Interview de Gérard Larcher

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Passage média · Républicains Sénat · 29 octobre 2010

Rencontre avec Gérard Larcher, Président du Sénat, deuxième personnage de l’État français, élu en 2008. Il s’est récemment rendu dans les Antilles françaises pour mieux comprendre la réalité de ces territoires insulaires et s’entretenir avec les socio professionnels.

Quel est votre avis sur le développement économique des régions ultra-périphériques?

Gérard Larcher : Je me suis rendu, au début de l’été à la Martinique, à la Guadeloupe, ainsi qu’à Saint Martin et à Saint Barthelémy. J’ai été frappé par le dynamisme qui règne dans les principaux secteurs d’activité. Je m’engage à soutenir cet esprit d’initiative et d’entreprise tout en mesurant l’ampleur des défis à relever. La crise sociale qui a agité les Antilles il y a dix-huit mois a permis, selon moi, de jeter les bases d’un nouveau départ. Le Gouvernement a pris les mesures d’urgence qui s’imposaient. Le Sénat a lancé une mission commune d’information sur la situation des DOM, présidée par Serge Larcher, sénateur de la Martinique alors qu’Eric Doligé, sénateur et président du Conseil général du Loiret en était le rapporteur. A l’issue de celle-ci des propositions concrètes pour le développement économique ont été présentées et reprises par un comité de suivi particulièrement actif.

Face à un renforcement des territoires d’Outre-mer dans leur positionnement à l’export, les sénateurs antillais et guyanais ont-ils des requêtes très précises ?

La mission Larcher-Doligé a réalisé un travail considérable. L’objectif est clair: faire de ces territoires de véritables « têtes de pont» de l’Europe dans leur « espacemonde » spécifique pour leur profit et celui de l’Union. Cela suppose la pleine prise en compte de ces opportunités géographiques pour les décideurs publics et privés mais aussi de la vulnérabilité de marchés étroits soumis à la contrainte des normes européennes face à la concurrence des producteurs de la zone. C’est un axe sur lequel travaille le Sénat.

Quels sont les secteurs auxquels vous faites allusion en classant ces territoires comme « tête de pont » ?

Il est évident que ces territoires représentent nos frontières européennes avec le continent américain. En matière d’énergies renouvelables, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane s’appuient sur un patrimoine naturel exceptionnel. En Guadeloupe, l’usine géothermique de Bouillante offre des résultats remarquables ou encore la ferme éolienne de la Désirade dont la construction a été financée pour un tiers par la Commission européenne. À l’évidence, les Antilles-Guyane disposent des éléments climatiques et géographiques de leur développement énergétique endogène. Ils sont en cela soutenus par l’ADEME. Ces collectivités sont également un véritable laboratoire de recherches et d’innovations.

Dans le secteur du tourisme, Karine Roy-Camille, la nouvelle présidente du Comité du Tourisme Martiniquais vous a soumis une série de propositions afin de soutenir le secteur du tourisme. Parmi ses requêtes, elle aborde notamment le plan Corail. Cette demande est-elle envisageable ?

Ma rencontre avec Karine Roy-Camille et avec l’ensemble des responsables du tourisme a été riche d’enseignements. Cette question du tourisme préoccupe le gouvernement et les élus. Chacun est bien conscient de l’urgence à agir, à défendre ce qui est à l’évidence un potentiel fort de l’économie insulaire et un gisement d’emplois diversifiés ; 10 000 emplois directs et indirects en Martinique.

Le gouvernement serait-il prêt à accorder quelques avantages fiscaux pour inciter les chaînes hôtelières étrangères à venir s’installer en Martinique et du même coup drainer une clientèle qui jusqu’à présent n’est pas intéressée par cette destination ?

Avant tout, il faut une remise à plat de la filière hôtelière et touristique, évaluer les besoins, les attentes et les propositions nouvelles dans l’agro tourisme. Je rappelle que les dispositifs de défiscalisation mis en place depuis la loi Pons ont porté leurs fruits pendant vingt ans. L’heure n’est plus au saupoudrage ni aux niches fiscales.
Ce qui importe, et c’est d’ailleurs le sens des propositions formulées par la mission sénatoriale, c’est d’assurer la stabilité à moyen terme des dispositifs fiscaux pour donner à tous une visibilité suffisante dans un contexte budgétaire que chacun sait contraint.

La Guadeloupe et la Martinique n’ont pas la même vision de l’avenir. De votre point de vue, quel est le statut qui pourrait le mieux correspondre à ces territoires insulaires ?
Aujourd’hui, notre Constitution offre à chacun de ses territoires insulaires le choix de son statut. C’est pour moi le pari de la maturité et de l’intelligence politiques. La Guadeloupe et la Martinique ont fait des choix différents. Cette flexibilité est un véritable approfondissement de la démocratie locale et de la décentralisation, qui, à maints égards, annonce la réforme de l’organisation des collectivités territoriales.