Gérard Larcher : « Je suis fier du travail du Sénat »

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Passage média · Républicains Sénat · 23 octobre 2010

Après l’Assemblée nationale, le Sénat a adopté le projet de réforme des retraites en accéléré. L’ancien ministre du Travail sous Jacques Chirac et président (UMP) du Sénat depuis 2008, Gérard Larcher, s’en félicite.

Comment réagissez-vous après l’adoption hier par le Sénat de la réforme des retraites ?

Je suis heureux et fier du travail accompli par le Sénat sur ce texte. Ce débat sur les retraites fut un vrai débat de société. Pour moi, il est important de pouvoir regarder les gens dans les yeux pour leur dire : « On ne vous a pas caviardé. »

Le gouvernement a cependant eu recours au vote bloqué, procédé très contesté par la gauche…

Nous avons passé 126 heures de débats sur le coeur du texte, le double de l’Assemblée nationale. Pendant tout ce temps, j’ai tenu bon pour que nous n’utilisions pas de procédure pour accélérer le déroulement du débat et permettre à tous, sur tous les bancs, de s’exprimer et de se faire entendre. Je n’ai fait l’objet d’aucune pression. J’avais dit au gouvernement : « Faites-moi confiance, parce que je fais confiance à tous les sénateurs. Ça prendra un peu de temps. » Pour moi, le contrat moral s’est achevé dans la nuit de mercredi à jeudi, une fois la réforme systémique passée. Ensuite, le gouvernement a décidé d’appliquer le vote unique, c’est son droit. Ce n’est pas une exception, puisqu’elle a été utilisée 250 fois depuis 1959. Celui qui l’a le plus utilisée, c’est le gouvernement Rocard sous Mitterrand. J’insiste : cette procédure porte sur des sujets additionnels qui n’avaient pas vraiment leur place dans ce texte !

Certains sénateurs UMP ont trouvé que vous faisiez trop de concessions à la gauche dans l’organisation du débat…

Non, j’ai fait des concessions à la démocratie parlementaire. Aujourd’hui, je crois que tout le monde partage cette approche. C’est vrai qu’il faut s’armer de patience. Etre sénateur de la majorité, c’est héroïque dans ces cas-là. Mais tant que l’on n’avait pas passé l’article 33 (NDLR : dernier article du texte principal), il aurait fallu me passer sur le corps pour avoir recours au vote unique.

Faut-il interpréter le recours au vote unique comme une reprise en main du débat par Nicolas Sarkozy ?

Non, c’est la volonté d’achever le débat dans un délai raisonnable. Nous sommes sans doute sur le texte le plus longuement examiné par cette assemblée depuis 1981, après celui sur l’audiovisuel, qui comptait 200 articles. On est 343 sénateurs ; les députés sont 577. Per capita, on est presque à trois fois plus de temps de débat que l’Assemblée !

La deuxième partie du quinquennat doit-elle être marquée, comme le dit Jean-Pierre Raffarin, par une relance sociale ?

En matière de dialogue social, nous n’en sommes qu’à l’adolescence ! Il m’apparaît donc important que l’on approfondisse la relation sociale dans cette seconde partie du quinquennat, qui doit être aussi l’occasion de traiter le sujet de la dépendance et de procéder au toilettage législatif nécessaire pour que les réformes que nous avons votées soient efficaces. Pour cela, il est indispensable d’avoir, comme François Fillon, une relation forte avec le Parlement.

François Fillon vous semble-t-il difficile à remplacer ?

Je reconnais être partial à son égard, car nous avons toujours eu une relation amicale très profonde. Mais la décision du remplacement du Premier ministre appartient au président de la République, et à lui seul.

Votre nom a été cité pour Matignon ?

J’ai un pacte moral avec les sénateurs depuis 2008. Personne ne m’a posé la question de Matignon. Aujourd’hui, ce n’est pas pour moi un sujet.

Vous avez cependant la fibre sociale…

Oui, et il y en a d’autres, comme Jean-Louis Borloo. Nous avons ensemble exercé dans un ministère difficile. Et il a fait ses preuves humaines et sociales comme maire de Valenciennes.