Tribune de Christiane Hummel

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Tribune · Républicains Sénat · 3 mars 2011

En décembre 2010, le gouvernement a demandé aux deux chambres législatives, de créer une mission d’information commune sur les toxicomanies, avec pour objectif, de recueillir l’avis des parlementaires sur la nécessité, la pertinence ou le danger des salles dites « de shoot ». Ces salles, à l’intérieur desquelles, les toxicomanes viennent consommer des stupéfiants sous le regard des médecins, existent déjà dans plusieurs pays et un certain nombre d’associations et d’élus militent pour l’importation de telles structures en France.

Dans tous les partis politiques le débat est ouvert et l’avis des parlementaires sera donc un élément clef de la décision. Membre de cette commission depuis sa création, je fais partie des parlementaires résolument hostiles à cette proposition et je milite avec ardeur pour que cette imposture humanitaire ne voit pas le jour dans nos grandes villes. Les raisons qui m’ont conduite à cette position très ferme sont nombreuses mais je tiens à m’exprimer sur au moins trois d’entre elles.

En premier lieu, il y a une forme d’incongruité législative, pour ne pas dire plus, à interdire, l’achat, la vente, la promotion et la consommation de produits tout en se réservant le droit de fermer les yeux sur l’usage dans ce qui pourrait apparaître comme de petites enclaves hors de l’Etat de Droit et des lois de la République. Quel serait le sens d’un message d’interdiction totale pour cause de danger de mort, parsemé d’autorisations dérogatoires ? Les citoyens exigent de leurs parlementaires de la cohérence ; autoriser ce type de lieux reviendrait à mépriser cette nécessité de cohérence.

Ensuite, il y a cette fameuse idée prétendument bienveillante qui laisse à penser que la consommation de drogue serait moins dangereuse et destructrice dans un local prévu à cet effet. Aucune étude sérieuse ne démontre à ce jour que l’existence d’un local dédié, améliore significativement la détresse des toxicomanes. La réponse toxicomaniaque exprime l’impasse extraordinairement douloureuse d’un individu, penser que le laisser « se shooter » au chaud est une réponse, relève plus du cynisme que de d’une vraie politique de prise en charge.

Enfin même si la vie chaotique des toxicomanes les conduit dans la plupart des cas à un isolement familial et social progressif, qu’allons-nous dire à leurs parents, à leurs enfants toujours engagés dans une lutte féroce contre un « produit » qui leur arrache un être aimé ? Je me refuse à dire à ces familles en détresse que nous « accompagnons » leur proche dans leur spirale de destruction. Ce n’est pas ma conception du rôle d’un responsable politique.

Il n’en reste pas moins que notre pays peut encore largement progresser dans la mise en place d’une politique humaine et efficace de lutte contre les toxicomanies. La prévention et la répression du trafic doivent rester les piliers majeurs de la lutte contre les drogues mais l’accompagnement sanitaire, médical et social des toxicomanes et de leurs proches, reste à consolider. Pour ma part, ce non aux « salles de shoot », veut dire oui à une vraie politique de soin des toxicomanes.