La vérité sur les Lycées Français à l’étranger, par Robert del Picchia*

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Tribune · Républicains Sénat · 19 juillet 2010

Non ! Les lycées prestigieux ne vont pas disparaitre.
Ni à brève, ni à longue chance, contrairement à ce que vous écrivez. D’ailleurs, vous faites référence aux chiffres de 2005 : 430 établissements. En 2010, après la mise en œuvre de la mesure de prise en charge, ce sont 461 écoles qui existent…

Non ! Les enfants de fonctionnaires ne sont pas pénalisés. Ils profitent aussi de la gratuité grâce aux « prestations familiales » (avantage familial ou majorations familiales, sans compter en plus pour certains les allocations familiales françaises). Et ce, pour toutes les classes, dans une école française ou non. Précisons que les « prestations familiales » sont versées dès la naissance de l’enfant. Les autres enfants français à l’étranger n’ont droit à aucune prestation….

Non ! Les enfants étrangers ne sont pas « évincés » des écoles françaises.
Les 461 établissements ont accueilli au total cette année 272.593 élèves dont 105.862 français. Les élèves étrangers sont donc 166.731, soit plus de 61 %. Seulement 0,5 % de moins que l’an dernier. Pas de grandes « pertes » car ils avaient augmenté leur nombre l’an dernier de 6,4% – alors que la mesure de gratuité était déjà en vigueur – . Mieux même, pour les classes de lycées – celles où la mesure s’applique – le nombre d’enfants étrangers augmente de 4,9 %…

Non ! Il n’y a pas de doublement des crédits.
Cette année était la première année de mise en œuvre totale, dans les trois classes de lycée. Donc pas de comparaison possible. Les crédits pour la prise en charge ont été de 42 millions d’Euros. (Le budget de l’Agence coûte à l’Etat 420,8 millions. Les parents en paient pour leur part plus de 500 millions). Et encore. Sur les 42 millions prévus, la prise en charge de la scolarité n’a couté que 30 millions… Les 12 millions d’Euros restants sont allés au budget des bourses pour les familles aux revenus insuffisants.

Non ! La gratuité n’est pas si coûteuse.
Pour les seuls élèves de lycée – ceux concernés pas la mesure de prise en charge – le coût moyen est de 4.084 € à l’étranger (2009), et de 10.710 € en France (2008, derniers chiffres connus). Le coût moyen par élève de la PEC est cette année de 4.434 Euros. Rappelons aussi que l’Etat finance les écoles privées en France à hauteur de 7 milliards d’euros, sans que cela n’émeuve personne, et pour cause ! Cela reviendrait beaucoup plus cher s’il fallait que l’Etat scolarise ces élèves dans le secteur public. De la même façon, cela coûterait plus cher à l’Etat si les enfants français actuellement scolarisés à l’étranger, l’étaient en France.

Non ! La PEC ne mobilise pas les ressources et n’entraine pas l’abandon des projets de l’AEFE.
La mesure, on le sait, ne sera pas étendue à toutes les classes, seules les classes de lycée sont prévues. Les ressources ne sont pas mobilisées puisqu’il s’agit d’un financement spécifique. Les établissements sont remboursés à l’Euro près. Le budget de l’AEFE n’est pas concerné. Et si la mesure devait être abandonnée, les 42 millions retourneraient dans le budget général au détriment de l’AEFE… et des bourses. Certes les besoins de rénovation des bâtiments existent mais les projets ne sont pas abandonnés. Je vous conseille de vérifier sur place. Le nouveau Lycée d’Ankara par exemple existe bel et bien…

Non ! Il n’y a pas de dégradation inéluctable du niveau des études à cause de la PEC.
Cette assertion est une injure faite aux enseignants de qualité qui travaillent avec conscience et compétence à l’étranger. Il n’y a pas de poussée vers les classes de lycée de jeunes qui n’ont pas suivi le cursus français. On n’entre pas dans les classes de lycée sans avoir suivi auparavant une scolarité dans les classes inférieures d’un établissement français. Nous pouvons être fiers de nos lycées. Le taux de réussite au Bac est en moyenne de 94%. C’est la qualité de l’enseignement et de l’encadrement qui fait le succès de nos écoles auprès des étrangers.

Non ! Les entreprises ne se désengagent pas.
Sur les 180 entreprises qui travaillent sur l’étranger réunies dans le « Cercle Magellan », seules 4 ont à ce jour donné depuis le siège une consigne de désengagement, les autres ont au contraire une
politique délibérée de poursuite du paiement des frais de scolarité. Les grandes entreprises qui ne sont pas demandeuses de cette mesure et veulent surtout un réseau dynamique et de qualité ont choisi pour la plupart de continuer à payer les frais de scolarité. Le désengagement est le fait des petites structures (PME, entrepreneurs individuels) qui étaient justement l’un des objectifs secondaires de la PEC pour les aider à se développer à l’étranger.

Non ! Désolé, mais la mission prioritaire des lycées n’est pas de porter à l’extérieur la langue et la culture françaises.
Les lycées y contribuent largement certes, c’est bien ainsi. Mais pourquoi diable les parents d’élèves qui paient déjà plus de 60% du budget de l’Agence devraient-ils financer cette mission ? Ne confondez pas « enseignement français » et « enseignement du français ».
Pour le rayonnement de la langue et de la culture françaises, la France dispose du vaste réseau des alliances et des centres culturels. Sur un seul programme, l’Etat alloue 61,7 millions d’Euros et plus de 14 millions pour des bourses qui bénéficient à 11.010 étudiants étrangers

Rappel législatif : La première mission fixée par la loi à l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) est « d’assurer, en faveur des enfants de nationalité française résidant à l’étranger, les missions de service public relatives à l’éducation ». La deuxième mission est la coopération éducative ; le rayonnement de la langue et de la culture françaises « notamment par l’accueil d’élèves étrangers » n’arrivant qu’en troisième position.

A noter que la priorité des enfants français sur les enfants étrangers a été affirmée par le tribunal administratif de Paris dans un jugement du mois de juin 2010. Le tribunal a en effet annulé une décision de l’AEFE qui avait refusé l’inscription d’enfants français au Lycée de Munich alors que des places disponibles avaient été données à des enfants étrangers. Le jugement du tribunal repose sur le 1er objectif de l’AEFE qui est la scolarisation des enfants français Le jugement précise que l’objectif de contribuer au rayonnement de la culture française par l’accueil d’élèves étrangers ne peut y faire obstacle. Cela se justifie par le fait que, contrairement aux enfants étrangers, les enfants français sont obligés eux de choisir les écoles françaises pour suivre un cursus scolaire dans leur langue.

Non ! La mesure de prise en charge n’est pas un bénéfice rendu à une « petite part de la société française ».

Il n’y a pas plus de Français riches ni pauvres à l’étranger qu’en France, et les classes moyennes y sont tout autant majoritaires. Mais les écoles sont gratuites en France pour tous, Français et étrangers, riches et pauvres, assujettis à l’impôt ou non. Et à l’étranger, elles sont payantes, et chères. Moins d’un tiers des enfants français les fréquentent, une proportion équivalente ne pouvant se le permettre faute de moyens financiers suffisants. C’est ça l’injustice. Et c’est pour y pallier que le Président de la République a voulu que les frais de scolarité des enfants français soient pris en charge par la collectivité nationale. Dans l’équité. Tous les enfants français seront concernés dès leur arrivée en classe de Seconde.

Alors, oui, des mesures d’adaptation seront prises.
Un rapport d’impact, après la mise en route sur les trois classes concernées, réalisé par deux parlementaires, Geneviève COLOT pour l’Assemblée nationale et Sophie JOISSAINS pour le Sénat, sera remis dans les prochains jours au Président de la République. Il prévoira certainement, entre autres, un plafonnement de remboursement par enfant et par établissement pour bloquer la dépense, en cette période de crise budgétaire, et pour éviter que les écoles n’augmentent exagérément leurs tarifs. Eventuellement aussi une adaptation des prestations familiales pour les familles de fonctionnaires aux revenus insuffisants.