Gérard Larcher : « Nous allons au fond des questions de société »

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Passage média · Républicains Sénat · 6 décembre 2009

Vous allez aborder, devant les
maires du département, la réforme
des collectivités locales. Ont-ils besoin
d’être convaincus ?

« C’est un sujet qu’on a pris à
bras-le-corps depuis octobre 2008. Les
élus, juste après les élections, se
posaient tous une question : comment
on simplifie, comment on devient plus
efficace ? C’est ce qui remonte surtout
des communes et de
l’intercommunalité. On a déjà eu deux
débats publics, télévisés. On a
poursuivi la tâche et le dialogue avec
le ministre de l’Intérieur, le président
de la République et le Premier
ministre. Mercredi, il y a eu une
commission des lois ouverte. Avec 127
sénateurs, plus du tiers du Sénat, qui
ont participé à une réunion de
commission qui, d’habitude, compte 32
membres. C’est dire que le sujet est
très fort. Donc, on va
commencerl’examen de la réforme sur
le fond à partir du 18 janvier, en
prenant le temps qu’il faut. »

Cette réforme pourrait-elle menacer
d’une façon ou d’une autre la
majorité actuelle, en 2011, du Sénat ?

« Non. Je pense que le problème de la
majorité au Sénat est à convaincre et à
construire. Parce qu’ici, il n’y a pas de
majorité dans un seul groupe politique.
L’approche sénatoriale, ce n’est pas
toujours une approche simplement
idéologique. Ce qu’on peut constater,
avec cette réforme, c’est qu’il y a un
vrai bloc de convergences qui est
commune/intercommunalité.
C’est-à-dire faire avancer
l’intercommunalité, renforcer la
démocratie de l’intercommunalité. La
commune, c’est la base de la nation.
Autre sujet sur lequel les choses
avancent, c’est de dire que le
département et la région, c’est
clairement ce qu’il faut. On clarifie
leurs compétences. On peut dire que le
département, c’est la proximité sociale
; c’est aussi la relation directe avec les
communes et les intercommunalités,
c’est l’aménagement rural. La région,
c’est plutôt le lieu de la stratégie,
économique, des grandes
infrastructures, de l’université par
exemple. Bref, on réfléchit pour savoir
qui est chef de file, pour qu’il y ait un
guichet unique. Là dessus, le sujet de
débat, ce sera le conseiller territorial. »

Les territoires participent de
l’identité nationale. Comment
percevez-vous ce débat polémique
lancé avant les régionales ?

« Le sujet de l’identité nationale, ce
1 n’est ni une question de race ni de
religion. Pour moi, elle s’appuie sur
Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité.
Quelles sont les valeurs qu’on a en
partage qui nous donnent envie de
vivre ensemble ? Pour moi, cette
question-là, elle est au coeurdemon
action politique depuis toujours. Je ne
la vis pas au travers des réductions
qu’on peut avoir en vertu de tel ou tel
événement, qu’il se passe en France ou
en Suisse. »

Les sénateurs ont lancé un
avertissement aux restaurateurs qui
ne jouaient pas le jeu des prix avec
une TVA à 5,5%. Pourquoi cette
fronde ?

« C’était un sujet assez fort, ça a fait
l’unanimité de la commission des
finances. Ce n’est pas une fronde, c’est
un coup de semonce. Je suis un ancien
ministre du Travail, qui a eu à négocier
avec les restaurateurs. La baisse de
laTVAest une décision importante
mais il y avait des contreparties : une
meilleure formation de leurs
personnels, d’améliorer la situation de
la filière, et qu’il y ait une répercussion
en matière de prix.Acertains endroits,
les choses ont bougé ; et dans d’autres,
il va falloirque la profession tienne ses
engagements. »

A votre investiture, vous aviez
manifesté la volonté de dynamiser le
Sénat. Vous y êtes arrivé ?

« Cette chambre se dynamise par ses
sénateurs. C’est un travail d’équipe.
Bien sûr, le président est un peu plus
visible. C’est vrai que nous sommes en
train — et on bénéficie de la réforme
constitutionnelle de 2008 — d’aller au
fond des questions de société, comme
sur l’hôpital par exemple. La France est
peut-être en train de mieux mesurer
l’intérêt d’avoir deux chambres. »

Faut-il renforcer davantage le
pouvoir des parlementaires face à un
hyperprésident ?

« Il a été renforcé plus singulièrement
par la réforme de 2008. Et je ne suis
pas sûr que les parlementaires utilisent
encore tous leurs pouvoirs. Parce qu’on
peut faire davantage de contrôles
surpièce et surplace, l’opposition a des
droits nouveaux (commissions
d’enquête, mission d’information). On
est en train de le découvrir, mais en
même temps, on est dans laVe
République, il y a la force de l’exécutif
aussi. Donc c’est cet équilibre nouveau
qu’il nous faut trouver. »

Sentez-vous
tout de même une présidentialisation
du pouvoir ?

« Il y a une pratique forte du chef de
l’exécutif, qui est le président de la
République. Mais Nicolas Sarkozy
nous l’avait dit, ce n’est pas une
surprise ! »