Pour M. Larcher, le débat sur l’identité,  » c’est Marianne qui fait sa psychanalyse « 

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Passage média · Républicains Sénat · 16 novembre 2009

Le président du Sénat, Gérard Larcher, se veut un  » passeur  » des préoccupations des collectivités territoriales, dont il mesure les inquiétudes sur les projets de réforme mis en oeuvre par le gouvernement.  » On a bien progressé « , assure-t-il à propos de la suppression de la taxe professionnelle, qui avait suscité la fronde d’une partie de la majorité.

Le débat sur l’identité française ne risque-t-il pas de réveiller des procès malsains ?

C’est Marianne qui fait sa psychanalyse, comme disent les jeunes, et j’applaudis. Face à certaines attitudes, je me dis que réfléchir sérieusement sur le  » vivre ensemble  » est d’actualité. Aux trois piliers, liberté, égalité, fraternité, je veux rajouter un quatrième : la laïcité.
Approuvez-vous la position du député Eric Raoult sur le devoir de réserve des lauréats de prix littéraire, visant Marie NDiaye ?
Je pense à ces mots de Voltaire :  » Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire.  » J’essaie de me l’appliquer au quotidien.

Le président de l’Assemblée, Bernard Accoyer, a-t-il eu raison de laisser se poursuivre la procédure de commission d’enquête demandée par le groupe socialiste sur les sondages de l’Elysée ?

Il a appliqué le règlement de son assemblée. De même que j’appliquerais le règlement ici.

Estimez-vous normales les observations que lui a adressées la garde des sceaux ?

C’est un avis du gouvernement, pas une injonction. Bernard Accoyer, en tant que président de l’Assemblée nationale, est suffisamment autonome pour savoir ce qu’il a à faire. Ce qui compte dans ces cas-là, c’est ce que décident les députés, ou les sénateurs, entre eux.

Ne percevez-vous pas, en ce moment, une certaine fébrilité de la part de l’exécutif ?

On arrive à un moment particulier. Cela fait presque dix-huit mois qu’on est entré dans la crise. Le président de la République a continué les réformes, sur des sujets lourds. Cela peut expliquer que, parfois, il y ait des inquiétudes, voire des frottements. A côté de l’audace, il faut de la pédagogie. C’est ce que fait le Parlement : il joue son rôle de relais de la population. Je me déplace régulièrement dans les départements. Je rencontre les élus pour débattre, entre autres, de la réforme des collectivités territoriales. L’attente d’explications est réelle, surtout de la part des départements et des régions. Je donne la vision du Sénat, la vision du projet de loi et je rassemble les questions qui m’ont été posées.

Sur la taxe professionnelle, pensez-vous aujourd’hui être parvenu à une solution satisfaisante ?

On a bien progressé. La proposition de la commission des finances du Sénat garantit que, pour les communes, l’autonomie fiscale ne va quasiment pas bouger. Il faut assurer les principes de péréquation et de mutualisation. Ma grande préoccupation est pour les départements pauvres, qui connaissent déjà de grosses difficultés. Je souhaite qu’on prenne en compte le critère démographique, et même, peut-être, celui du nombre de personnes âgées.

Une des conditions indispensables de l’acceptabilité de la réforme, c’est la clause de rendez-vous, mi-2010, quand on saura qui fait quoi entre départements et régions. Il faut trouver un système qui garantit les perspectives 2011, 2012, 2013. Je sais qu’il y a encore beaucoup d’interrogations légitimes, surtout des départements et des régions. Le Sénat doit continuer à porter les préoccupations des collectivités territoriales.

En évitant ce que vous appelez les  » postures « , quand certains sénateurs de la majorité, dont Jean-Pierre Raffarin, menacent de ne pas voter le texte ?

J’avais dit dans vos colonnes, dès le 3 juillet, que le texte ne sortirait pas du Sénat comme il y était entré. Je l’ai dit au président de la République et au premier ministre. Avec Gérard Longuet, nous leur avons redit la même chose, ensemble, à la fin de l’été. Il y a eu plusieurs réunions de travail. Nous avons auditionné les ministres et je crois qu’ils s’en souviennent. L’avantage d’avoir une posture, c’est que ça fait réagir. Mon rôle, c’est de faire que tous les sénateurs soient entendus.

La majorité sénatoriale a-t-elle réellement l’autonomie qu’elle revendique vis-à-vis de l’exécutif ?

Pas qu’elle revendique, mais qu’elle exerce. De toute façon, nous devons construire une majorité sur chaque texte. La part d’autonomie est à conquérir chaque jour mais l’exécutif doit aussi conquérir la majorité. C’est une séduction, une écoute, un dialogue permanents.

Et la part d’autonomie du président du Sénat ?

Je ne cultive pas l’autonomie pour le plaisir de l’autonomie. Je suis totalement loyal mais ma loyauté est double : c’est celle que je dois au gouvernement et c’est celle que je dois, avant tout, aux parlementaires.

Un débat sur la présence française en Afghanistan aura lieu lundi au Sénat. Vous étiez en mission fin octobre dans ce pays. Quelles leçons en tirez-vous ?

Les militaires français, dans le cadre de la réorganisation voulue par le général Stanley McChrystal, commandant en chef de l’OTAN, ont souvent anticipé un certain nombre de ses préconisations. Ils sont d’abord au côté des Afghans, et pas contre les Afghans. Il est nécessaire que nous nous maintenions pendant un certain temps pour continuer à  » afghaniser  » les forces de sécurité et permettre aux Afghans de prendre leur destin en main. Il faut éviter de devenir une force d’occupation étrangère et se donner un objectif de temps, une perspective de départ : quatre ou cinq ans, cela paraît un terme raisonnable.