Jean-Pierre Raffarin: « Il faut s’engager à diviser le déficit par deux d’ici à la fin de la législature »

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Passage média · Républicains Sénat · 1 octobre 2009

Interview Jean-Pierre Raffarin, sénateur UMP, ancien Premier ministre

Quelle note donneriez-vous au projet de loi de Finances 2010 ?

Il était extrêmement difficile de faire un autre budget dans une telle situation de crise. Le gouvernement n’avait pas de marges de manœuvre pour faire autrement. Comme tout le monde, je pense qu’il faut faire de la croissance une priorité, et Nicolas Sarkozy a joué un rôle historique dans le retour de la croissance par son implication dans le G20. Mais, comme tout le monde, je suis très inquiet du niveau des déficits.

A vous entendre, cela vaut 10/20…

C’est forcément la moyenne parce qu’en dessous la question du vote se poserait pour le parlementaire que je suis. Et cette question, je ne me la pose pas. Une priorité d’avenir s’impose cependant : que le gouvernement fixe dès le budget 2010 un objectif national de réduction des déficits à l’horizon 2012. Nous devrions nous engager à diviser le déficit par deux – en valeur absolue – d’ici à la fin de la législature. La crise a légitimé les déficits, elle ne doit pas les banaliser. Que le déficit réalisé cette année – on parle de 140 milliards – soit près du double du déficit annoncé fin 2008 est un signe de démobilisation. Je suis préoccupé par l’accoutumance à l’idée de déficit.

Comment y parvenir ?

Je ne souhaite pas une augmentation des prélèvements obligatoires. Il faut donc rechercher les voies d’une nouvelle croissance et réduire les dépenses publiques, notamment par la RGPP.

Dans quels secteurs ?

Quand l’État s’en prend aux dépenses des collectivités locales, je trouve cela injuste car l’État n’a pas fait suffisamment d’économies sur les responsabilités qu’il a transférées par le biais de la décentralisation et qu’il n’assume plus, par exemple en matières sociale ou éducative. Il y a encore trop de doubles commandes dans notre pays.

Êtes-vous inquiets du ressenti des classes moyennes face à la taxe carbone ou à la fiscalisation des indemnités journalières pour accident du travail ?

Je ne suis pas hostile à cette fiscalisation car il faut respecter le principe d’équité devant l’impôt. Quant à la taxe carbone, c’est un profond changement qu’il faut saluer, qui prouve que la majorité a des ambitions plus fortes et plus responsables en matière de développement durable que les écologistes. De ce point de vue, le budget est plus bleu que vert ; l’écologie bleue c’est l’écologie plus la responsabilité. Cela dit, il faut être très vigilant sur les classes moyennes, les professions libérales, les PME. L’année 2009 a été l’année de la crise pour les banques et les entreprises du CAC 40, je ne voudrais pas que 2010 soit l’année de la crise pour les PME et les classes moyennes.

Par mesure d’équité, ne faudrait-il pas amender le bouclier fiscal ?

J’adhère toujours et complètement au principe selon lequel, l’Etat ne doit pas prendre plus de 50 % de vos revenus. D’autant que si vos revenus augmentent, votre contribution augmente en valeur absolue. Je suis en revanche favorable à l’augmentation de la taxation sur les retraites chapeaux. Cela n’empêche pas d’être très vigilants sur les excès en matière de salaires, de bonus et de cumul de mandats dans les conseils d’administration.

Vous faites allusion à Henri Proglio, qui vient de prendre la tête d’EDF ?

Je ne vise personne, ma réflexion est globale. Pouvoir cumuler, comme c’est la règle, cinq conseils d’administrations, c’est beaucoup. Je pense que nous pourrions réfléchir à réduire à deux mandats comme pour les élus. Au moins pour les grands groupes du CAC 40. J’aime trop l’entreprise pour la laisser abîmer par des comportements excessifs.

Propos recueillis pas Elsa Freyssenet et Pierre-Alain Furbury