Retraites : une réforme juste

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Tribune · Républicains Sénat · 1 juillet 2010

Le secrétaire d’État chargé de l’Emploi, qui cosigne ce texte avec 36 parlementaires membres de son club de réflexion La Droite sociale *, explique pourquoi il soutient la réforme
en cours.

Certains voudraient faire croire que la question de la réforme des retraites se résume à celle de l’âge légal de départ à la retraite : 60, 62, 63, 65 ans?

La réalité, c’est que le président de la République et le gouvernement ont conçu une réforme d’ensemble des retraites, qui comporte toute une série de choix et d’arbitrages. Derrière ces paramètres, se pose la seule vraie question : la réforme est-elle juste, ou non? Est-elle répartie équitablement, ou non?

Nul ne se fait d’illusion. Réformer les retraites suppose d’avoir le courage de demander des efforts aux Français. Notre conviction, c’est que les Français sont beaucoup plus matures que ne le prétendent certains politiques. Ils sont prêts à accepter les réformes nécessaires, mais leur exigence absolue, c’est celle de la justice. Ils sont d’accord pour faire des efforts, mais à une condition : que tout le monde partage une partie de la charge.

Nous, responsables politiques, parlementaires et élus, qui appartenons à une sensibilité de droite sociale, sommes profondément attachés à ce souci de justice. Or, la marque de fabrique de la réforme des retraites, c’est précisément cette préoccupation, qui informe chacun des arbitrages.

La réforme est juste parce qu’elle ne diminue pas le montant des pensions. Rappelons-nous que les retraités d’aujourd’hui ont construit l’économie française des Trente Glorieuses, avec des cadences de travail souvent exigeantes.

La réforme est juste parce qu’elle fait participer tous les Français. Trop souvent, par le passé, l’effort a pesé sur les seuls salariés du privé, en pariant sur le fait qu’ils ne descendraient pas dans la rue pour se faire entendre. Au contraire, cette réforme rapproche les cotisations des régimes publics de celles du privé. Elle ne cache pas les régimes spéciaux sous le tapis, mais les fait aussi participer à l’effort collectif.

La réforme est juste parce qu’elle tient compte des situations particulières. Ceux qui ont abîmé leur santé au travail pourront partir plus tôt : c’est une avancée sociale majeure, sans précédent en Europe. Ceux qui ont commencé à travailler avant les autres pourront prendre leur retraite avant les autres, grâce au maintien du dispositif carrières longues créé par cette majorité en 2003. Le parcours des jeunes et des femmes est également mieux pris en considération.

La réforme est juste aussi parce que son financement est équitablement réparti. Loin des discussions idéologiques sur le bouclier social, cette réforme apporte une réponse claire : une partie de l’effort est assumée par les salariés, une partie par les entreprises et une partie par les plus hauts revenus.

Enfin, cette réforme est juste, et ce point nous tient particulièrement à coeur, parce qu’elle n’oublie pas l’emploi des seniors. Dans les années 1990, les grands donneurs de leçons socialistes se sont disqualifiés en le massacrant. Martine Aubry est la ministre du Travail qui a le plus poussé les seniors vers la sortie. À l’inverse, depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, nous n’avons eu de cesse de revaloriser l’emploi des plus de 55 ans. Nous ne découvrons pas le sujet et nous n’arrivons pas sans résultat. En trois ans, nous avons amélioré le taux d’emploi des seniors de 4 points. Mais il faut aller plus loin, en nous dotant d’outils simples et de bon sens : aider ces derniers à transmettre leur savoir-faire à nos jeunes, favoriser leur recrutement avec un programme « zéro charge ».

Bien sûr, l’enjeu financier de la réforme est majeur. Si rien n’est fait, comme le proposent les socialistes, notre pays accumulera 500 milliards d’euros de déficit d’ici 2020, selon les prévisions du Conseil d’orientation des retraites. Au contraire, cette réforme nous permet, dans le même délai, d’arrêter de créer de la dette.

Mais pour nous, qui appartenons à la sensibilité droite sociale, cette réforme a surtout une vertu supplémentaire : elle permet d’avancer vers une plus grande justice et une plus grande solidarité, entre les générations et entre les salariés, notamment du public et du privé. Dans les années passées, ce qui a nourri l’injustice dans notre pays, c’est le manque de courage politique, c’est l’acceptation tacite, silencieuse, des corporatismes acquis. Telle est la voie proposée par le PS, qui préfère un gigantesque matraquage fiscal à un effort équitablement réparti.

Cette réforme est aussi un rendez-vous avec nous-mêmes : elle montre que si la société française, dans toutes ses composantes, accepte de porter collectivement les changements indispensables, alors ces efforts deviennent acceptables. C’est à cette condition que nous pourrons inscrire notre modèle social sur la durée et redynamiser notre pacte républicain.

Laurent Wauquiez