Jean-Pierre Raffarin :  » Pour la paix, pas pour la Chine »

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Passage média · Républicains Sénat · 5 mai 2008

A moins de cent jours des jeux Olympiques et de retour d’un voyage de réconciliation avec la Chine dans la
foulée des protestations antifrançaises à Pékin, Jean-Pierre Raffarin, sénateur UMP de la Vienne, explique sa vision du rapprochement avec l’Empire du milieu.

A quelques semaines des Jeux de Pékin, faut-il séparer l’aspect olympique du politique?

La tension internationale s’est révélée sur le parcours de la flamme mais elle doit s’apaiser. Les questions politiques ont été posées et celle du Tibet s’est matérialisée dans plusieurs pays. Notre Président a appelé à la reprise du dialogue entre les autorités chinoises et le dalaï-lama et les Chinois se sont engagés dans cette voie. Ce dialogue est nécessaire pour apaiser les Jeux.

Quelles conclusions avez-vous tiré de ce voyage ?

L’opinion publique était très choquée par l’accueil français et les perturbations autour de la flamme olympique. Il ne faut pas sous-estimer les interrogations de la jeunesse chinoise, elle se demande vraiment pourquoi nous n’aimons pas la Chine. Les Chinois ont une relation affective à la France et leur incompréhension est d’autant plus forte à notre égard. Quant aux dirigeants, ils ont compris que certains gestes étaient nécessaires pour que les jeux se déroulent dans le calme. Cest leur symbole d’ouverture au monde, la vitrine d’un pays qui est sorti du nationalisme pour s’inscrire dans la mondialisation. Ils ont absolument besoin de les réussir.

Avez-vous le sentiment de représenter un lobby pro Pékin en France ?

J’ai une relation forte avec ce pays où je me rends deux fois par an, mais je ne suis pas pour la Chine pour autant. Je suis pour la paix. Quand l’Occident donne une image arrogante d’elle-même, elle prend le risque de replis nationalistes ou extrémistes. Je ne veux pas voir de grandes puissances comme la Chine ou l’Inde tomber dans des excès de nationalisme. Avec les JO et l’exposition universelle de Shanghai, les Chinois ont fait des efforts d’ouverture sur le monde, il faut les prendre en compte. Il faut aussi regarder leurs progrès : ils ont sorti des milliers d’habitants de la pauvreté.

Malgré tout, on ne peut pas nier que leur modèle ne ressemble pas vraiment à notre idéal de démocratie ?

Je comprends cet idéal mais je veux observer aussi les progrès de développement de la Chine. Pour eux, l’Occident se sert des droits de l’homme pour asseoir sa puissance. C’est bien de répéter nos valeurs partout dans le monde mais nous devons mesurer d’où ils viennent. Et regarder dans notre propre histoire le sang versé pour en arriver là où nous en sommes. Nous n’avons pas, je crois, de leçons d’évidence à donner.