Jean-Raffarin Raffarin : «Le Sénat n’a pas vocation à être un club»

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Passage média · Républicains Sénat · 19 septembre 2008

L’ancien premier ministre promet «une gouvernance collégiale et équilibrée» s’il est élu à la présidence de la Haute assemblée.

Craignez-vous que la défaite de la majorité aux municipales se répercute sur les sénatoriales dimanche ?

Pour être allé dans la plupart des départements soutenir nos candidats et défendre l’idée d’un Sénat libre et moderne, je pense que ces élections seront satisfaisantes pour la majorité présidentielle. Notre recul dans les grandes villes lors des municipales a masqué nos avancées dans les petites villes et en milieu rural. Nos résultats y ont été bien meilleurs qu’on ne le dit, ce qui rend accessible l’objectif de stabilité que s’est fixé la majorité.

C’est bon pour votre candidature à la présidence du Sénat ?

Ce qui est bon pour le Sénat tout court, c’est l’arrivée d’une nouvelle génération de sénateurs. Prenez les victoires municipales de Philippe Paul à Douarnenez ou, encore, d’Agnès Le Brun à Morlaix, par exemple. Ils sont tous les deux candidats dimanche et ils ont de bonnes chances de l’emporter, ce qui prouve que l’UMP a su se renouveler. Ce renouvellement sert la modernisation du Sénat. Et ce qui sert la modernisation du Sénat ne dessert pas mon projet.

Quels sont vos atouts par rapport à vos rivaux ?

L’originalité de l’offre politique que je propose dans ma contribution. J’ai une vision gaulliste de la pratique des institutions et de la politique étrangère, une vision libérale du développement des entreprises et une vision humaniste du dialogue social. Mon projet est rassembleur et mon expérience me démarque également.

Vous n’êtes pas issu du RPR. Est-ce un obstacle ?

Les réseaux d’amitié et de convivialité existent, mais ne garantissent pas des votes automatiques. J’ai le soutien actif de nombreux sénateurs de toutes origines. Ils me connaissent, ils ont pu mesurer quand j’étais chef de la majorité ma capacité à respecter les équilibres et à travailler loyalement avec toutes les composantes de la famille UMP. C’est sur ce respect de chacun que je fonderai ma proposition d’une gouvernance collégiale équilibrée pour le Sénat.

Votre déjeuner avec Jacques Chirac et une dizaine de sénateurs, mardi, visait-il à obtenir son onction ?

J’ai toujours assumé mes choix dans la loyauté, et je n’ai jamais remis en cause mon devoir de fidélité. Je garde pour Jacques Chirac des sentiments de profonde affection, mais je n’ai pas l’intention de le mêler au débat sénatorial.

Pour gagner, faut-il être le candidat favori de Nicolas Sarkozy ?

Mes amitiés ne sont pas clandestines. J’ai avec le chef de l’État des relations de confiance et de grande liberté. Pour le reste, le seul statut de favori qui compte, c’est celui de favori des sénateurs.

En quoi vos propositions se distinguent-elles de celles de vos rivaux ?

Ce qui distingue mon projet, c’est l’ensemble des choix qui y sont présentés pour résoudre la crise de légitimité du Sénat. Je préconise que son mode de scrutin permette une meilleure représentation de tous les territoires de France. Je souhaite, aussi, que notre assemblée s’ouvre davantage aux problèmes de société et qu’elle prenne mieux en compte les questions internationales. Le Sénat n’a pas vocation à être un club, mais une institution moderne. Il est indépendant de l’élection présidentielle : il doit donc être complémentaire de la fonction présidentielle. Dans les turbulences à venir d’une Europe bousculée par les ruptures aux États-Unis et l’explosion asiatique, le Sénat peut être le lieu d’une vision à la fois prospective et de sang-froid.