Pour en finir avec les pyromanes par Gérard Larcher

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Tribune · Républicains Sénat · 2 avril 2009

Alors que se tient le sommet du G20 à Londres, le président du Sénat tire les leçons de la crise et en appelle à un nouvel équilibre mondial. La crise actuelle, née d’une crise financière partie des États-Unis, est aujourd’hui une crise globale. On a parlé, à juste titre, de crise d’un modèle de développement.

Le gouvernement français, sous l’impulsion du président de la République, a immédiatement compris la gravité de la situation et s’est mobilisé sans attendre, alors que la France assurait la présidence de l’Union européenne. Dans l’urgence, tous les États sont intervenus et continuent d’intervenir de façon décisive pour préserver les bases de nos économies en garantissant les dépôts des particuliers, en sauvant les banques de la faillite et en rétablissant la fluidité du marché du crédit.

La première leçon de la crise est donc qu’un marché non régulé ou mal régulé provoque des ajustements brutaux et iniques. L’intervention publique après le déclenchement d’un sinistre révélant des défaillances graves dans la sûreté du système peut-elle suffire ? Je ne le crois pas. Les États ne peuvent pas être cantonnés au rôle de « sapeurs- pompiers » appelés au secours après le déclenchement de l’incendie. Ils doivent prendre les moyens de fixer des règles préventives à même de renforcer la sécurité de la maison économique mondiale. La réforme en profondeur du système financier international est un impératif.

Une impulsion dans ce sens a été donnée, le 15 novembre, à Washington, au sommet du G20. Les modalités concrètes seront discutées à Londres aujourd’hui. Elles devront corriger les dérives à l’origine de la crise en assurant notamment une meilleure évaluation des risques, une réforme des rémunérations des acteurs financiers, des procédures efficaces de surveillance des opérateurs, en commençant par la lutte contre les paradis fiscaux qui permettent des transferts d’argent illégaux et des distorsions de concurrence.

Le Parlement français entend apporter toute sa contribution. En effet, pour la première fois de l’histoire de la V

République, a été mis en place un groupe de travail, commun à l’Assemblée nationale et au Sénat, sur la crise financière. Il regroupe des élus de toutes tendances politiques. Ses conclusions ont été remises au président de la République le 30 mars. Les propositions sont nombreuses : recommandations pour s’attaquer aux « poches d’opacité » fiscales, bancaires et réglementaires ; renforcement du FMI et du Forum de la stabilité financière sous le contrôle des États membres du G20 ; modernisation des règles applicables aux agences de notation ; procédures d’enregistrement et de normalisation des valorisations des hedge funds ; aménagement des lignes directrices du Comité de Bâle en matière de normes prudentielles, ainsi que de la directive européenne sur les fonds propres réglementaires.

L’arsenal de mesures préconisées pour refonder sur des bases plus saines – et parfois plus éthiques – le libéralisme financier est très complet. Le Parlement français est allé au fond des problèmes et il y apporte des réponses solides.

Au-delà de ces mesures techniques, ce qui est important, c’est que nous constatons aujourd’hui une volonté réelle, notamment chez les Européens, de réorganiser la finance internationale.

En effet, il est clair que sans remise en ordre des règles de fonctionnement des marchés financiers, il sera difficile d’instaurer un équilibre économique mondial plus stable – mais aussi plus juste envers les pays les plus démunis – et de réussir un développement respectueux de la planète.

À l’inverse, nous aurons franchi un grand pas si cette crise nous permet d’aboutir à une gouvernance mondiale mieux coordonnée, dans des institutions internationales renouvelées. Chaque grande crise économique a conduit à des modifications de l’équilibre des puissances dans le monde. Il ne faut pas que l’Europe sorte affaiblie de celle-ci. Au contraire, il faut qu’elle puisse promouvoir des valeurs de développement moins prédatrices que celles qui ont prévalu ces derniers temps.

Pour peser dans cette période de négociations cruciales pour l’avenir du monde, la France a besoin de toute sa cohésion.

Notre pays doit avoir conscience qu’il a beaucoup de raisons d’espérer du rebond qui suivra la crise. Il a les moyens de conquérir une nouvelle croissance en misant s ur ses secteurs les plus compétitifs. Et il en existe : l’agroalimentaire, l’énergie, les transports, l’industrie du luxe, la construction aéronautique et spatiale, le tourisme. Ne cédons surtout pas, sous l’effet des difficultés présentes, fussent-elles graves, à une tentation bien française de déni de nos atouts. Ne cédons surtout pas, sous l’effet de quelques comportements trop avides et inadmissibles, à une autre de nos tentations nationales : dénigrer nos entrepreneurs. Tous les Français ont besoin d’eux et de leur capacité à inventer des réponses à la crise.

Dans cette épreuve, il est aussi essentiel que nous parvenions à protéger les plus exposés d’entre nous aux difficultés du moment et, dans le même temps, à mettre en place les conditions du développement futur de notre pays. Nous ne pourrons préserver l’attractivité de nos territoires que si nous savons allier le court et le long terme. L’exercice est difficile, je le sais. Mais c’est le seul moyen de préserver les emplois, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain.

Nous devons continuer de miser sur notre capital humain, en priorité par une politique d’apprentissage et de formation professionnelle de qualité. Sachons également promouvoir le développement numérique, rationaliser nos structures d’accompagnement à l’export, nous engager résolument sur le chemin de la croissance verte qui donnera un avenir à l’industrie… Bref, investissons les secteurs qui seront les moteurs de la croissance et des emplois de demain.

Pour cela, une méthode s’impose : celle du dialogue et de la concertation fondée sur le sens des responsabilités et la recherche de l’équité. Il s’agit de valeurs qui ont toujours présidé à mon engagement politique et qui sont portées par le Sénat. C’est pourquoi la mise en place d’un comité de suivi de la crise me paraît répondre à une exigence fondamentale : associer les partenaires sociaux à la définition des moyens de sortie de crise.

Retrouver confiance en l’avenir, s’accorder sur la politique à mener, s’engager sur son respect : voilà comment, ensemble, nous sortirons plus forts de la crise.