Que reste-t-il de la Journée de solidarité ? La question du jour posée à Jean-Pierre Raffarin

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Passage média · Républicains Sénat · 2 juin 2009

La Journée de solidarité (le lundi de Pentecôte) a été mise en place en 2004, quand Jean-Pierre Raffarin était premier ministre. Depuis la loi Leonetti du 16 avril 2008, elle est organisée à la carte.

Jean-Pierre Raffarin. Ancien premier ministre et sénateur (UMP) de la Vienne.

« Sur le plan matériel et quantitatif, c’est un succès. Depuis la décision que nous avions prise de créer une Journée de solidarité, nous avons rassemblé 11 milliards d’euros pour les personnes dépendantes, personnes âgées et personnes handicapées. Dans le même temps, les places dans les maisons de retraite ont été multipliées par six. Nous étions auparavant dans une insuffisance de financement pathologique, particulièrement à la fin des années 1990. Nous avons donc remis à niveau les moyens financiers dévolus à la dépendance. De ce point de vue-là, c’est une grande satisfaction.
Je regrette toutefois que cette Journée de solidarité, organisée à la carte depuis 2008 (NDLR : soit une journée de RTT, soit un jour férié en moins, soit 7 heures réparties sur plusieurs jours) soit moins lisible. Dans les faits, les Français donnent bien une journée. Mais la puissance symbolique de la mesure a disparu. Travailler, tous ensemble, le lundi de Pentecôte, c’était un effort, un engagement de solidarité, quelque chose de l’ordre du don. Cette Journée nationale donnait du sens à la solidarité. Les Églises avec lesquelles j’avais discuté, à l’époque, étaient d’ailleurs sur cette ligne, elles aussi. Cette solidarité intergénérationnelle donnait du sens à notre vie commune.
Il est vrai que le nouveau système a ce mérite d’avoir été plus facile à accepter. Mais je regrette cette montée de l’individualisme. Chacun donne une journée mais quand ça l’arrange le mieux. Je peux comprendre que chacun ait une bonne raison de demander qu’il y ait une interprétation individuelle de cette Journée de solidarité – un pèlerinage, une corrida, une fête de l’été, etc. – mais la société avait l’occasion de lutter contre l’égoïsme. À défaut de générosité collective, il reste la générosité individuelle…. Au final, il s’agit quand même d’une avancée importante. »