Gérard Larcher : « La manifestation sur les retraites, un message à écouter »

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Passage média · Républicains Sénat · 6 septembre 2010

A l’occasion de la rentrée parlementaire, mardi 7 septembre, Gérard Larcher, le président du Sénat, évoque les dossiers importants des semaines à venir. Sur la sécurité comme sur les retraites, le Sénat entend peser sur les débats.


A l’occasion de la rentrée parlementaire, mardi 7 septembre, Gérard Larcher, le président du Sénat, évoque les dossiers importants des semaines à venir. Sur la sécurité comme sur les retraites, le Sénat entend peser sur les débats.

Comment jugez-vous le climat de cette rentrée ?

Le niveau d’électricité dans l’air, je le reconnais, est plus élevé que d’habitude. Il va falloir que le climat s’apaise. Pour les Français, cette ambiance, y compris ce qui s’est passé à l’université d’été de l’UMP, ne correspond ni à leurs attentes ni à leurs angoisses. L’emploi et les retraites sont les sujets qui doivent être au coeur des débats. Quelques signes montrent que la situation économique n’est peut-être pas si morose que ce que l’on dit.

Existe-t-il des marges de manoeuvre sur les retraites ?

La manifestation de mardi va avoir un sens. Ce sera un message et il faudra l’écouter. J’ai fait le point avec les principaux responsables de l’exécutif; j’ai déjà reçu et je vais revoir l’ensemble des partenaires sociaux. Je considère que les éléments contenus dans l’entretien que François Chérèque a donné au Monde – du 2 septembre – ne sont pas négligeables. Sur le fond, bien sûr, il réaffirme son opposition à la réforme. Mais ce qui me semble important, c’est que, sur la question de la pénibilité, il peut y voir des points de rencontre. Est-ce que, par exemple, à l’intérieur des branches, il ne peut pas y avoir certains métiers dont la pénibilité soit reconnue ? Je sais que la question du financement se pose mais je crois qu’il faut y aller. Il faut également examiner les questions qu’il pose sur les polypensionnés et sur les carrières longues. Ce sera le rôle du Sénat de se saisir de ces questions.

Il y a un sujet qui a un coût et un impact importants : c’est celui du maintien de l’âge de la retraite à taux plein à 65 ans. Bien sûr, l’objectif de la réforme, c’est de tenir des équilibres financiers. En même temps, même si beaucoup de Français jugent la réforme nécessaire, pour qu’elle soit comprise, il faut qu’elle soit la plus équitable possible. François Chérèque fait une proposition. Il faut qu’on la chiffre, qu’on l’analyse. Cela aussi, ce sera le travail du Sénat. Nous aurons le texte en deuxième main, après l’Assemblée nationale. Les députés vont déjà faire bouger le texte, notamment sur la pénibilité. Ici, il peut y avoir de nouveaux points d’accord. C’est l’avantage d’avoir deux chambres. J’ai rencontré le chef de l’Etat, il m’a dit :  » Il faut que le Parlement joue son rôle.  »

Eric Woerth est-il en mesure de suivre le dossier jusqu’au bout ?

C’est un autre sujet, il ne faut pas mélanger les genres. Un ministre porte un dossier au nom du gouvernement. Le premier ministre a confirmé que c’est lui qui défendra le texte. Maintenant il est clair que ce n’est pas facile, dans ces conditions. A l’Assemblée nationale, cela va être une semaine complexe. J’espère simplement qu’on va s’en tenir au coeur du texte et qu’on ne visera pas au coeur du ministre.

En ce qui concerne le budget, le gouvernement a-t-il les moyens de ses objectifs ?

Il va falloir que le texte soit arbitré rapidement, que l’on définisse clairement les avantages fiscaux sur lesquels on passe le rabot. Tout ce qui crée de l’emploi et de l’activité, qui favorise la recherche, je crois qu’il faut le préserver. Pour le reste, il va falloir être très exigeant. J’ai demandé au président de la République un arbitrage clair et rapide de la part du gouvernement pour permettre au Parlement de travailler. Il n’est pas question pour le Sénat d’aller chercher les 10 milliards de recettes nouvelles par des jeux de passe-passe. Le meilleur message à envoyer à l’extérieur, c’est de montrer notre volonté déterminée à tenir nos engagements, sans dissimulation.

Le tour de vis sécuritaire amorcé par le discours de Nicolas Sarkozy à Grenoble soulève des protestations. N’en fait-il pas trop ?

Honnêtement, Nicolas Sarkozy ne menace pas les droits de l’homme ! L’exécutif est dans son rôle quand il assure la sécurité des Français, qui expriment une vraie attente sur ce sujet. Mais il faut regarder avec attention et raison les mesures et les méthodes envisagées.

Le gouvernement va présenter une série d’amendements au projet de loi sur la sécurité, qui doit être examiné au Sénat à partir du 7 septembre. Comment voyez-vous les débats ?

Il y a des sujets sur lesquels le Sénat, c’est sa vocation, sera très attentif en terme de respect des libertés. Je pense notamment à la comparution immédiate des mineurs. Il faut tenir compte de la spécificité des adolescents. La question des peines planchers en cas de récidive va aussi faire débat. J’ai dit aux responsables de l’exécutif de faire attention sur ces sujets. Quant à la responsabilité pénale des parents pour les délits commis par leurs enfants, cela me heurte. L’arsenal législatif pour mettre en cause les parents n’exerçant pas leurs responsabilités existe déjà.

Certains, dans la majorité, ont également proposé de responsabiliser les maires…

Il y en a ras-le-bol de mettre en cause les maires ! Je n’en connais aucun, de droite comme de gauche, qui rêve de voir augmenter la délinquance dans sa ville. Les élus locaux font souvent face, tout seuls, à des problèmes de société qui les dépassent.

Le discours de Grenoble n’a-t-il pas ouvert les vannes à ce déferlement de surenchères ?

Des expressions individuelles ont défiguré le discours de Grenoble, même si, peut-être, comme le premier ministre François Fillon, je ne l’aurais sans doute pas exprimé de la même manière.

Ce qui a aussi provoqué l’indignation, ce sont les destructions de camps et les expulsions de Roms groupées pendant l’été…

Là aussi, on ne peut pas laisser les maires gérer cela tout seuls. Paradoxalement, il me semble que cette tension peut permettre de faire avancer les choses. Cela peut être l’occasion de progresser sur les conditions de stationnement, d’éducation, de santé et de faire en sorte que tout le monde respecte la loi. Concernant les Roms, on a entendu beaucoup de sottises : la procédure respecte la loi et les principes. Mais c’est un vrai sujet, qui doit être réglé à l’échelle européenne. Je rencontre José-Manuel Barroso jeudi – 9 septembre – et je vais lui demander d’y consacrer des fonds structurels et d’engager une politique européenne pour régler les problèmes d’une communauté qui vit dans des conditions épouvantables dans ses pays d’origine.

Le gouvernement ne s’est-il pas livré à une exploitation à grand spectacle de ces sujets ?

Il y a toujours un risque de stigmatisation quand on parle d’une communauté, c’est pourquoi il faut le faire sereinement. Le sujet prête aux excès et à l’émotion, alors que c’est un sujet grave, profond, ancien et non traité.

Que pensez-vous des propositions portant sur la déchéance de la nationalité ?

Cela me paraît poser de vrais problèmes. J’ai déjà eu l’occasion de le dire : l’article 25 du code civil apporte déjà beaucoup de réponses. La vraie question, c’est : est-ce utile à la sécurité des Français ?

Au gouvernement, tout le monde semble attendre le prochain remaniement…

Le président de la République a fixé une échéance pour un profond remaniement. C’est un sujet qui lui appartient, à lui et à lui seul. Je pense qu’un changement est utile et j’espère qu’il marquera le début du troisième tiers du quinquennat.

Pensez-vous qu’il faille aussi un changement à la tête de l’UMP ?

Xavier Bertrand assume une fonction difficile. Comme Gérard Longuet, je pense qu’un secrétaire général doit être élu. Pour faire vivre le mouvement, il faut une vraie élection. Là aussi, ça peut être une chance pour l’UMP. Elle traverse des difficultés, eh bien, allons à l’élection. Le président de la République, chacun le sait, a souhaité rester en lien étroit avec le parti dont il est issu. Mais, à un moment, il faut aussi qu’il y ait un réel partage avec les militants. J’attends aussi d’un parti qu’il entende toutes les sensibilités, qu’il fasse des propositions qui trouvent leur place dans une société diversifiée. Un parti politique, ce n’est pas un enfermement, c’est une force de proposition.