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Passage média · Républicains Sénat · 9 mars 2009

Gérard Larcher :  » Le Sénat plus que jamais, est en prise avec les attentes des élus, urbains et ruraux, et de leurs concityens »

Près de cinq mois après son élection à
la présidence du Sénat,
Gérard Larcher revient sur l’actualité de la Haute Assemblée et
nous présente les grandes orientations de son mandat.

Alors que
vous venez d’ être élu à
la présidence du
Sénat, quelle marque principale
voudriezvous imprimer à votre mandat? Quelles
sont vos priorités ?

En tant que président du Sénat,
j’entends avant tout être le président des trois cent
quarante-trois sénateurs,
à
l’écoute des Françaises, des
Français et des élus du territoire. En effet,
je pense que
mon élection est un don de confiance. La présidence
du Sénat est un temps de ma vie au service de la
Haute Assemblée. Au regard du contexte économique
et social que nous traversons,
il me paraît essentiel de
nous recentrer sur notre « coeur de métier » en donnant
priorité à l’action politique. En trois mots, voilà mes
priorités pour le Sénat : légitimité, visibilité,
transparence. Je crois profondément qu’en respectant les
valeurs et les principes qui sont ceux du Sénat nous
pouvons donner un souffle nouveau à une institution
porteuse d’ une véritable culture d’avenir.

Beaucoup de nos compatriotes ont
une image du Sénat tronquée.
IL la voit
comme une institution vieillissante , ayant
peu d’ utilité. Comment comptez-vous
changer cette image ?

Oui,
c’est vrai,
il existe une très grande
distorsion entre la réalité du fonctionnement du
Sénat et la perception qu’en a l’ opinion . Le Sénat
est loin d’ être une assemblée vieillissante . Preuve
en est,
le dernier renouvellement qui fait de la
Haute Assemblée un Sénat plus jeune et plus
féminin : il
y
a plus de femmes sénatrices que de
femmes députées et la moitié des nouveaux élus ont
moins de 6o ans ! La Haute Assemblée est moderne,
avec des méthodes de travail souvent méconnues
du grand public et un personnel extrêmement
qualifié. Pour surmonter ces a priori,
il faut faire,
certes, mais il faut aussi faire savoir. Cette bataille
nous la gagnerons avec les élus locaux, au travers
d’ une meilleure communication auprès des
Français . Le Sénat est un lieu de dialogue politique,
ouvert sur l’ ensemble de la société , où l’on est à
l’écoute de la voix du pays, où l’ on est respectueux
des opinions et soucieux avant tout de l’ intérêt
national.

En quoi le Sénat peut-il être
complémentaire de l’ Assemblée nationale dans
l’élaboration de la loi et dans le contrôle de
l’exécutif ? D’une manière plus générale,
voulez-vous ouvrir des relations nouvelles
avec la deuxième Chambre ?

Le Sénat et
l’Assemblée nationale travaillent
en complémentarité, cela me paraît essentiel. Nous
nous enrichissons mutuellement de nos différences ,
de nos rythmes de travail respectifs. Depuis mon élection, avec le président de l’ Assemblée
nationale, nous avons d’ ailleurs mis en place des groupes
de travail communs, notamment sur la situation
financière. Cet échange me paraît fondamental
pour le bon fonctionnement de notre démocratie
parlementaire.

Comment avez-vous vécu le fait que
la suppression de la publicité sur France
Télévisions soit entrée en vigueur avant que
le Sénat ne commence à débattre de cette
question ? N’est-ce pas un mauvais coup
porté à
la crédibilité du travail des
sénateurs ?

J’ai déjà eu l’ occasion de préciser ce que j’en
pensais : le conseil d’ administration de France
Télévisions avait la possibilité, sur le plan juridique, de
décider qu’ il ne proposerait plus de publicité à
partir d’ une certaine heure.
Si cela avait été le coeur
du problème,
il n’y
aurait pas eu besoin d’une loi
pour le faire. La vraie question, de nature
législative, était de savoir comment France Télévisions était
financée.
Et là,
le Sénat restait libre : s’il avait refusé
de voter le projet de loi,
je
doute que France
Télévisions aurait pu maintenir la suppression de la
publicité, sans compensation financière.
Il
y
a donc eu une décision prise en toute
légalité avant l’ examen du texte par le Sénat, mais qui
n’aurait pas pu être maintenue sans l’approbation
du dispositif global par la Haute Assemblée. Il est
donc faux de dire que le débat au Sénat était factice :
les sénatrices et les sénateurs ont eu à dire s’ ils
acceptaient ou non cette réforme,
et
ils auraient très
bien pu répondre par la négative.
Du reste, les débats ont montré que des points
comme le niveau de la redevance, auquel,
à en
croire certains journalistes, on ne pouvait toucher, ont en réalité connu des modifications
substantielles au Sénat.

Le Sénat a une proximité
institutionnelle avec les collectivités territoriales.
Pensez-vous que ce lien pourrait être
conforté et amplifié ? Si oui , comment ?

C’est la Constitution qui confère au Sénat le
rôle de « maison des collectivités territoriales » :
il
assure leur représentation.
C’est son « coeur de métier ».

C’est pourquoi, dès ma prise de fonction,
j’ai
constitué une Mission où sont représentées toutes
les sensibilités politiques, pour réfléchir en amont
sur ce que doit être l’évolution de ces collectivités.
Depuis plusieurs semaines, ce groupe de trente-six
sénateurs, sous la présidence de Claude Belot, consulte les acteurs de la vie locale, ainsi que les
experts et les hauts responsables administratifs,
pour éclairer le Sénat qui se prononcera en tant que
législateur.

La Mission va également s’appuyer sur des
évaluations et des études d’ impact et étudiera les exemples
étrangers avant de formuler des propositions.
Donc, aujourd’hui,
à
l’ heure où la situation
économique va inévitablement rejaillir sur les finances
publiques et les investissements locaux,
le Sénat,
plus que jamais , est en prise avec les attentes des
élus, urbains et ruraux,
et de leurs concitoyens.

S’agissant de la réforme de notre
organisation administrative locale, qui s’ annonce
avec le rapport de la commission présidée
par l’ancien Premier ministre Édouard
Balladur , quel peut être le rôle spécifique
du Sénat ?

Sur ce sujet,
la légitimité du Sénat étant
constitutionnelle,
il va s’approprier pleinement le
dossier,
d’ autant qu’il sera saisi en première lecture,
comme tout texte relatif à
l’organisation
territoriale de la République.
Je souhaite que la Commission Balladur,
à laquelle
participent deux sénateurs et devant laquelle je
me
suis exprimé,
et notre Mission sénatoriale s’enrichissent mutuellement. Cette synergie permettra de
déboucher sur des propositions plus complètes,
plus consensuelles et mieux comprises.
Je précise que la force et la spécificité de la Mission
du Sénat consistent en sa durée puisqu’elle va
continuer ses travaux jusqu’ au projet de loi.

Sur ce sujet , chaque élu a ses idées. Quel est votre sentiment personnel sur cette
réforme et ses objectifs ?

Mes sentiments se résument en deux
mots : nécessité et audace.
Cette réforme est nécessaire. Il suffit d’ écouter les
élus qui appellent de leurs voeux une clarification des responsabilités et qui disent,
je
les entends tous
les jours,
« stop au mille-feuilles administratif »!
L’attente de la réforme est d’autant plus forte
que la situation actuelle n’est plus cohérente avec
le principe de décentralisation : depuis 2003, les
collectivités assument désormais, au côté de l’État,
la coresponsabilité de la République. Le citoyen
n’identifie plus clairement qui il élit, pour faire
quoi et qui lui rend compte de son mandat.
Donc, cette réforme me paraît de première
importance. Je pense que notre pays a besoin de solutions
audacieuses, innovantes et réalistes parce que,
d’une
part,
il faut prendre les réalités à bras-le-corps et que,
d’autre part, les propositions qui seront faites
devront être applicables.

Le Sénat suit avec attention la mise
en oeuvre de la décentralisation , avec
notamment l’Observatoire de la
décentralisation, qui avait été boudé par l’ opposition
sénatoriale. Comment pensez-vous pouvoir
relancer le dialogue sur ce thème? Et quel
rôle doit jouer le Sénat en matière de
décentralisation ?

Le Sénat se préoccupe depuis longtemps
de l’organisation territoriale de la République .
C’est
ainsi qu’il avait créé un Observatoire de la
décentralisation. Il est exact que cette instance n’a pas
toujours connu par le passé toute la participation
escomptée.
L’opposition est aujourd’hui étroitement
associée aux travaux de la Mission temporaire sur
l’ organisation territoriale. Ses membres apportent
une contribution notoire dans l’animation de cette
instance.
Le Sénat, parce qu’ il assume
constitutionnellement la représentation des collectivités locales et
connaît en première lecture des projets ou
propositions de loi les concernant,
a une responsabilité
particulière en matière de décentralisation, qui
l’oblige.
Comme toute assemblée parlementaire,
il a
vocation à élaborer les consensus nécessaires à
la vie de
notre démocratie, dont nos institutions territoriales
constituent un élément essentiel. Ceci suppose
concertation et respect des différentes sensibilités
de la vie politique française. La décentralisation
est l’affaire de tous.

D’une manière générale, comment
voyez-vous la relation qui doit exister entre
la majorité et
l’opposition au sein du Sénat,
en particulier au regard des réformes
institutionnelles intervenues sur les relations
entre le gouvernement et
le Parlement, qui
donnent à celui-ci une plus grande
responsabilité ?

La réforme constitutionnelle, voulue par
le président de la République et votée en juillet
dernier, constitue une chance pour le Parlement.
Afin d’ être prêts au 1er mars, date à laquelle sera
mis en oeuvre un nouveau règlement dans chaque
assemblée,
j’ai mis en place un groupe de travail
pluraliste, que je préside et qui se réunit chaque
semaine. Nous
y
discutons point par point et
je
dois
vous dire que majorité, opposition et groupes
minoritaires avançons en toute sérénité, car chacun
réalise les avancées historiques que nous mettons
en place.
Et
j’ajoute que,
si certains sujets ont fait
l’objet de polémiques à
l’Assemblée nationale,
ce
n’est pas le cas au Sénat. Les droits de l’opposition
et des groupes minoritaires sont sensiblement
accrus et, en ce qui concerne le droit d’ amendement,
j’ai toujours été clair : c’ est une liberté intrinsèque
au parlementaire, mais son excès devient un obstacle
à la démocratie.

Pour terminer, une dernière question
un peu plus personnelle : le président du
Sénat étant le deuxième personnage de
l’État sur le plan protocolaire, quelle a été
votre première pensée, lorsque vous avez
été élu par vos pairs à cette importante
fonction ?

Mon élection à la présidence du Sénat,
c’est le souvenir d’ instants d’ émotion très forts…
Mes premières pensées ont été pour mon père et
ma mère à qui je
dois tant ,
à mon épouse et
à mes
trois enfants. Mes pensées ont été aussi vers ceux
qui ne siégeraient plus au sein de la Haute
Assemblée, parce qu’ils ne se sont pas représentés, parce
que le sort des urnes leur a été défavorable ou parce
que la maladie les a emportés. C’est aussi avec
affection et gratitude que j’ai pensé à Marc Lauriol,
sénateur des Yvelines de 1986 à 1995 . Il a été
mon maître.