François-Noël Buffet : « Combattre les filières qui vivent de la misère »

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Passage média · Républicains Sénat · 28 février 2009

François-Noël Buffet, sénateur (UMP) du Rhône est rapporteur de la commission d’enquête du Sénat sur l’immigration clandestine en 2006.

Quelles ont été les conclusions de votre commission d’enquête sur l’immigration clandestine ?

Une des conclusions flagrantes de cette commission était que la majorité des clandestins venaient par l’intermédiaire de filières. Ils payent des sommes parfois extravagantes à des réseaux très organisés et structurés qui leur font miroiter des eldorados. Souvent ces clandestins sont sincères, ils fuient la misère pour une vie meilleure, mais ils se font totalement embarquer par ces filières mafieuses, complètement crapuleuses, qui vivent de la misère du monde. Ces gens-là sont certes clandestins, mais sont avant tout les victimes de ces voyous. Cet esclavage nouveau est insupportable. Il faut combattre très fortement ces filières qui profitent de la méconnaissance de personnes fragiles.

Vous approuvez donc la circulaire du ministre de l’Immigration qui propose des papiers à ceux qui dénonceront leur passeur…

L’idée de donner un titre de séjour et un accompagnement social à ceux qui diront un tel m’a pris tant d’argent, ne me choque pas du tout. À partir du moment où ils sont considérés comme des victimes d’un réseau mafieux. Je n’ai pas d’états d’âme là-dessus. Pour lutter contre les filières, on peut multiplier les contrôles de police et les démantèlements des réseaux, mais il y a aussi la protection des victimes. Et si en protégeant les victimes, on peut aussi atteindre ces réseaux et les démanteler, il n’y a aucune raison de se gêner pour le faire. Dans le même temps, il faut essayer de tarir la source de ces réseaux clandestins. La question est : quelle valeur on essaye de protéger ? Les réseaux mafieux qui profitent du système ou la personne victime de ces escrocs ?

Cette circulaire pose la question des représailles, pour celui qui dénonce ou pour sa famille restée au pays. Pensez-vous que la protection juridique offerte par la loi est suffisante ?

Il faut rester ferme et ne pas se laisser impressionner par ces affaires de représailles. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire attention. Mais il faut être ferme par rapport à des gens qui menacent. C’est inacceptable. La loi est la meilleure source de défense. Nous sommes dans un État de droit. Il faut vraiment privilégier le témoignage sous X, c’est le meilleur moyen de protéger celui qui va déposer plainte. Pour un certains nombre de violences comme les viols ou les attentats aux moeurs, on peut déposer plainte de manière anonyme. On ne peut pas demander à quelqu’un de dénoncer des crapules et le laisser dans la nature tout seul s’il y a un risque quelconque.

D’après le sociologue Smaïn Laacher, certains États sont impliqués dans ces filières d’immigration clandestines (lire ci-contre). Ira-t-on jusqu’à poursuivre les États ?

Moi qui suis un profond républicain, par ailleurs avocat de profession, je dis que si on doit aller jusque-là, il faut y aller. À partir du moment où on est convaincu qu’il faut défendre les victimes, il faut se donner les moyens d’aller jusqu’au bout pour tarir toutes ces filières clandestines.

Les associations parlent de « prime à la délation » qu’en pensez-vous ?

C’est la disposition de l’article 40 du Code pénal : celui qui a connaissance d’un crime a l’obligation de le dénoncer. Ce n’est pas de la délation de protéger des gens qui se sont fait avoir. Est-ce qu’on estime que c’est scandaleux qu’un homme dénonce un escroc dont il a été la victime ? C’est aussi une manière de tarir les filières d’immigration clandestine. Ce qui est très important c’est le message qu’on leur envoie. Si ces filières savent qu’il ne se passe rien, elles n’ont aucune raison d’arrêter et elles continueront d’exploiter les gens. Si elles savent qu’on peut les identifier alors elles s’arrêteront. Et c’est ça le but.

Et si toutes les personnes en situation irrégulière en France dénoncent leur passeur…

On verra… Mais dans l’absolu, s’ils dénoncent leur passeur, on va faire tomber tout un tas de réseaux de voyous, donc on peut imaginer que les autres ne reviendront pas… S’ils savent que la personne qu’ils ont escroquée peut les dénoncer, ça va les calmer. On peut espérer un vrai recul de ce type de façon de faire, à partir du moment où on explique qu’il y a des règles. Mais c’est évident que l’immigration irrégulière existera toujours, l’objectif ici c’est aussi de la limiter.