Gérard Larcher : « mes propositions sur les retraites »

Catégories
Passage média · Républicains Sénat · 4 octobre 2010

Au lendemain de la quatrième journée de mobilisation contre la réforme des retraites, comment jugez-vous le climat social ?

Le pays s’interroge encore. Les Français, y compris parmi les manifestants, sentent confusément que cette réforme est une absolue nécessité. Et, en même temps, ils sont en attente forte d’équité et de justice. C’est dans ce sens que le Sénat va améliorer le projet de loi. La semaine dernière, la commission des Affaires sociales a déjà proposé des mesures en faveur des personnes handicapées et des chômeurs de longue durée. Nous verrons comment nous pourrons mieux répondre notamment à toutes les personnes qui ont eu des parcours professionnels hachés et puis nous devrons réfléchir à l’après-2018 (quel système pourrait être mis en place).

Vous voulez atténuer les effets de la réforme pour les femmes qui devront attendre 67 ans, le nouvel âge du taux plein, pour prendre leur retraite. Que proposez-vous précisément ?

Je rappelle que l’âge légal, ce sera 62 ans. Ce que nous souhaitons pour les mères de trois enfants et plus, c’est bloquer l’âge du taux plein, et ce de façon transitoire. Elles pourraient continuer à partir à 65 ans sans décote, quel que soit le nombre de trimestres cotisés. Plus précisément, il faudra cibler les parents qui se sont arrêtés pour élever leurs enfants, entre deux mois, la durée du congé maternité, et une durée maximale à déterminer. Mais attention, il ne s’agit pas d’une remise en cause générale, seulement de gérer une transition. Ce sont les générations nées entre 1950 et le début des années 1960, celles qui arrivent à l’âge de la retraite avec moins de trimestres de cotisation que les hommes. Le problème s’efface pour les générations suivantes, où le taux d’activité féminin est plus élevé.

Pourquoi les mères de trois enfants et pas les autres ? C’est une approche familialiste ?

Nous savons que ce sont les mères de trois enfants et plus, qui ont les carrières les plus fractionnées, qui se sont arrêtées de travailler le plus longtemps. Et j’assume une approche familialiste !

Un tel aménagement aurait un coût. Comment le compenser pour ne pas fragiliser l’équilibre financier de la réforme ?

L’équilibre financier de la réforme est essentiel. Suivant les estimations, environ 100.000 femmes par an seraient concernées, pour celles nées jusqu’en 1963. Le débat devra préciser le coût exact de la mesure qui sera sans doute de plusieurs centaines de millions d’euros. Une des voies pour la financer, c’est le plafonnement de l’exonération fiscale des bonifications de pension de 10 % pour les personnes qui ont eu trois enfants. Ce plafonnement profite aussi aux hommes et favorise les catégories les plus aisées, puisqu’il s’agit d’un pourcentage.

Ce n’est pas ce que demandent les syndicats. L’impact sur l’opposition à la réforme risque d’être faible.

C’est possible. Mais notre objectif n’est pas d’avoir une réponse immédiate au mécontentement qui s’exprime ; c’est de réussir la réforme la plus équitable possible et de sauvegarder notre système par répartition.

Le budget, justement, est-il équitable ?

Ce budget était attendu et il est cohérent, avec une vraie perspective européenne. Et il tend vers une recherche d’équilibre.

Le débat sur le bouclier fiscal doit-il être tranché avant 2012 ?

Pour moi, non. Mais ce sera l’un des enjeux des échéances futures. Des propositions sont sur la table, notamment au Sénat. Quoi qu’il en soit, l’approche comparative franco-allemande est la bonne.

Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages. Comment analysez-vous ce désamour ?

Peut-être l’a-t-on trop adulé par le passé. On est, je crois, dans un mouvement de balancier. Mais je suis marqué et atterré par un certain nombre d’excès que je trouve inacceptables. Depuis deux mois, on est profondément injuste avec le président ! Lui accoler le terme de « haine » [comme le fait « L’Express » à sa une, NDLR] ou en faire un symbole du « nouvel extrémisme » européen [comme « Newsweek », NDLR] est déraisonnable. Je ne veux faire le procès de personne, mais il y a des mots qu’il faut manipuler avec prudence. Quand on fait partie de l’élite, quand on a bac + 14, on a une responsabilité politique et citoyenne, qui n’est pas de céder à sa pulsion ; on n’utilise pas le mot « machin » n’importe comment [s’en prenant à Nicolas Sarkozy, le démographe Emmanuel Todd a fustigé « ce machin à la tête de l’Etat », NDLR]. On peut être en total désaccord et même être un adversaire. La liberté d’expression est un fondement de notre démocratie, mais la phobie est une maladie !

Critiques de nos partenaires européens, ultimatum de Bruxelles sur les expulsions de Roms : n’êtes-vous pas inquiet pour l’image de la France ?

Ce serait mentir que de dire que tout cela a facilité les contacts avec nos amis luxembourgeois ! Mais je ne suis pas fondamentalement inquiet. La France a respecté le droit. La question de libre circulation doit se résoudre au niveau européen ce dont je me suis entretenu avec José-Manuel Barroso il y a trois semaines. Et puis je regrette que, dans ce domaine, on ait laissé un peu trop souvent les maires seuls. C’est pourquoi, il était indispensable que l’Etat se préoccupe enfin d’eux. Au Sénat, nous sommes très attachés aux libertés individuelles et collectives. Cela fait partie de l’éthique de la Chambre haute. Regardez le débat sur la loi Loppsi et comment les sénateurs ont déjà corrigé la copie initiale. Nous ne baisserons pas la garde : nous resterons extrêmement attentifs.

La campagne présidentielle se jouera-t-elle, selon vous, sur les dossiers économiques ou plutôt sur la sécurité et l’immigration ?

Je ne suis pas météorologue mais je pense qu’elle se jouera beaucoup sur l’emploi, sur l’avenir des jeunes, sur la sécurisation d’une population vieillissante. Cela fait partie des angoisses d’aujourd’hui. Il suffit d’écouter les gens : quel job pour leur enfant demain, quel avenir pour leurs parents ? D’où l’importance à mes yeux du chantier de la dépendance. Il faut soulager les finances des départements, qui sont victimes d’un effet ciseaux : leurs recettes sont pénalisées par la crise et leurs dépenses sociales progressent à vitesse grand V. C’est le cas notamment de l’APA (aide personnalisée d’autonomie) pour les personnes âgées dépendantes. La réforme devra absolument prendre en compte ce problème.

Jean-François Copé ferait-il un bon secrétaire général de l’UMP ?

La vraie question, c’est plutôt de savoir qui sera à Matignon. Tout dépend de la décision du président de la République, qui est resté très en lien avec son mouvement politique et l’UMP devra préparer les échéances électorales. Etre à la tête du parti majoritaire est une tâche compliquée. Xavier Bertrand a parfois bien du courage de faire cela_

Pour devenir Premier ministre, faut-il avoir au préalable une longue expérience comme parlementaire ?

Ce n’est pas une condition absolue. Mais il faut avoir une relation forte avec les parlementaires et avoir acquis leur confiance.

Au sein de la majorité, on vous reproche parfois d’être en campagne pour votre réélection à la tête du Sénat. Est-ce le cas ?

J’ai une vertu d’anticipation mais pas à ce point-là ! Les sujets sociaux sur lesquels je m’exprime sont le coeur de mon engagement politique. Si on considère que je suis en campagne, alors je suis en campagne depuis quinze ans.