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Interview de Jean-Pierre Raffarin
Républicains Sénat
Passage média · 1 octobre 2010

Interview de Jean-Pierre Raffarin

L’ex – Premier ministre Jean-Pierre Raffarin revient sur les débats qui ont agité la droite récemment :


Il s’était inquiété, fin août, de la «dérive droitière» de l’UMP. Depuis le début du quinquennat, Jean-Pierre Raffarin regrette que la majorité ne laisse pas assez de place à l’expression de sa «diversité». Prêt à ouvrir un débat sur les conflits d’intérêts, il juge une nouvelle réforme des institutions nécessaire pour organiser l’hyperprésidence.

«Droitisation», le mot est de vous. Comment expliquez-vous la dérive constatée cet été ?

L’opinion glisse à droite. C’est un phénomène mondial. Je rentre des Etats-Unis, où l’on constate que le Parti démocrate est de plus en plus républicain et que le Parti républicain est de plus en plus «tea-party». Il y a eu aussi les élections récentes en Suède, Pays-Bas, Autriche. Tout se passe comme si la crise servait les idées de droite. Cela doit faire réfléchir. Face à la crise, les citoyens réagissent de manière plus individuelle. Les solutions collectives n’apparaissent plus comme efficaces, mais si les idéologies sont fragilisées, les valeurs restent vivantes. L’enjeu, pour la tradition républicaine française, est de passer du vieil égoïsme à un nouveau personnalisme.

Votre ami le sénateur Jean-René Lecerf a dénoncé une politique «d’affichage». Vous êtes d’accord ?

Oui. Ce qu’exprime Jean-René Lecerf, c’est l’attachement du Sénat aux libertés publiques. Notre réponse n’est pas la course à droite. Nous n’avons aucun problème, sur le plan politique, avec une expulsion fondée sur une décision de justice. Nous avons un problème avec le discours d’exclusion. Retourner aux valeurs, c’est s’en tenir au respect de la personne et refuser tout rejet identitaire. Le discours généreux à l’ONU est aussi nécessaire que le discours de Grenoble.

Faut-il, comme le dit Martin Hirsch, légiférer sur les conflits d’intérêts ?

La réflexion sur l’éthique doit en effet être approfondie. Mais quand on quitte les responsabilités, il y a un temps de réserve qu’il vaut mieux respecter. Ce débat est trop personnalisé.

Peut-on être parlementaire et avocat d’affaires ?

La question vaut aussi bien pour le médecin ou le chef d’entreprise. Voulons-nous une représentation nationale exclusivement composée de hauts fonctionnaires ? La commission de la transparence surveille les éventuels dérapages.

Cela suffit ?

Il faut peut-être revoir la charte. On peut réfléchir à un meilleur plafonnement des revenus des élus. Mais la représentation nationale doit ressembler à la société.

Fillon est devenu l’icône de la droite : est-ce la revanche des institutions ?

On est dans une Ve République «paradoxale». L’exposition du Président protège le Premier ministre. L’image du Premier ministre devient symétrique de celle du Président. Leurs intérêts, pourtant, ne peuvent être contraires. C’est un système qu’il faudra changer. Pour 2012, je crois que le Président devra choisir : soit un retour à la pratique traditionnelle de la Ve République, soit une VIe République avec un système de leadership à la française. Le leadership de Nicolas Sarkozy a apporté à notre démocratie efficacité et lisibilité. L’incarnation d’une politique est une nécessité des temps modernes. L’Europe en est d’ailleurs le contre-exemple. Une adaptation institutionnelle est maintenant nécessaire. Entre l’autorité et l’écoute, il faut trouver le bon équilibre. Sur la réforme des institutions, on est resté à mi-chemin.

En voulez-vous à François Fillon d’être si sévère sur votre bilan ?

Non. C’est la règle du jeu. Les prédécesseurs sont insuffisants et les successeurs ambitieux : un classique. François Fillon et moi, nous n’avons pas fait le même métier…

Comment voyez-vous le prochain Premier ministre ?

Je vois d’abord un Président entouré de ministres plus forts qu’aujourd’hui, ils doivent eux aussi incarner une politique. Quant au Premier ministre, il ne peut avoir d’autre légitimité que celle que lui a personnellement transférée le Président, élu au suffrage universel. Sa priorité de chef de la majorité doit être d’apaiser la démocratie française, la violence du débat politique est inacceptable.

Annoncer un remaniement à l’avance, n’était-ce pas une erreur ?

C’est la conséquence d’une lecture paradoxale de la Ve République par Nicolas Sarkozy. En fixant cette échéance, il se place en maître du calendrier. Mais dès lors qu’il l’annonce, il se met sous la pression des autres. Pour qu’une décision reste personnelle, il ne faut pas qu’elle soit mise aux enchères.

A droite, certains sont déjà, semble-t-il, dans l’après-Sarkozy.

2017 peut être un espoir personnel et secret. Mais ce n’est en aucune façon une échéance politique ! 2017 n’existe pas. Les Français ont devant eux des échéances bien réelles : 2012, qui doit être celle de la réélection de Nicolas Sarkozy.

Jean-François Copé veut l’UMP. Faut-il la lui donner ?

Le problème de la France, aujourd’hui, ce n’est pas le choix entre Xavier Bertrand et Jean-François Copé. Pour beaucoup, Copé est la révélation politique de ce quinquennat. Nous devons l’aider, en aucun cas l’enfermer dans des querelles de personnes. Il doit continuer à se développer, à se rapprocher des Français. Je souhaite l’accompagner dans son épanouissement. Xavier Bertrand, lui, assume une responsabilité très difficile. De nous tous, il est celui qui a la parole la moins libre. Même Alain Peyrefitte paraissait banal quand il était à la tête du RPR !

Y aura-t-il un candidat du centre à la présidentielle de 2012 ?

Aujourd’hui, le Président pense que c’est la dynamique de premier tour qui fait les réserves de voix au second. Il n’est donc pas favorable à une candidature centriste issue de la majorité. Il ne s’agit pas pour lui de gagner des voix à droite ou au centre : il s’agit de mobiliser ceux qui n’ont pas voté, par exemple, aux régionales. Son analyse est plus verticale qu’horizontale. Pour lui, l’élection se gagne au peuple.