent plus de la lourdeur de gestion des établissements, de la lenteur de prise de décision, de la sur-réunionite aiguë. Le nombre de praticiens hospitaliers qui partent dans le privé, y compris des personnes qui sont tout sauf mercantiles,
pose franchement question. Moi qui crois à l’hôpital public je ne peux pas me résoudre à ce qu’il n’y ait bientôt plus de radiologues au Puy-en-Velay.

Les hôpitaux locaux craignent une réorganisation à marche forcée. Allez-vous procéder comme pour la réforme de la carte judiciaire?

Notre méthode est l’ anti -carte judiciaire. Tout ne se décide pas de Paris et il n’y a pas de dessein préalable de réforme. Nous n’avons pas cherché à réorganiser la carte hospitalière, mais à répondre au mieux aux besoins de santé d’un territoire. Nous proposons de partir d’un modèle qui a marché dans notre pays, celui des communautés de commune et d’agglomération. Sur un territoire donné, les établissements hospitaliers seront incités à mettre en commun leurs moyens. Il y aura ainsi un hôpital de référence, qui sera le lieu des compétences médicales obligatoires, qui travaillera en coopération avec des hôpitaux locaux. Ceux-ci pourront répondre aux besoins en gériatrie
ou offrir des consultations de spécialistes là où ils manquent cruellement, voire être des lieux d’organisation de la permanence des soins. Il n’y a pas de modèle unique, tout se fera sur le volontariat.

Quel intérêt auront les hôpitaux à se regrouper?

Celui d’une gestion plus souple. Nous proposons la création d’un établissement public de santé, au statut nouveau que définira par la loi. Actuellement, ni le directeur d’hôpital ni le président de la commission médicale d’établissement (CME), un médecin, n’ont véritablement
de pouvoir de gestion de l’hôpital. Il nous faut donc un directeur responsable, issu de la fonction publique ou du privé, qui soit un véritable manager. Il sera nommé pour une durée déterminée par les futures agences régionales de santé. Ce directeur sera épaulé dans sa gestion par un directoire et par un conseil de surveillance. Il ne sera plus soumis au code des marchés publics.

Comment remédier au départ des praticiens hospitaliers dans le privé?

En ouvrant un statut optionnel à celui de praticien hospitalier, pour ceux qui le souhaitent. Il s’agit de prendre en compte la réalité des médecins qui travaillent beaucoup, qui ont pris des responsabilités ou dont la pénibilité du travail n’est actuellement pas reconnue. Ces praticiens passeront un contrat avec la direction de l’établissement et recevront une part fixe et une part variable de salaire, en fonction de leur activité. Par cette rémunération supplémentaire, nous faisons le pari qu’ils iront moins exercer en libéral où ils pratiquent parfois des tarifs de secteur 2.

Vos propositions ne reviennent-elles pas à aligner la gestion du public sur celle du privé?

Ce que nous proposons n’est en rien une privatisation, mais une clarification du fonctionnement des hôpitaux, sur le modèle de la réforme des universités déjà adoptée. Les cliniques privées, quant à elles, se verront proposer un contrat de service public pour qu’elles puissent participer aux urgences, à la permanence des soins et à l’accueil des patients les plus démunis. En contrepartie, elles pourront bénéficier du soutien financier de l’Etat.

Que faire face à la concentration capitaistique des cliniques privées, qui s’est accélérée ces dernières années?

Ce mouvement ne nous pose pas de problèmes idéologiques à condition que ces capitaux soient stables et qu’ils ne pèsent pas sur l’éthique médicale. Nous proposons donc que les médecins des cliniques puissent exercer un droit d’alerte si les conditions éthiques et déontologiques ne sont pas respectées sous la pression financière. Par ailleurs, les excès de concentration devront pouvoir être soumis au contrôle de la future haute autorité de régulation de la concurrence .