Raffarin veut une « réflexion » sur le scrutin à un tour

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Passage média · Républicains Sénat · 15 mai 2009

L’ex-premier ministre souhaite ouvrir le débat sur « toutes les élections, présidentielle comprise », mais « pour après les régionales de 2010 ».

La proposition de Jean-Pierre Raffarin a surpris tout le monde à l’UMP, hier matin. Interrogé par RTL sur l’opportunité de mettre en place un scrutin à un tour « pour les régionales dès l’année prochaine », l’ancien premier ministre a répondu : « Je demande une réflexion sur le sujet. » Vérification faite, ses mots ont dépassé sa pensée. « Dans mon esprit, a-t-il précisé au Figaro, il n’est pas question de changer de mode de scrutin pour 2010, mais de tirer les conséquences du résultat des européennes, au lendemain du 7 juin, en profitant de la réforme territoriale pour ouvrir le débat sur toutes les élections, présidentielle comprise. »

Le gouvernement a l’intention d’ouvrir une dernière phase de concertation sur la réforme des collectivités territoriales cet été, pour être en mesure de déposer un projet de loi à l’automne. « Je veux poser la question à partir des européennes, explique Jean-Pierrre Raffarin. La méthode Sarkozy, c’est-à-dire un leadership présidentiel fort, un parti majoritaire unitaire et une stratégie d’ouverture, conduit à ne pas avoir de réserves au deuxième tour. Mais, dans une élection à un tour, nous sommes entre 25 % et 30 % des suffrages, ce qui correspond au score sarkozyste. » Au passage, le vice-président du conseil national de l’UMP remercie la gauche de « faire la campagne » de la majorité pour le 7 juin, puisque « plus elle appelle à se servir des européennes pour sanctionner Nicolas Sarkozy, plus elle mobilise les électeurs du président ».

Principal argument invoqué par Jean-Pierre Raffarin pour inciter sa famille à se demander si « le mode de scrutin britannique, à un tour », ne devrait pas être « généralisé » : l’ancien premier ministre se refuse à « laisser les petits partis devenir les arbitres des grandes échéances électorales ». C’est bien sûr d’abord à François Bayrou qu’il pense, et au danger qu’il pourrait représenter lors de la prochaine présidentielle, s’il parvenait à se qualifier pour le second tour.

Prendre l’initiative

Pour les responsables de l’UMP, la réflexion sur les modes de scrutin n’est « pas d’actualité ». En marge de sa participation au meeting pour les européennes que François Fillon tenait hier à Nancy, Xavier Bertrand a évacué le sujet. Le secrétaire général de l’UMP a souligné qu’« en vertu d’une règle républicaine non écrite, mais qu’il faut respecter, la question ne se pose pas pour les régionales de 2010 ». L’idée d’ouvrir avant la fin de l’année un vaste débat sur les échéances de 2012 ne l’enthousiasme pas davantage. Selon lui, « la priorité, c’est la mise en oeuvre de la réforme Balladur », et introduire la question des modes de scrutin dans la réorganisation des collectivités territoriales ne ferait que compliquer les choses.

Officiellement, l’éventualité d’un duel Sarkozy-Bayrou en 2012 ne préoccupe pas l’UMP, ni les députés de la majorité, dont le sort est pourtant étroitement lié à l’issue de la prochaine présidentielle. En fait, le danger Bayrou est dans toutes les têtes, même si Nicolas Sarkozy répète à qui veut l’entendre que le PS se ressaisira, et qu’il ne croit pas l’éventualité d’un duel avec le fondateur du MoDem en 2012.

Jean-Pierre Raffarin a voulu profiter des européennes pour prendre l’initiative, mais il n’est pas le premier, ni certainement le dernier, à lancer une offensive contre les scrutins à deux tours. En mars 2008, François Fillon lui-même avait milité en faveur de l’instauration de la proportionnelle à un tour pour les régionales de 2010. À l’époque, Jean-Pierre Raffarin avait approuvé, mais aussi Alain Marleix, expert électoral de l’UMP, ou encore Gérard Longuet, conseiller politique du parti majoritaire. Pour Jean-Claude Gaudin, le sujet méritait réflexion. Nicolas Sarkozy souhaitant un climat consensuel pour engager la réforme territoriale, le débat au sein de la majorité avait rapidement tourné court. Il reste à trancher.