On ne change pas l’université par décret par Hugues Portelli

Catégories
Tribune · Républicains Sénat · 13 février 2009

La révolte de la communauté universitaire contre le projet de décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs n’est pas une surprise. En accordant aux autorités locales (les présidents d’université et leurs conseils) le soin d’évaluer et de fixer le service des universitaires, le texte remet en cause le principe – constitutionnellement garanti – d’indépendance des professeurs d’université.

Une des dimensions de cette indépendance est le caractère national du service dû par l’universitaire et de son statut. Jusqu’à présent, c’est une instance nationale, composée de membres élus et dont la compétence scientifique est indiscutée, le Conseil national des universités, qui est chargé de l’évaluation des universitaires et de la gestion de leur carrière.

Le projet de décret ne fait que tirer les conséquences d’une loi qui a renforcé le pouvoir des présidents d’université et a remplacé le jacobinisme d’État tant vilipendé par un vrai « jacobinisme local » qui fait fi des différences entre disciplines : il renforcera la tendance déjà à l’oeuvre au clientélisme et au localisme.

Il ne mettra pas un terme à l’interventionnisme de l’État. Celui-ci passe par les contrats d’établissements, qui placent les universités sous la dépendance financière du ministère et mettent leur autonomie officielle sous tutelle.

S’interroger sur un changement aussi radical qui ignore à ce point la réalité de l’université ne signifie pas défendre le corporatisme des enseignants-chercheurs et notamment des professeurs d’université. L’évaluation de ceux-ci est une nécessité et d’ailleurs elle est déjà assurée efficacement.

Mais jusqu’à présent, cette évaluation a pris en considération les activités de recherche et d’enseignement. Le nouveau texte y ajoute massivement les tâches administratives : or la vocation des universitaires n’est pas de devenir des administrateurs – même si nous devons respecter ceux qui ne rêvent que de devenir recteurs – mais des chercheurs et des enseignants.

La revalorisation de l’enseignement supérieur passe par un renforcement de l’évaluation des universitaires : mais cette évaluation, qui permettra de les comparer à leurs homologues étrangers, ne peut porter que sur leurs travaux et leurs enseignements. Et elle ne peut être confiée à des instances locales, dont on peut douter qu’elles disposent toutes de l’impartialité et de la compétence disciplinaire indispensables.

La nécessaire concertation avec le monde universitaire – et non sa technostructure – pour sortir de la crise actuelle passe par un retour aux fondamentaux de sa vocation : la recherche et l’enseignement. La réflexion sur les adaptations du statut doit commencer par s’intéresser à l’expérience des pays où les universités sont les plus performantes et les plus respectées. Elle doit aussi s’interroger sur les moyens de réduire l’écart – notamment financier – entre les moyens dont disposent les universités et leurs personnels et ceux des grandes écoles publiques ou privées.

Ce n’est pas en transformant les universitaires en agents administratifs que l’on contribuera à la renaissance de l’université.

«Le décret tire les conséquences d’une loi qui a remplacé le jacobinisme d’État tant vilipendé par un vrai »jacobinisme local* : il renforcera la tendance au clientélisme et au localisme »