Raffarin en appelle au «consensus républicain»

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Passage média · Républicains Sénat · 5 juillet 2010

Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la Vienne, revient sur l’affaire Woerth-Bettencourt et les questions soulevées par le comportement de certains membres du gouvernement.

Que pensez-vous des démissions d’Alain Joyandet et de Christian Blanc ?

Une démission est toujours brutale, elle est parfois nécessaire. L’éthique de responsabilité est très respectable.

Y a-t-il une affaire Éric Woerth ?

Il n’y a pas d’affaire Éric Woerth ; il y a des questions Bettencourt. Nous vivons dans un pays de droit. Que les règles soient respectées et que la suspicion ne menace pas la vérité. Sans faute, il ne peut y avoir de coupable.

Quelles sont les questions posées par l’affaire Bettencourt ?

Elles relèvent évidemment de règles juridiques. Le droit fiscal a-t-il été respecté ? Et les conditions juridiques de la gestion d’une telle fortune sont-elles stabilisées ? Ce sont des questions de droit qu’un pays comme la France devrait traiter en toute sérénité.

Partagez-vous les interrogations d’Alain Juppé et de Dominique de Villepin, qui ont été comme vous premier ministre de Jacques Chirac, sur le cumul des fonctions de trésorier d’un parti et de ministre du Budget ?

Éric Woerth est dans cette situation de cumul depuis plusieurs années. Il aurait fallu la dénoncer plus tôt pour être légitimement en mesure de le faire aujourd’hui.

Comment recevez-vous les critiques du PS et celles de Martine Aubry qui dénonce une «démocratie abîmée» ?

Mme Aubry montrerait ses qualités de femme d’État en corrigeant les propos de ses amis. À travers toute cette histoire, l’opposition n’a qu’un objectif : élaborer un montage politique pour fragiliser, au mépris des règles de droit, un ministre en charge de la réforme prioritaire, celle des retraites. La question de l’influence de l’argent sur la politique mérite réflexions et débats d’une autre tenue. Ce n’est pas par la tactique des amalgames et des suspicions que l’on traite sereinement ces sujets. L’indépendance du politique mérite que l’on exclut dans ce type de débat les insultes et les injures. Il y a, à droite comme à gauche, des gens qui veulent bien travailler pour que l’on définisse une approche à la fois éthique et moderne de la responsabilité gouvernementale. Le propre des démocraties est d’avoir à affronter régulièrement de nouvelles difficultés. Pour les surmonter, on a besoin et de sérénité, et de bonne foi. La place que prend l’argent dans nos sociétés vaut la peine que l’on recherche un consensus républicain pour en limiter les effets pervers.

Qui pourrait aujourd’hui mener une telle réflexion ?

J’ai écouté attentivement Lionel Jospin et je débattrai volontiers avec lui des progrès éthiques que notre démocratie française doit encore réaliser. Une telle réflexion doit répondre à des objectifs élevés et non à des aspirations politiciennes ou partisanes, elle ne peut être médiocre.

Cette concertation peut-elle être étendue à d’autres champs ?

Je pense que l’intérêt commun de la majorité et de l’opposition dans cette période de crise profonde est de transformer la société française sans blessure ni brutalité. Je crains que l’échéance de 2012 s’annonce frontale. Sur le plan politique, je vois deux blocs se constituer, deux camps se rassembler et organiser l’affrontement. Il est de la responsabilité de ceux qui veulent servir la France d’apaiser les tensions et, tout en participant au débat, de rechercher quelques solutions largement partagées.

Quelle sera votre contribution à ce travail ?

Avec les parlementaires de Dialogue et Initiative, nous formulerons au président de la République pour l’échéance de 2012 des propositions capables de rassembler deux Français sur trois et ainsi d’éviter un pays ingouvernable partagé entre deux moitiés de France dont les horizons seraient incompatibles. Sur le plan social, on a tort actuellement par différents projets de remettre en cause les corps intermédiaires, la France des professions, la diversité territoriale… Toutes ces structures évitent l’opposition radicale entre la France des sommets et la France du terrain.

Et quel peut être le rôle du chef de l’État ?

Le président de la République, par sa fonction, est en charge de l’apaisement de la France. Il me semble que, depuis les élections régionales, il a tenu à souligner cette dimension de son action. Il doit poursuivre dans cette direction car les Français ne pourront se mobiliser pour surmonter la crise que si la France est apaisée. L’apaisement est possible, nous ne sommes pas condamnés à la violence politique !

Nicolas Sarkozy, qui souffre d’une impopularité record, peut-il être le candidat de cette France apaisée ?

Il en a la volonté et je le sais capable de soumettre son tempérament à sa responsabilité.