Jean-Pierre Raffarin : Il faut un remaniement profond du gouvernement »

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Passage média · Républicains Sénat · 8 juillet 2010

Jean-Pierre Raffarin répond aux journalistes du Monde


Comment sortir de l’affaire Bettencourt ?

C’est un combat politique. On le sent bien à l’Assemblée nationale. Le gouvernement doit donc afficher une réponse politique. Il doit affronter la pression pour desserrer l’étau autour du président de la République, afin que ce dernier retrouve sa capacité d’action par sa liberté.
Les actions en justice se multiplient, cela ne vous inquiète-t-il pas ?
Que les personnes qui s’estiment diffamées déposent plainte ne me déplaît pas. Ce qui est très dangereux, c’est quand l’injure, la suspicion deviennent un argument. La France ne doit pas devenir un théâtre de violence politique. La crise économique est profonde, durable. Le potentiel de violence est très important dans la société. Je suis pour une forme d’apaisement. Quand on a des désaccords, il faut faire appel à la règle de droit.

Que doit faire Nicolas Sarkozy ?

De mon point de vue, il doit prendre la parole et engager un remaniement profond de son gouvernement en traçant de nouvelles perspectives, et probablement en engageant une nouvelle politique de finances publiques pour faire en sorte que nous soyons sur ce terrain en progrès.

 » En progrès « , c’est-à-dire plus rigoureux ?

Nous devons faire les réformes nécessaires et être crédibles vis-à-vis de tous ceux qui nous prêtent de l’argent. Nous dépendons de ceux qui nous prêtent. Si nos taux d’intérêt devaient augmenter, nous serions terriblement fragilisés. Donc cette politique de finances publiques doit être la colonne vertébrale de ce nouvel acte du quinquennat.
A quel moment le remaniement doit-il intervenir ?
Il est clair que l’échéance d’octobre paraît lointaine, mais c’est au président de la République de décider. Nous, parlementaires de la majorité, devons veiller à ce que le président de la République reste libre de son calendrier.

Eric Woerth reste-t-il suffisamment fort pour porter la réforme des retraites ?

Je pense que oui. Il a l’estime de la majorité mais c’est au gouvernement d’apprécier quelles sont les conditions d’exercice de ses responsabilités et c’est au président de la République de définir le calendrier du remaniement. Le chef de l’Etat avait pensé le faire après la réforme des retraites. Faut-il le faire avant ?

C’est-à-dire maintenant ?

Ou au mois d’août, c’est au président de la République de décider.
Faut-il un gouvernement plus resserré ?

Quand on fera le bilan de ces trois ans, on s’apercevra qu’un certain nombre de postes ne s’avère pas vraiment pertinent, donc on devrait pouvoir faire un gouvernement très resserré. Avec quinze ministres et dix secrétaires d’Etat, on devrait avoir une équipe suffisante pour faire face aux difficultés.

Certains parlent de crise de régime.

Il n’y a pas de crise de régime mais des difficultés à résoudre. La République du leadership pose un certain nombre de paradoxes. Lorsqu’un ministre est fragilisé, ce n’est pas le premier ministre qui l’est aussi mais le président. Nous n’avons pas stabilisé notre système institutionnel. Le premier ministre n’est plus le protecteur du président comme il l’était précédemment. Le résultat, c’est que le président est très seul. Lorsque j’étais à Matignon, le système était beaucoup plus stable.

J’ai connu un certain nombre de crises, c’était la dignité et l’honneur du premier ministre que de prendre des coups pour protéger le président.
Le Sénat a refusé, mardi 6 juillet, de voter un volet essentiel de la réforme des collectivités territoriales, à savoir le mode de scrutin.
Il y a eu 335 voix contre, dont la mienne, et 5 pour.

Pourquoi une telle fronde ?

J’avais averti à plusieurs reprises qu’il était dangereux de toucher aux corps intermédiaires. Cela rejoint la réflexion sur le leadership : entre le sommet et la base, il y a un milieu, on ne peut s’en passer. En filigrane, dans le rapport Attali, il y avait l’idée que les chambres de commerce, les collectivités locales, les départements, tout ce qui est structure intermédiaire, ça coûte cher, il faut supprimer. Je dis :  » attention « . Il est important que le citoyen ne soit pas seul face au pouvoir. Il faut qu’il y ait un pluralisme du pouvoir et des forces relais.

N’êtes-vous pas inquiet sur l’évolution de la démocratie ?

Mais non, il ne faut pas être pessimiste. Le président a été élu pour cinq ans, il est légitime et il est en train de mener la réforme des retraites. Franchement, je n’ai pas l’impression que les Français remettent vraiment en cause cette grande réforme qu’il faut pour notre pays.