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Passage média · Républicains Sénat · 17 mars 2009

Gérard Larcher :  » La tension monte dans les quartiers « 

Après la fusillade, aux Mureaux, craignez-vous une nouvelle révolte des banlieues ?

Je connais bien la situation aux Mureaux. La ville est située dans le département dont je suis l’élu. Le maire y mène depuis des années une action très volontariste. Nous, les élus, nous sentons une certaine tension monter dans les quartiers parce que la crise est en train de toucher les jeunes.

Paradoxalement les jeunes, notamment les plus fragiles, sont ceux dont on parle le moins dans la crise et auxquels il faut absolument apporter des réponses.

Le plan de relance les a oubliés ?

Martin Hirsch, le haut-commissaire à la jeunesse, a été chargé de faire des propositions. Et, la semaine dernière, le Sénat a mis en place une mission. Le noeud du problème, c’est l’emploi. Dans le quartier du Val-Fourré, à Mantes-la-Jolie, quand les jeunes ont du boulot, les choses vont mieux.

Lorsque j’étais ministre du travail, nous avions prévu, avec Jean-Louis Borloo, à l’époque ministre délégué à la ville, que les grandes entreprises devaient avoir au moins 5 % de jeunes en formation, soit en contrat de professionnalisation, soit en alternance. Aujourd’hui, il faut se fixer un objectif chiffré.

Et obligatoire ?

Oui, très clairement. Cela permettrait à des centaines de milliers de jeunes de trouver des emplois dans les trois ans. Les entreprises doivent être socialement responsables. En même temps, l’Etat devrait les aider en abaissant le coût du contrat de professionnalisation et en facilitant l’accès à l’apprentissage.

Au Sénat, nous nous sommes donnés deux mois pour faire des propositions concrètes

Etes-vous favorable à l’introduction de statistiques ethniques pour lutter contre les discriminations ?

J’ai été d’abord assez réticent mais compte tenu de la réalité, je pense qu’il faut prendre la question à bras-le-corps, sans se draper uniquement dans les principes, parce que derrière, il y a des jeunes hommes et femmes auxquels on doit apporter des réponses. Aujourd’hui, je suis d’accord pour une expérimentation

Total a annoncé des profits records et en même temps des suppressions d’emploi. Faut-il la tancer comme l’a fait le secrétaire d’Etat à l’emploi, Laurent Wauquiez, ou la défendre à l’instar du premier ministre François Fillon ?

Il faut lui dire qu’elle a des responsabilités sociales notamment vis-à-vis des jeunes et des seniors qui ne doivent pas être considérés comme des variables d’ajustement.

Beaucoup d’entreprises se débattent pour ne pas couler dans la crise. Ont-elles vraiment les moyens de faire du social ?

Il faut les y encourager. C’est la raison pour laquelle je suis extrêmement favorable à la notation sociale des entreprises, comme élément d’accès à un certain nombre d’exonérations de cotisations sociales. Les entreprises qui investissent sont aidées au plan fiscal, celles qui investissent dans le social devraient l’être aussi.

Laurence Parisot ne veut pas entendre parler de cette notation sociale.

Il faut poursuivre le dialogue. Une entreprise vit des hommes et des femmes qui la composent. On ne peut ignorer cette dimension.

Pensez-vous que la journée de mobilisation du 19 mars sera très suivie ?

Elle va exprimer l’inquiétude de nos concitoyens vis-à-vis de l’emploi.

Faudra-t-il de nouvelles mesures sociales, après ?

Mettons d’abord en place le plan de relance comme l’a dit le premier ministre.

Face à l’ampleur des déficits, certains élus de la majorité estiment qu’il va falloir augmenter l’impôt sur les hauts revenus. Qu’en pensez-vous ?

Des réflexions sont en cours au Sénat pour savoir comment préparer la sortie de crise. Faudra-t-il les laisser faire ? augmenter les prélèvements ? miser sur le retour de l’inflation ? En 2007, le bouclier fiscal avait sa logique. Aujourd’hui, la situation est différente.

Donnons-nous le temps d’examiner tout cela avant de nous envoyer au visage qui est pour, qui est contre.

Lors de votre élection, vous vous êtes engagé à réduire les dépenses du Sénat. Où en êtes-vous ?

Méfions-nous de l’antiparlementarisme. Les politiques ne sont pas là pour être des brebis offertes en holocauste pendant les périodes de crise. Mais il est vrai que nous avons réorienté un certain nombre de moyens. J’ai fait durant les trois derniers mois près de 50 % de frais de réceptions en moins que les trois derniers mois de l’année 2007. L’aura du Sénat n’en a pas souffert.