Jean-Claude Gaudin : « Je demande à Dassier d’être un président rigoureux et un peu sévère »

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Passage média · Républicains Sénat · 21 octobre 2009

A l’orée d’une semaine cruciale, avec un déplacement à Zurich en Ligue des champions et la réception du Paris-SG en Ligue 1, le maire de Marseille évoque l’OM, qui déchaîne les passions dans sa ville.

LE FIGARO. – Que représente l’OM pour Marseille ?

Jean-Claude GAUDIN. – C’est le symbole de l’esprit marseillais. L’OM et le Stade-Vélodrome restent le centre de toutes les passions, de toutes les rencontres, de toutes les fêtes. Le football est un leitmotiv dans les conversations.

Quand on ne parle pas du club, on parle du Stade-Vélodrome et de sa rénovation : une nécessité urgente ?

La ville est en plein développement et souhaite disposer d’un stade à l’image de ses ambitions de métropole euroméditerranéenne. Nous élaborons un projet d’agrandissement et de couverture des installations actuelles dans la perspective de la candidature française à l’Euro 2016. On ne peut imaginer que cette compétition se déroule sans Marseille. En 1995, la municipalité avait refait le stade et améliorer ses accès de façon onéreuse. Le 9 juillet 2009, le conseil municipal a voté la mise en oeuvre d’un contrat de partenariat pour la réalisation du projet. Nous avons sélectionné les entreprises le 15 septembre dernier (les groupes Bouygues et Vinci Concessions, NDLR). Le financement sera mixte, public et privé.

Enfant, auriez-vous rêvé de devenir footballeur à l’OM ?

Je n’ai jamais rêvé d’être footballeur ni même président de l’OM, que je suis pourtant devenu de 1995 à 1997 après l’épisode Tapie où le club avait été rétrogradé injustement en 2 division. Après, j’ai laissé la place à l’actionnaire principal Robert Louis-Dreyfus, qui a sorti de sa poche 210 millions d’euros.

Le club constitue un pan de votre vie. Racontez-nous un peu…

C’est surtout mon père, artisan maçon, qui était un passionné de l’OM. Il me l’a fait découvrir. Habitant Mazargues, nous n’étions pas loin du Stade-Vélodrome. Il m’y emmenait quand j’avais 6, 7 et 8 ans. Quant aux déplacements que j’ai vécus comme président, ils ont eu lieu en France, car nous étions en D2. Je me souviens des matches à l’extérieur et de dîners avec les joueurs. Notamment à Valence, chez Pic, un restaurant gastronomique. J’avais cru leur faire plaisir : le menu proposait des chaussons aux truffes et du loup au caviar. Dans mon dos, j’ai entendu un joueur dire : « Putain, j’aurais préféré des spaghettis à l’italienne ! » J’en ai ri.

Il le fallait, la période était sombre…

Oui, quand je deviens maire, il n’y a plus d’équipe, plus d’entraîneur, plus de manager, mais 350 millions de francs de dettes et le tribunal dit : « Il faut transformer l’OM en société d’économie mixte présidée par le maire. » Je me retrouve donc pendant deux ans à surveiller les comptes du club, à regarder les contrats des joueurs. Ma fierté, c’est que la justice n’a jamais rien trouvé à redire sur ces deux années-là où l’OM a vécu uniquement des ressources dues aux entrées au stade et à quelques sponsors. De ces temps agités, des joueurs sont devenus des amis : Eric Di Meco, Jean-Philippe Durand, Marcel Dib ou Jean-Christophe Marquet. Puis, des élus voulaient que je mélange politique et sport. Je m’y suis refusé. J’ai vu des présidents de l’OM mêlant les genres comme Marcel Leclerc ou Bernard Tapie, ça n’a pas bien fonctionné.

Donc pas d’interférence sur le domaine sportif ?

Chacun à sa place ! Qu’on laisse l’entraîneur faire ce qu’il doit faire, qu’on ne critique pas les joueurs pour la moindre faute. Quand je vais au stade, en tribune officielle et non en loges, j’entends derrière moi des personnalités critiquer les joueurs, ça me choque, ces personnalités seraient incapables de marquer !

Comment se traduit l’aide de la Ville ?

La Ville, propriétaire du Stade-Vélodrome, de la Commanderie, rebaptisée Robert-Louis-Dreyfus, ainsi que la Bastide où vivent les jeunes joueurs de l’OM, met à disposition ses équipements. Elle offre aussi un peu de publicités, mais aucune subvention depuis la loi Bredin. Pourtant, l’importance de l’OM dans la vie de la cité dépasse la compétition. L’OM est un facteur d’intégration des populations. Quand l’équipe gagne, c’est un esprit de fête, de fraternité et d’espoir. Pour le maire de la deuxième ville de France (840 000 habitants), c’est mieux que le résultat. Même si le succès est un élément de fierté et de stabilité dans la ville. Évidemment, nous ne sommes pas à l’abri d’événements dramatiques.

En cas de crise, que fait le maire ?

Quand tout va bien, on ne s’intéresse pas au maire, quand ça ne va pas, on demande : « Alors, qu’est-ce qu’il fiche ? » Les crises sont souvent suscitées par la presse elle-même. Or, je ne peux pas choisir les joueurs, il faut être du métier. Libéral ? Je sais. Libéro ? J’ignore, ce n’est pas à moi de faire ce choix. J’ai toujours fait confiance aux entraîneurs. Je ne me mêle pas de choses que je ne connais pas. Laissons travailler Didier Deschamps et son directeur sportif, José Anigo.
Et Jean-Claude Dassier, le président ?
Je lui demande surtout d’être un patron rigoureux et peut-être même un peu sévère. Il faut ça dans le Midi !

PROPOS RECUEILLIS PAR Dominique Pagnoud