A propos des voitures 100% électriques – Serge Dassault

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Tribune · Républicains Sénat · 6 août 2009

J’ai été très heureux d’apprendre que M. Ghosn, le PDG de Renault et Nissan, a décidé de vendre des voitures 100 % électriques. Mais je regrette que leur conception soit entièrement japonaise et qu’aucune usine française ne participe à leur fabrication. Ni pour la structure ni pour les équipements, du moins pour le moment.
Comme si on était incapable, en France, d’installer dans une carrosserie déjà fabriquée un moteur électrique, synchrone à aimant permanent, et une batterie lithium-ion sécurisée, le tout relié par une unité électronique de gestion du véhicule qui assure la maîtrise de l’énergie en fonction de la conduite de la voiture.
Le marché de ces voitures est vaste, et pas restreint à quelques secteurs. Elles sont les seules à être 100 % propres : elles sont uniquement propulsées par un moteur électrique puissant, ne polluant pas, ne faisant pas de bruit. Un moteur économique car ne dépendant plus du prix de l’essence, très fluctuant.
Alors que les automobiles hybrides japonaises sont propulsées par un petit moteur électrique et un gros moteur à essence consommant du carburant dès que le véhicule dépasse 30 km/h – elles continuent donc à polluer les villes -, la voiture 100 % électrique est dotée d’un puissant moteur électrique auquel on peut ajouter un petit moteur à essence dont l’usage se limite à recharger la batterie, en cas de besoin et en dehors des agglomérations. Mieux : le modèle électrique coûtera moins cher à construire qu’une voiture à essence. Plus besoin de changement de vitesses, d’embrayage, de circuit hydraulique. Avec un système simple de circuit d’essence, ou même sans. L’élément coûteux sera la batterie sécurisée qui, en réalité, ne fait pas partie de l’achat initial. Lorsqu’on acquiert une voiture à essence, on n»inclut pas une citerne d’essence dans le prix !
La batterie remplace la citerne ; et en la louant environ 100 euros par mois, on dépense, grosso modo, fictivement le coût de 100 litres d’essence qui permettent d’effectuer environ 800 km par mois. Cela signifie qu’au-delà de cette distance, la batterie est amortie et que le coût de déplacement ne dépend plus que de la recharge, c’est-à-dire un euro aux cent kilomètres.
Par ailleurs, le coût d’entretien sera minimum puisque le moteur est inusable ; quant à la durée de vie de la batterie, elle devrait être de huit ans. Les utilisateurs seront innombrables. En plus de la nécessité absolue de diminuer la pollution et le bruit, de n’utiliser que de l’énergie renouvelable, les coûts d’exploitation seront réduits. Les taxis seront plus économiques. Les collectivités locales et les administrations s’en équiperont.
Je ne peux pas comprendre pourquoi les constructeurs automobiles mettent autant de temps à comprendre ces évidences, pourquoi ils tâtonnent prudemment, en commençant par des hybrides polluantes. Et ce en éprouvant le besoin de chercher au Japon ce qui existe à leur porte.
À force d’hésiter, ils perdent un temps précieux et beaucoup d’argent à vouloir continuer à produire des voitures dont les utilisateurs ne veulent plus. Le client est roi, ne l’oublions pas. Il faut se conformer à ses besoins. C’est pour cela qu’il y a urgence.