Gérard Cornu, Sénateur UMP de l’Eure-et-Loir, Prévention de l’alcoolisme chez les jeunes

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En séance · Républicains Sénat · 30 mai 2008

Gérard Cornu, Sénateur UMP de l’Eure-et-Loir :

Madame la ministre, nous pouvons lire dans la presse ou dans des études de santé que, si l’alcoolisme chez les adultes régresse dans notre pays, ce phénomène semble frapper beaucoup plus tôt et de manière beaucoup plus forte les préadolescents.

Un nouveau type de consommation d’alcool, appelé par les jeunes «biture express», est extrêmement inquiétant.

Dès l’âge de douze ans, des adolescents donc très jeunes se réunissent en petits groupes dans des endroits isolés et ingurgitent d’énormes quantités d’alcool en un temps record pour atteindre un état d’ivresse extrême. C’est ainsi que certains d’entre eux sont admis aux urgences dans un état de quasi-coma éthylique.

Les ravages provoqués par une alcoolisation massive chez les jeunes sont, certes, différents de ceux qui sont dus à ce que l’on appelle l’« alcoolisation dépendance », mais on peut redouter que ces consommations d’alcool par des enfants ne soient probablement les prémices d’une future dépendance.

Nous, élus nationaux et locaux, parents et éducateurs, sommes alertés par ce nouveau fait de société, et il est de notre devoir de lutter contre l’alcoolisation des plus jeunes qui, souvent, connaissent d’autres addictions. Il faut trouver de nouvelles solutions et de nouvelles formes de prévention qui soient à la mesure de la gravité du phénomène.

Madame la ministre, quelles mesures allez-vous prendre pour faire en sorte que ces très jeunes adolescents, dont l’organisme est encore en pleine croissance, prennent conscience des ravages immédiats de telles consommations ?

La réponse de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative

Monsieur le sénateur, le problème de l’alcoolisme et de l’alcoolisation de plus en plus précoce des jeunes est effectivement préoccupant.

Certes, la consommation d’alcool diminue dans notre pays, y compris chez les moins de vingt-cinq ans. Mais une nouvelle forme d’alcoolisation a surgi, désignée sous son nom anglais de « binge drinking ». Il s’agit non plus d’un alcoolisme de convivialité, mais d’un alcoolisme brutal, destiné à obtenir très rapidement un état d’ivresse.

Ainsi, 56 % des jeunes âgés de dix-sept ans ont déjà été ivres de cette façon au moins une fois dans leur vie, et 10 % des jeunes l’ont été douze fois dans l’année qui vient de s’écouler !

Au vu de ces chiffres extrêmement alarmants, nous avons décidé de renforcer très fortement les moyens consacrés à la lutte contre l’alcoolisme des jeunes.

Des mesures ont d’abord été prises par Jean-Louis Borloo dans le cadre de la sécurité routière, avec, par exemple, la mise à disposition d’éthylomètres dans les lieux de convivialité tels que les boîtes de nuit, les discothèques ou les établissements ouverts la nuit.

Par ailleurs, sous l’égide de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie, nous avons engagé une concertation pour examiner d’autres mesures.

En premier lieu, nous voulons uniformiser l’interdiction de vente d’alcool aux mineurs parce que le régime actuel est très complexe. En effet, la vente de boissons alcooliques est interdite aux mineurs dans les débits de boisson, mais celle de boissons des groupes 1 et 2 est tolérée pour les jeunes âgés de seize à dix-huit ans, et elle est autorisée dans les lieux de vente à emporter.

Nous souhaitons donc interdire la vente de boissons alcooliques dans tous les lieux de vente, qu’elles soient consommées sur place ou à emporter.

En deuxième lieu, nous voulons interdire la vente d’alcool au forfait, connue sous le terme également anglais d’« open bar » : moyennant une somme forfaitaire, on peut consommer la quantité d’alcool que l’on veut, ce qui entraîne des alcoolisations massives.

En troisième lieu, nous voulons encadrer la vente dans les vitrines réfrigérées, qui incitent à la consommation immédiate de boissons alcooliques.

En quatrième et dernier lieu, avec Jean-Louis Borloo, nous voulons encadrer – je souhaiterais même qu’elle soit interdite – la vente de boissons alcooliques dans les stations-service : vous conviendrez avec moi que leur vocation est la vente de carburants, pas celle de boissons alcooliques !

Certes, il s’agit là de mesures d’interdiction, mais elles seront accompagnées de campagnes d’information et de prévention. C’est ainsi que nous allons ouvrir aux jeunes concernés par la consommation d’alcool les consultations dans les centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie, les CSAP. De plus, en septembre, je lancerai une grande campagne d’information spécifiquement dédiée aux jeunes pour les avertir des dangers liés aux consommations alcooliques massives.