Jean-Pierre Raffarin : « Pourquoi je veux garder ma place à l’UMP »

Catégories
Passage média · Républicains Sénat · 8 décembre 2008

L’ ex-premier ministre sera
candidat à
la reconduction
de son mandat de
vice-président du conseil
national du parti.

Que pensez-vous
de la nomination de Patrick
Devedjian comme ministre
de la Relance ?

Patrick Devedjian a été dans mes
gouvernements en charge de l’ Industrie
et de la Décentralisation. Sa
nomination me paraît pertinente.

Allez-vous solliciter
la reconduction de votre mandat
de vice-président du conseil
national de l’ UMP le 24 janvier ?

Oui,
je
serai candidat,
sereinement.
Il
y
a encore des réformes
importantes à mener à l’ UMP. Le
parti doit être mieux associé au
travail législatif. Les militants veulent
davantage participer àla politique.
de la France. Nous devons aussi
mieux accompagner Nicolas
Sarkozy dans son rayonnement
international.

Vous ne vous sacrifierez donc pas
sur l’autel du renouvellement ?

La période qui s’ouvre va être
particulièrement difficile. La
meilleure manière de faire face est de
trouver l’équilibre entre la jeunesse
et
l’ expérience. L’UMP doit veiller à
son unité comme à sa diversité.

Allez-vous former un groupe
politique avec vos amis au Sénat ?

Non. Ce.
n’est pas une fraction
politique mais une coopérative de
travail. Nous sommes une trentaine
à nous réunir chaque semaine pour
travailler ensemble et avoir des
débats approfondis.
Il n’est pas facile
d’ aller au fond d’ un débat complexe
en une heure dans une réunion de
groupe qui réunit 150 sénateurs.
Nous sommes des réformateurs,
avec la volonté d’ aider Gérard
Larcher à moderniser le Sénat.

D’ailleurs il participera à notre réunion en
janvier.
Comment expliquez-vous
les tensions entre l’ exécutif
et
le Parlement ?

Nous travaillons sous la
pression de la crise,
donc de l’ urgence,
ce que nous comprenons bien, mais
l’ urgence ne peut pas imposer le
sacrifice de la sérénité. Quand on
bouscule le temps,
le temps se
venge. Sur un texte comme l’audiovisuel public, par exemple ,
même si
nous sommes pénalisés par l’obstruction des socialistes,
il ne faudrait
pas que le gouvernement préjuge
du débat au Sénat. Les difficultés
peuvent être plus managériales
qu’idéologiques.

La révision constitutionnelle
risque-t-elle de compliquer
encore les relations entre
le Parlement et
l’exécutif ?

Nicolas Sarkozy modernise tous
les jours notre pratique
institutionnelle. Son coeur bat au rythme de la
société. Nous, nous avons un vrai
problème institutionnel à traiter :
comment le Parlement peut-il
participer à la dynamique présidentielle
sans la ralentir ? J’
ai une sincère
considération pour les conseillers de
premier rang qui entourent le
président, mais les parlementaires aussi
ont des idées. Nous devons trouver.
un espace de coproduction en
amont.

Qu’ avez-vous à proposer
sur la réorganisation
des collectivités locales ?

Avec Dominique Bussereau,
président du conseil général de la
Charente-Maritime , nous venons
d’écrire à Nicolas Sarkozy pour lui
proposer,
à titre d’expérimentation,
la fusion des Régions Aquitaine et Poitou-Charentes. Nous
ferions ainsi émerger au coeur de
l’arc atlantique un territoire fort,
doté d’ une vraie identité et d’ une
puissance d’action M’échelle
européenne. En généralisant cette
proposition, on peut diviser par deux
le nombre de nos Régions. Je reste
dans le camp des girondins.

Que pensez-vous du plan
de relance annoncé hier ?

Nicolas Sarkozy a eu raison
d’accélérer et d’ amplifier le plan
qu’ il avait prévu pour le début de
2009.
C’est un sans-faute: la
priorité est donnée à
l’ investissement,
on ne pénalise pas les générations
futures en s’ endettant pour des
dépenses courantes. La France a
des difficultés budgétaires, c’est-àdire de trésorerie, mais elle a assez
d’ actifs pour mobiliser des moyens
pour l’ avenir. Je vois un
rapprochement entre mes grands projets de
2003 et
la création du partenariat public-privé,
et
l’action du
président !

La réduction des déficits publics
est-elle abandonnée ?

Non, même s’il me semble plus
juste de parler d’« année de relance »
que de plan de relance . Aujourd’ hui, on consacre 1,3 point de PIB à ces
mesures. Je pense qu’à
la fin de
l’année prochaine, on sera plus près
de 2 points de PIB. C’ est à
la mesure
de cette crise grave, rapide,
mondiale et durable : il
n’a fallu que
quelques semaines pour qu’elle passe de
Washington à Châtellerault, où plus
de 1000 emplois sont aujourd’hui
menacés. Le financement des PME
devient une priorité nationale.

Est-ce le retour de l’ État ?

C’ est le retour du politique,
et
je
m’en réjouis. Face à l’ égoïsme du
capitalisme, tout le monde en
appelle à
l’ intérêt général. Mais l’ État n’ en
a pas le monopole.
Il ne faut donc
pas réduire le retour du politique au
retour de l’ État. Les acteurs
socioéconomiques et les élus locaux sont
aussi en charge de l’ intérêt général.
On ne peut pas laisser Nicolas
Sarkozy seul, quel que soit son talent,
dans la guerre contre le chômage.

Qui est responsable du report
du sommet Europe-Chine ?

Ce ne sont pas les torts le
problème, mais le report. C’est grave. Le
monde a besoin de l’ ouverture de la
Chine.
Il
n’y
aura pas de reprise
mondiale sans elle, qui est le
banquier du monde puisque principal
financierdu déficit américain.
Il faut
vite reprendre le dialogue , dans la
réciprocité des respects. Ne nous
laissons pas piéger par des débats
intérieurs à
la Chine. En 1964,
le
général de Gaulle a été le premier à
anticiper son émergence . Ce n’est
pas maintenant que l’ on va changer
de stratégie et
c’est bien l’ avis du
président.