Gérard Larcher : La flexicurité doit plus que jamais prendre corps

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Passage média · Républicains Sénat · 5 décembre 2008

Le président du Sénat , Gérard Larcher, présente ce mois-ci le rapport sur
la flexibilité qu’il
a réalisé avec le commissaire européen Vladimir Spidla.

Avec la crise,
la flexicurité
estelle toujours d’ actualité ?

Parce qu’il
y
a une crise et qu’elle va
durer, cette idée doit plus que jamais
prendre corps. Ce n’ est pas une
question d’ idéologie. La flexicurité va de
voir s’ appliquer concrètement en Europe. Avec
une croissance faible ou nulle , beaucoup de pays
vont être très vite contraints de passer aux travaux
pratiques : apprentissage tout au long de la vie ,
souplesse des politiques contractuelles , sécurité
des revenus,
aide à la transition , accompagnement
à l’ emploi…
Et ce qui nous a frappés,
c’est que
partout en Europe où ces principes sont appliqués,
le
dialogue social fonctionne.
Il est mature.

Où la flexicurité fonctionne-t-elle le mieux ?

La Finlande,
le Danemark ,
la Suède sont souvent
cités, mais l’ Espagne a réduit la précarité sans pour
autant durcir le CDI. La Pologne , qui ne passe pas
pour un modèle de flexicurité, propose
systématiquement une formation aux personnes les plus
éloignées de l’emploi. Nous avons pu observer les
limites de la flexicurité nordique. Si les Finlandais
savent gérer la transition professionnelle en termes
de revenu et d’accompagnement,
ils n’ont pas
toujours su anticiper les évolutions économiques et
technologiques… Il faut également être capable
de prévoir ce que seront les entreprises de demain.
La sécurité, c’est aussi anticiper ces évolutions.

Avec un chômage à la hausse,
la flexibilité ne
risque-t-elle pas de primer sur la sécurité ?

La flexicurité n’ est pas le résultat d’ une compensation,
si équilibrée soit-elle, entre davantage de
flexibilité, qui profiterait aux employeurs,
et plus
de sécurité, qui bénéficierait aux salariés. La
flexibilité pour les salariés s’ exprime par une meilleure
conciliation entre vie professionnelle et vie
personnelle et, pour les entreprises, par une plus
grande capacité d’ adaptation. Côté sécurité, les
salariés ont besoin d’ une sécurisation des parcours
professionnels ; les entreprises,
elles, doivent
pouvoir avoir des assurances en matière juridique.

L’ accord sur la modernisation du marché
du travail va-t-il assez loin ?

Ce texte est une amorce. Mais il faudrait aller
audelà de l’ encadrement de la période d’ essai et du
seul contrat de travail. La formation
professionnelle est centrale.
L’ anticipation des besoins de
formation permet de maintenir l’ employabilité
des salariés tout au long de leur carrière , elle
augmente le taux d’ emploi et améliore la qualité des
emplois.
C’est pourquoi j’attends beaucoup des
négociations entre les partenaires sociaux sur la
formation. Il faut innover, décloisonner, sinon
c’ est le Parlement qui le fera. Il le faut. Je n’ appelle
pas au hold-up, mais cela concerne tout de même
62 milliards d’ euros !

Faut-il revoir la législation sur le contrat de
travail ?

Elle a déjà été revue avec la rupture négociée du
contrat de travail. Voyons ce que ça donne avant
d’ aller plus loin. La boîte à outils est déjà bien
garnie, avec la GPEC,
la convention de reclassement
personnalisé,
l’expérimentation du CTP.
Notre rapport le montre,
la flexicurité ne peut
fonctionner que si elle est pensée globalement. On parle
beaucoup des salariés en phase de transition
professionnelle, mais n’ oublions pas ceux qui sont
exclus du marché du travail depuis longtemps.
C’ est pourquoi je
m’ inscris en faux quand j’
entends dire que le retour des contrats aidés est un
scandale. Au Danemark ,
il existe une grande
quantité de contrats aidés assurés par les collectivités
locales. En France,
le RSA
y
contribue.

La flexicurité peut-elle concerner les
seniors?

Plus que jamais. Le CDD senior n’a pas marché. Nous avons , malheureusement , sous-estimé la
pesanteur des mentalité .
C’ est faux de dire qu’« un vieux qui s’ en va ,
c’ est un jeune qui trouve une
place ». Mais c’ est tellement ancré dans les esprits.
Les entreprises n’ont pas assez intégré qu’un
senior est une mine de compétences à valoriser. Les
seniors doivent entrer dans le dispositif de
sécurisation des parcours avec des bilans de
compétences,
de formation, de santé… Le
gouvernement se mobilise , avec les pénalités prévues pour
les entreprises qui ne joueraient pas le jeu,
avec
l’assouplissement du cumul emploi-retraite…
Mais c’ est long . On le voit bien avec le débat sur la
possibilité de travailler au-delà de 6o ans.. .
Depuis longtemps, au Sénat, nous réclamons que
l’ âge de 6o ans ne soit pas un couperet .