Hugues Portelli : « Le débat sur l’islam est une mauvaise idée

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Passage média · Républicains Sénat · 25 février 2011

Hugues Portelli, professeur de droit constitutionnel, sénateur UMP du Val-d’Oise« Le débat sur l’islam est une mauvaise idée »
Hugues Portelli était hier l’invité de l’émission «Face aux chrétiens» animée par Dominique Gerbaud. Il répondait aux questions de Louis Daufresne (Radio Notre-Dame), Romain Mazenod (RCF) et Mathieu Castagnet (La Croix) .

Comment l’Europe doit-elle réagir à l’arrivée possible de nombreux migrants fuyant les pays du Proche ou du Moyen-Orient ?

Ce n’est pas en mettant des barrages que l’on réglera le problème. Les gens qui fuient finiront toujours par entrer par un endroit ou un autre. La seule façon de traiter ces problèmes, c’est de discuter avec les pays d’où viennent les migrants. Si on arrive à aider les États à se doter de structures démocratiques et à se développer, alors peut-être que l’on réglera un jour le problème. La difficulté, c’est qu’en Europe et en France nous n’avons plus une politique méditerranéenne ou africaine. Le discours sur l’union méditerranéenne n’a jamais été concrétisé. Si on appelle politique africaine le fait de s’accommoder des régimes en place quels qu’ils soient, on peut quand même se poser des questions. Si l’on veut une vraie relation avec ces pays, il faut raisonner autrement. Il faut avoir une relation avec la société civile, alors que nous négocions toujours avec les pouvoirs en place.

Michèle Alliot-Marie peut-elle rester ministre des affaires étrangères ?

De Roland Dumas à Charles Pasqua, nous avons une tradition qui fait que, quelle que soit l’action des ministres, ils ne sont jamais sanctionnés. Il y a une irresponsabilité qui prévaut dans ce pays et je trouve cela regrettable. Je pense surtout que lorsqu’on constitue un gouvernement, il est bon de mettre des gens dont ces questions sont la compétence principale et non pas de les faire glisser d’un ministère à l’autre au gré des remaniements.

Craignez-vous que le débat sur l’islam en France dérape, comme celui sur l’identité nationale ?

C’est une mauvaise idée, qui finira de la même façon. Marine Le Pen a investi ce terrain et je ne voudrais pas que l’on crée des convergences entre la droite républicaine et Marine Le Pen. Cela, je le combats. Ces questions doivent être traitées calmement, par la société civile. Le problème, pour moi qui suis catholique, ce n’est pas la vitalité de l’islam, mais l’absence de vitalité de l’Église catholique.

Pour 2012, Dominique Strauss-Kahn serait-il un adversaire facile, comme le disent certains à l’UMP ?

Quel que soit le candidat de gauche, il sera difficile à battre. Nicolas Sarkozy a un socle de voix solide, mais il n’a pas les réserves sûres dont il a besoin pour gagner. Il reste un excellent candidat, une bête de campagne, mais en même temps il faut être lucide: 2012 ne sera pas comme 2007. Pour la première fois depuis 1981, il faudra faire campagne sur un vrai bilan et sur un projet. Ce sera un exercice très difficile.