Interview de Gérard Larcher

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Passage média · Républicains Sénat · 9 octobre 2008

Pour « Les 4 vérités », ce matin Françoise LABORDE reçoit Gérard
LARCHER, président du Sénat.

Avec Gérard LARCHER, nous allons
évidemment évoquer la situation financière et boursière internationale et puis on
reviendra sur la vie du Sénat. Bonjour Monsieur le Président.

Bonjour.

Merci d’être avec nous ce matin. Un mot sur cette crise financière. On
voit que les banques centrales interviennent et on voit aussi que les politiques
interviennent. Alors, d’abord, avant d’évoquer l’intervention politique proprement
dite, la situation aujourd’hui, est-ce que vous pensez que l’on est encore en
mesure de contrôler à peu près ce qui se passe sur les marchés ou bien ça
reste quand même extrêmement tendu ?

On voit qu’un certain nombre de gouvernements, dont le nôtre, est
engagé dans ce contrôle. Ce contrôle est effectif avec en même temps le
contrôle des marchés, mais en même temps la nécessaire mise en place de
liquidités, notamment pour la trésorerie des entreprises. La décision qui a été
prise en France, de mettre à disposition des Petites et moyennes entreprises,
22 milliards d’euros, est une décision qui rentre effectivement en place, et c’était
d’ailleurs un des sujets du débat hier soir, qui se tenait au Sénat, sur la situation
face à la crise financière.

Alors, en même temps, à l’Assemblée nationale hier, comme au Sénat,
jusqu’à tard dans la nuit – d’ailleurs, merci d’être avec nous tôt ce matin, vous
vous êtes couché très tard – il y a eu un débat, en effet, sur la crise financière,
est-ce que vous avez le sentiment aujourd’hui que l’appel à l’unité nationale
lancé à plusieurs reprises par le Premier ministres est entendu ? Parce que l’on
n’a pas le sentiment que l’opposition est prête à une sorte d’Union sacrée
autour de la crise.

Je ne sais pas si le terme doit être « Union sacrée », en tous les cas, le
président de l’Assemblée nationale et moi-même, allons prendre une initiative d’une commission paritaire, Assemblée nationale / Sénat, à la fois pour suivre
cette crise, mais aussi nous projeter dans ce qui devront être les élément de
sortie de crise et contribuer par notre réflexion et nos propositions, à ce qui est
demain, sans doute une unité de régulation dans le monde, parce qu’une des
causes de cette crise, c’est quand même 20 ans d’oubli, notamment aux Etats-
Unis, d’un système de régulation qui existait depuis le « New Deal ».

Je suis d’accord. On va revenir en détails sur ces points. D’abord,
l’Union, enfin, la proposition unique, président de l’Assemblée nationale,
président du Sénat, c’est quand même assez nouveau, ça ne se fait pas
. Les sénateurs et les députés, en général, ne sont pas réunis, sauf en
congrès.

Les sénateurs et les députés
doivent, ensemble, chacun avec leur sensibilité, dans le respect de leurs
différences, travailler et réfléchir à ce qui pourrait être, demain, la sortie de
crise.

Donc, ça, c’est déjà la touche Gérard LARCHER, à la présidence du
Sénat, qui fait un peu évoluer cette institution.

C’est en tous les cas la volonté de Gérard LARCHER, avec Bernard
ACCOYER, et j’allais dire, au-delà des groupes politiques, mais avec les
groupes politiques, car c’est indispensable, nous sommes un lieu de la politique, de travailler ensemble.

Alors, je reviens à ma question, parce que vous ne m’avez pas
exactement répondu sur le rôle de l’opposition. Est-ce que vous avez le
sentiment que l’opposition est prête, en tout cas, à baisser un peu les armes et
à faire un peu d’union autour de la crise, est-ce que l’ambiance est différente au
Sénat qu’à l’Assemblée nationale, de ce point de vue ?

Eh bien hier soir, en tous les cas, en écoutant celui qui parlait au nom du
groupe socialiste, j’ai entendu une contribution utile et intéressante, à la
réflexion et aux propositions du Parlement.

Ce qui n’était pas exactement le même climat à l’Assemblée nationale
où on a entendu…

En tous les cas je présidais la réunion du Sénat et j’ai, non pas entendu
le consensus mais la volonté de travailler, aussi, ensemble.

Alors, le Sénat est particulièrement impliqué dans les… forcément dans
les collectivités locales ; on a vu que la principale banque des collectivités
locales, DEXIA, enfin, la banque des collectivités locales, d’ailleurs, était en
difficultés. Est-ce que vous, président du Sénat, vous êtes aujourd’hui inquiet
pour le financement des collectivités locales ?

Hier soir, à l’occasion du débat et de l’échange ce questions/réponses,
le sénateur FOURCADE posait cette question, parce qu’un certain nombre de
collectivités ont des lignes de trésoreries, que ça soit auprès de DEXIA ou
d’autres établissements bancaires, nous suivons avec une extrême attention,
cette situation, car nous sommes les représentants des collectivités territoriales,
c’est une préoccupation quotidienne pour le Sénat.

Mais, aujourd’hui, il y a des collectivités locales qui ont des problèmes de
trésorerie, il y a des municipalités qui disent : « attention, on va manquer de
liquidités » ?

En tous les cas, aujourd’hui, c’est un sujet pour les jours qui viennent et
les semaines qui viennent, non pas d’affolement, mais de suivi attentif et le
Sénat y prendra toute sa part.

Est-ce que vous trouvez, avec le recul, que la Banque centrale
européenne, Jean-Claude TRICHET, qui a parfois été un peu critiqué pour son
extrême prudence sur les taux, est-ce que vous trouvez que finalement il a bien
fait, quand on voit que l’Europe, d’une certaine façon est un peu plus… contrôle
un peu mieux que les Etats-Unis, ce qui se passe ?

Ce à quoi nous assistons, c’est le retour des politiques, et le départ d’un
certain nombre de financiers. On nous expliquait il y a quelques années, dans le
capitalisme notamment de tradition anglo-saxonne, eh bien que les politiques
n’avaient rien à voir dans tout cela et qu’ils devaient…

Que le marché allait se réguler tout seul.

Qu’il allait s’autoréguler. Donc, voyons aujourd’hui le rôle des politiques,
le rôle des banques centrales et je dois dire que monsieur TRICHET travaille
dans ce sens-là pour l’intérêt collectif, dans la nécessaire unité d’action que
l’Europe doit avoir. Elle est toujours en quête, l’Europe, de cette unité d’action,
mais il ne faut pas désespérer de cette unité d’action, c’était aussi un des sujets
du débat, hier soir, au Sénat.

On a entendu ici même Elisabeth GUIGOU, qui fut ministre des Affaires
européennes, dire qu’elle avait regretté que l’Europe ne réagisse pas plus tôt,
plus vite, plus fort.

En tous les cas, le président de la République, comme président en
exercice de l’Union européenne, nous démontre sa volonté et sa détermination
à ce que l’Europe trouve bien cette unité d’action, c’est indispensable et
notamment pour la zone euro.

Est-ce que vous, vous avez eu des échos, j’allais dire, directement, de
vos électeurs, sur une inquiétude particulière ? Parce qu’on voit qu’en dépit du
discours rassurant, justement, des politiques, on entend ici et là, des retraités
qui vont aux CAISSES D’EPARGNE pour savoir si leurs comptes sur les livrets
peuvent être mis en péril, etc. etc.

Je crois qu’il n’y a pas, dans notre pays, de panique. Il y a d’abord la
garantie apportée pour 98 % des déposants, qui ont 70 000 € et moins, de
dépôts, cette garantie a été affirmée par le gouvernement. Je crois aussi que le
gouvernement, le président de la République, le Premier ministre, et les
ministres, sont à la manoeuvre et que pays a confiance. En même temps, notre
responsabilité est de donner une perspective à nos concitoyens, donc je crois
que face à cette situation, le sens des responsabilités, et aussi la détermination,
sont les meilleures réponses.