Interview Gérard Larcher

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Passage média · Républicains Sénat · 15 avril 2011

France Culture 14 avril 2011

Vous êtes bien installé dans nos studios, vous êtes avec nous ce matin
à écouter bien attentivement la chronique, comme chaque jour, de Julie
CLARINI « LES IDEES CLAIRES » qui est peut-être un peu téléguidée, ou pas,
c’est éloge des carnivores ?

JULIE CLARINI
Ecoutez ! C’est le bureau qui m’a donné l’idée, l’équipe des « MATINS ».
La viande, la viande – bon à l’heure du café comme ça ne vous tente
peut-être pas…

MARC VOINCHET
Gérard LARCHER, ça ne lui fait pas peur du tout.

GÉRARD LARCHER
Ah non ! Parce que la viande c’est aussi le fruit des éleveurs, il y a donc
toute une réflexion aussi entre le milieu, l’animal et le monde agricole.

JULIE CLARINI
Alors, moi, je ne vais pas parler du monde agricole mais de la viande,
c’est la viande le thème « DES IDEES CLAIRES ». Hommage donc à l’amateur
de bonne chère que vous êtes Monsieur LARCHER et plongée, véritable
plongée dans le monde des idées, car, contre toute attente, vous vous en êtes
aperçu depuis la parution du livre de Jonathan FOER, la réflexion ne faiblit pas,
un trimestre entier de parution – et je ne parle pas de recettes de cuisine mais
de véritables enquêtes philosophiques ou sociologiques sur le sujet – c’est un
fait il devient de plus en plus difficile de manger de la viande en toute
innocence, chaque jour il est plus urgent d’avoir une position pour ou contre
l’absorption d’alimentée carnée…

MARC VOINCHET
7 h 41 ! Bonjour ! Monsieur le carnivore philosophe, alors, peut-être ?

GÉRARD LARCHER
Non ! En tous les cas le vétérinaire…

MARC VOINCHET
Ah oui !

GÉRARD LARCHER
Car je n’oublie pas ma condition initiale de la tradition agricole.

MARC VOINCHET
Dites, rassurez-moi, au fond vous n’avez rien appris réellement vous de
la chronique de Julie CLARINI, effet générationnel, la question de la campagne,
du cheval, des animaux ne vous effraie pas dans aucune manière ?

GÉRARD LARCHER
Non ! Mais la notion de la régulation est quelque chose d’important car
nous voyons bien que se pose des questions de l’équilibre et de l’équilibre
j’allais presque au sens scientifique, parce que, le jour où une partie de la
chaîne de prédation disparaît, nous voyons bien qu’il y a quelque part un
désordre et je pense que l’homme aussi s’installe dans ce système de
prédation, sauf qu’il a une dimension différente, voilà pourquoi la dimension
homme par rapport à l’animal est une dimension différente et voilà pourquoi je
crois qu’il faut faire très attention à certaines formes d’anthropomorphisme.

MARC VOINCHET
Alors puisque nous sommes dans la métaphore je dirais culinaire entre
autres, sachez Monsieur le président du Sénat que nous avons du pain sur la
planche avec vous ce matin dont l’actualité politique intérieure et…

GÉRARD LARCHER
Parce qu’il faut aussi des céréales pour nourrir une partie des animaux !

MARC VOINCHET
Exactement ! L’actu…

GÉRARD LARCHER
Et je pense notamment aux herbivores.

MARC VOINCHET
L’actualité est riche, je rappelle que vous êtes l’un des plus hauts
personnages de l’Etat après le président de la République, président du Sénat,
ce Sénat donc réputé souvent paisible et plutôt très surprenant ces derniers
temps – et ça faisait longtemps que nous voulions vous recevoir aux « MATINS
– voici que, avec l’immigration, la bioéthique, la réforme de la fiscalité et du
patrimoine, eh bien le Sénat dans tous ses débats là et dans la manière dont il
les tranche marque singulièrement sa différence, est-ce un effet d’optique ou
une réelle prise de distance vis-à-vis de la majorité présidentielle aujourd’hui ?
C’est bien de cela que nous voulons parler avec vous, Gérard LARCHER,
président de ce Sénat régulièrement controversé mais qui peut-être, sous votre
présidence, prend une allure toute particulière, je vous cite les titres de la
presse d’aujourd’hui, très vite, à propos notamment justement de la réforme
fiscale : « Nouveau revers de fortune pour Nicolas SARKOZY, la suppression
de l’ISF n’est plus à l’ordre du jour même si elle est allégée, tandis que lui, le
bouclier fiscal, auquel tenait tant Nicolas SARKOZY, est maintenu ». Quel rôle a
donc joué le Sénat dans ce que l’on dit une forme de prudence à un an des
élections présidentielles ? Les députés et les sénateurs ayant comme souvenir
que le précédent chiraquien, la suppression de l’ISF, lui avait coûté cher
électoralement parlant ?

GÉRARD LARCHER
D’abord le Sénat ne travaille pas dans le temps court, le Sénat c’est la
deuxième chambre du Parlement avec un mode électoral différent et qui ne
procède pas du quinquennat. En fait, depuis la réforme du quinquennat,
l’élection présidentielle, l’élection législative, la formation du gouvernement et
donc de la majorité procèdent de l’élection fondatrice qui est l’élection
présidentielle, le Sénat, lui, est renouvelé par moitié tous les 3 ans dorénavant,
lui est dans un autre temps, élu par le suffrage universel indirect, il n’est pas
dans la pulsion du quotidien, donc il n’aura aucun intérêt à zapper. Regardons
la question de la réforme fiscale ! Depuis plusieurs années, la Commission des
finances du Sénat travaille sur le sujet, en tous les cas depuis 2 ans et demi,
autour de quelle idée : Bouclier fiscal ? Est-ce que l’objectif qui était
compréhensible a été atteint ? Parce qu’en même temps nos compatriotes sont
très sensibles à la question de l’équité, est-ce que le bouclier n’induit pas
certaine formes d’iniquité…

MARC VOINCHET
Mais dès le départ vous avez dit cela, vous, comme une espèce de
désaveu de la prise de position de Nicolas SARKOZY ?


GÉRARD LARCHER

En tous les cas, je l’ai dit sur les antennes de RADIO FRANCE en mars
2009…

MARC VOINCHET
Oui !

GÉRARD LARCHER
Et donc personnellement, cette question, elle nous taraudait, et donc le
travail fait par la Commission des finances, par Jean ARTHUIS, par le
rapporteur général Philippe MARINI, mais aussi par des collègues dans tous les
groupes, il conduit aujourd’hui à dire : bouclier, on le supprime ; ISF, il faut
qu’on évolue, parce que ce n’est pas un impôt j’allais dire qui induit certaines
formes de compétitivité économiques qui ont… créateur d’emplois et, en même
temps, équité, voilà pourquoi les propositions de renforcement de la fiscalité sur
un certain nombre de grosses donations, sur un certain nombre de brosses
successions vont dans le sens de ce que nous souhaitons et, en même temps,
l’élévation du seuil sur l’ISF exclut beaucoup j’allais dire de la résidence, de la
résidence principale, qui était source aussi d’un certain nombre d’injustices.

MARC VOINCHET
Mais est-ce qu’il faut y voir tout de même une forme d’opposition, malgré
tout, à la politique impulsée par Nicolas SARKOZY et même par rapport au fond
aux parlementaires, à vos collègues si j’ose dire de l’Assemblée nationale ? Le
gouvernement avait constitué un groupe de travail d’une vingtaine de
parlementaires pour réfléchir à cette réforme de la fiscalité, vous les sénateurs
vous avez décidé de faire indépendamment justement votre réflexion, vous
n’aviez pas confiance dans la manière de mener les débats ?

GÉRARD LARCHER
Pas du tout ! ! Les parlementaires et les sénateurs ont participé à ce
groupe de travail, mais en même temps au Sénat il y a la réflexion qui est
conduite et qui n’est pas une réflexion qui a commencée il y a 2 mois, il y a 3
mois, qui s’inscrit dans le temps. Mais regardez d’autres textes ! Notre position
par exemple sur la réforme du système des retraites, nous avons pris une très
large part au débat sur les retraites, beaucoup de temps et, en même temps, on
a dit : c’est important que, à partir de 2013, on pense à la réforme du système
de retraite. En même temps, regardez sur la question pénitentiaire, on a eu un
véritable débat, un véritable débat parce que est-ce que la prison, qui
naturellement est là pour quelque part sanctionner une faute par rapport aux
règles de la société, n’est pas un lieu aussi où on se reconstruit ? Et nous avons
eu ce débat au moment de la réforme pénitentiaire, ça été aussi la question sur
l’hôpital, ça été ce formidable débat de la semaine dernière, qui m’a rendu si fier
de l’institution que je préside, le débat sur la bioéthique…

MARC VOINCHET
Alors, attendez, attendez, parce qu’il faut s’arrêter un instant sur la
question justement du débat sur la bioéthique. On a quand même eu là le
sentiment très clairement que vous alliez totalement en opposition au
gouvernement en adoptant, contre toute attente de la part de beaucoup
d’observateurs, une position et… enfin une position plutôt très libérale, vous
avez voté notamment l’amendement visant à élargir l’assistance médicale à la
procréation à tous les couples, y compris homosexuels, et puis aussi vous avez
autorisé la recherche encadrée sur les embryons sur les cellules souches
embryonnaires, 2 fois, 2 mesures, 2 votes qui vont contre l’avis du
gouvernement, Gérard LARCHER ?


GÉRARD LARCHER

Je crois qu’on a essayé d’apporter plus d’humanité, plus d’audace et
plus de cohérence et, ça, ça été l’apport du débat – un débat qui n’était pas clivé
politiquement – et, sur un certain nombre de sujets, on a réaffirmé des choses
fondamentales : il n’y a pas de marchandisation du corps humain, il y a le refus
de l’exploitation biologique du corps, il y a la préservation de la dignité des
personnes. Voilà le socle ! Et puis il y a eu un débat autour est-ce qu’on travaille
par dérogation ou est-ce qu’on travaille par autorisation encadrée, notamment
sur l’embryon et notamment sur la question des cellules souches ? Vous savez
la réponse…

MARC VOINCHET
Comme le font…

GÉRARD LARCHER
La réponse…

MARC VOINCHET
Comme le font les autres pays européens ?

GÉRARD LARCHER
Oui ! La réponse n’est pas évidente, c’est aussi une réponse personnelle
et les points de vue étaient respectables, j’allais dire et même à écouter. Je
vous avoue que, personnellement, je n’ai pas voté, je n’ai voté qu’un seul texte
depuis mon élection à la présidence du Sénat, c’est la réforme des collectivités
territoriales, parce que constitutionnellement c’est notre responsabilité, mais par
exemple la levée de l’anonymat je ne l’aurais pas votée, l’expérimentation
autorisée mais encadrée sur les cellules souches je pense vraiment que je
l’aurais votée et, pourtant, je suis sorti d’une audition avec le droit au doute
personnel, le droit à l’interrogation personnel. Je crois qu’on est vraiment dans
une chambre qui n’est pas là pour dire oui ou non au gouvernement mais qui
est là pour dire, sur des questions fondamentales…

MARC VOINCHET
En général…

GÉRARD LARCHER
De notre société…

MARC VOINCHET
En général le Sénat passait justement pour une sorte de chambre
d’enregistrement…

GÉRARD LARCHER
Eh bien je crois…

MARC VOINCHET
Et de résistance, même conservatrice…

GÉRARD LARCHER
Eh bien je crois, au contraire…

MARC VOINCHET
Devançant sa majorité gouvernementale.

GÉRARD LARCHER
Je crois que c’était une analyse un peu caricaturale du Sénat, un peu…

MARC VOINCHET
Mais ne me dites pas que ce n’était pas le cas ?

GÉRARD LARCHER
Et je le dis, parce que je l’aime beaucoup comme dessinateur, un peu
comme le dessin de PLANTU qui nous montrait… vous savez on était dans une
chaise et puis on avait un perfuseur, eh bien on démontre qu’on est en train
plutôt de perfuser l’avenir, c’est-à-dire de réfléchir en prospective et je dois dire
que sur ce sujet là, comme d’autres, il y a eu un travail formidable – et je
voudrais rendre hommage à quelqu’un qui n’a pas voté le texte – qui a été
Madame HERMANGE…

MARC VOINCHET
Oui !

GÉRARD LARCHER
Qui, pendant 2 ans, à préparer…

MARC VOINCHET
Qui, dans « FAMILLES CHRETIENNES », s’exprime…

GÉRARD LARCHER
Oui !

MARC VOINCHET
Pour dire qu’elle est extrêmement surprise, j’ai son article sous les
yeux…

GÉRARD LARCHER
Mais…

MARC VOINCHET
Extrêmement surprise, en tant que sénatrice, que le Sénat justement…

GÉRARD LARCHER
Elle a fait un travail formidable…

MARC VOINCHET
S’aligne sur des positions de Gauche, libérales, qu’elle ne comprend
pas.

GÉRARD LARCHER
Mais ce n’est pas des positions de Gauche, c’est des questions
d’interrogation de société, elle a fait un travail formidable, comme le rapporteur Alain MILON ou la présidente de la Commission qui a permis cette expression.
Est-ce que ce n’est pas bien qu’il y ait une chambre où, quelque part,
l’expression n’obéisse pas j’allais dire uniquement à des formes de clivage
politiques ?

MARC VOINCHET
Mais on vous…

GÉRARD LARCHER
Moi je trouve que c’est une formidable… moi qui suit d’origine
scientifique, c’est une boîte de PETRI dans laquelle se développe un certain
nombre d’idées et puis, ensuite, ça se construit. Je crois que les Français, dans
ces moments d’anxiété, ils ont besoin aussi d’une chambre où l’on parle
librement.

MARC VOINCHET
Mais est-ce que vous avez le sentiment, peut-être au fond, d’avoir vous
été précurseurs, les premiers, à l’heure où l’on voit la défiance très grande à
l’endroit du président de la République, 20% seulement lui font confiance sur sa
politique, est-ce que vous vous avez eu l’impression d’être un peu précurseurs
de ce rapport de force là avec l’Elysée et avec la politique qui est menée, esprit
de contradiction ? Tout de même il y a…

GÉRARD LARCHER
Vous savez…

MARC VOINCHET
Vous ne pouvez pas me dire qu’il n’y a pas une sorte de rapport de
forces ?

GÉRARD LARCHER
Moi je suis loyal au président de la République ! Mais, en même temps,
je pense que mon rôle est de permettre au Sénat de s’exprimer, d’exprimer à sa
manière, comme un balancier stabilisateur, face un peu à la pulsion du
quotidien qui est nécessaire en expression à l’Assemblée nationale, et je pense
que le Sénat il est là pour poser un certain nombre de questions. Regardez ! Cen’est un secret pour personne, au moment du discours de Grenoble, j’ai
exprimé moi un certain nombre de réserves…

MARC VOINCHET
Oui ! Oui, oui.

GÉRARD LARCHER
Sur la question…


MARC VOINCHET

Oui ! Oui, bien sûr, oui.

GÉRARD LARCHER
Notamment des politiques migratoires, de l’accueil de l’étranger, ce qui
ne veut pas dire qu’il faut faire tout et n’importe quoi…

MARC VOINCHET
De même sur la laïcité et de même qu’en ce moment vous êtes
consciencieusement en train de raboter les lois que propose Claude GUÉANT
relatives à l’immigration…

GÉRARD LARCHER
Parce qu’au Sénat…

MARC VOINCHET
Mais de les raboter très, très singulièrement ?

GÉRARD LARCHER
Parce qu’au Sénat nous pensons à la fois qu’il faut des textes clairs pour
réguler l’immigration, parce qu’on ne peut pas faire n’importe quoi, on ne peut
pas accueillir dans n’importe quelles conditions, qu’à la fois que je suis très
heureux quand je vois que Claude GUÉANT s’en va travailler sur la question de
l’intégration et notamment autour de la question de l’apprentissage de la langue
française et de l’alphabétisation, parce qu’il est pleinement dans son rôle, en
même temps il faut clarifier un certain nombre de textes pour permettre au
quotidien aux préfets de travailler et de ne pas continuer à empiler des débats
entre juge administratif et juge judiciaire…

MARC VOINCHET
Oui !

GÉRARD LARCHER
Mais en même temps, le respect des libertés c’est le socle fondamental.

MARC VOINCHET
Enfin par exemple vous allez contre ses propositions clairement,
d’ailleurs Le Figaro le note aujourd’hui mercredi 13 avril, page 10 :
« Immigration : Claude GUÉANT à l’épreuve du Sénat», et notamment sur la
question de l’acquisition de la nationalité française d’enfants nés en France de
parents étrangers, vous dites : « C’est le droit du sol, point barre », alors qu’il
est…

GÉRARD LARCHER
C’est la position…

MARC VOINCHET
Sacrément remis en cause par le ministre de l’Intérieur aujourd’hui.

GÉRARD LARCHER
Oui ! C’est la position de la Commission des lois, je crois que c’est une
position qui sera largement partagée au Sénat.

MARC VOINCHET
Oui ! Alors que… Ecoutez, Gérard LARCHER, je vois bien que vous
mettez beaucoup de coeur et d’allant dans la défense du Sénat. Bon ! Vous
avez peut-être un peu mieux à faire, vous avez peut-être noté que le site
Médiapart a publié tout de même un texte sur ce que coûte votre cabinet et je
lis, Monsieur le président, que votre cabinet coûte 26% plus cher que celui de
votre prédécesseur Christian PONCELET, alors, pour un homme qui a réussi à
mettre les sénateurs en grève en novembre dernier à cause des mesures
d’économies qu’il leur imposait, ça parait…

GÉRARD LARCHER
Pas les sénateurs !

MARC VOINCHET
Oui ! Enfin ça parait un peu paradoxal quand même ? 26% !

GÉRARD LARCHER
Alors, d’abord sur la forme, je trouve assez étonnant la méthode de
s’approprier par des voies obscures des bulletins de salaire individuels ; sur le
fond, quand le cabinet a été composé – et d’ailleurs répondant à des
observations qui avaient été données par un certain nombre de vos confrères –
j’ai souhaité un cabinet qui soit fort…

MARC VOINCHET
Oui ! Moins de petits fours, plus de neurones, c’est gentil pour
PONCELET.

GÉRARD LARCHER
Oui ! Je ne sais pas si c’était ça ! Mais… Bon ! Cabinet qui soit fort et
dont la rémunération soit au niveau de la rémunération antérieure de leur
recrutement. Mais je vais vous dire, moi qui suit un président du Sénat qui a
renoncé à 30% de son indemnité – c’est mal de parler de soi, mais il faut bien
face à ce genre de choses – qui, collectivement, avec l’ensemble du bureau du
Sénat, nous avons en 3 ans économisé, sur un budget annuel de 330 millions je
le rappelle, en 3 ans 52 millions d’euros, qui ait renoncé personnellement à
l’appartement de fonction, eh bien j’ai décidé de soumettre au Comité de
déontologie présidé par Robert BADINTER les conditions de recrutement, de
rémunération et l’effectif de mon cabinet, en effet je pense que…

MARC VOINCHET
Vous avez pris cette décision…

GÉRARD LARCHER
Il faut je parle les yeux dans les yeux à chaque Français…

MARC VOINCHET
Cette décision est prise depuis quand ?

GÉRARD LARCHER
Eh bien je l’ai prise hier, parce qu’il y a une saisine à suivre…

MARC VOINCHET
Donc, vous saisissez la Commission de déonotolgoie présidée par le
sénateur BADINTER…

GÉRARD LARCHER
Par BADINTER – et qui est composée de 5 membres – sur les conditions
de recrutement, de traitement et l’effectif de mon cabinet et naturellement, l’avis
qu’il me rendra, je le suivrai, il sera rendu d’ailleurs publiquement devant le
bureau.

MARC VOINCHET
Donc transparence totale, pas d’anomalie dans ce que révèle
notamment Médiapart ?

GÉRARD LARCHER
Mais c’est ce que je leur ai dit, puisque j’ai accepté de les rencontrer, en
plus nous auditons – et c’est à ma demande – depuis 2009 les comptes de la
présidence du Sénat, ce qui n’était pas fait antérieurement. Voilà pourquoi je…
sur la forme je suis assez choqué, sur le fond je suis serein, mais je veux
pouvoir rendre des comptes à la fois aux sénateurs, c’est le cas de l’audit
depuis 2 ans, mais aussi aux Français et leur dire clairement les choses.


MARC VOINCHET

Eh bien c’est une information exclusive…

GÉRARD LARCHER
Ah oui ! Parce que je n’avais pensé à la communiquer, mais vous me
questionnez, je vous réponds et je vous dis ce que je fais, c’est aussi une
manière de se comporter.

MARC VOINCHET
Donc la Commission de déontologie du Sénat saisit par ce président,
présidée par Robert BADINTER, pour comprendre le mécanisme justement…

GÉRARD LARCHER
Absolument !

MARC VOINCHET
De ses recrutements.

GÉRARD LARCHER
Surtout que je rappelle qu’il faut relativiser ces chiffres, 26%, mais il y
avait 14% d’effectif en plus.

MARC VOINCHET
Gérard LARCHER invité des « MATINS DE FRANCE CULTURE »,
regardez c’est l’un de nos sénateurs à nous sur FRANCE CULTURE, Philippe
MEYER, autrement dit appelé « LE TOUTOLOGUE » ou notre chroniqueur des
« MATINS »…


PHILIPPE MEYER

Cher collègue ! Monsieur le président.

MARC VOINCHET
Cher Philippe ! Bonjour à vous, c’est l’heure de votre chronique.


PHILIPPE MEYER

Je préfère relever de Monsieur LARCHER en tant que sénateur en tant
que cheval ou même en tant que cheval de retour.

FRANCE CULTURE
L’INVITE – Le 13/04/2011 – 08:17:37 – Deuxième et dernière partie
Invité : Gérard LARCHER, président du Sénat

MARC VOINCHET
Je ne vous présente pas bien sûr Alain-Gérard SLAMA, Monsieur le
président du Sénat, Gérard LARCHER, qui va tenir chronique devant vous.
Dans le doute abstiens-toi, nous dites-vous, Alain-Gérard ?

ALAIN-GÉRARD SLAMA, CHRONIQUEUR
Oui ! Ce n’est pas nécessairement un bon conseil et je suis persuadé
que le président qui nous honore de sa présence dans ce studio n’empruntera
pas ce boulevard pour me le reprocher. Quand j’étais étudiant, on se moquait
du fameux « Plan Science Po en deux parties », en donnant pour exemple ce
pathétique schéma d’exposé : le Sénat, une institution qui hésite à se définir –
première partie – et qui ne parvient pas à se réformer – deuxième partie. Alors,
grâce à des hommes comme vous, Monsieur le président, le Sénat est parvenu
au moins, au moins largement, à se réformer, mais il ne semble pas toujours
être très assuré de sa définition. Est-il toujours encore une chambre de
réflexion ? Est-il encore le cénacle des sages ? On peut en douter si l’on prend
pour exemple le débat sur la révision des lois de bioéthique où il me semble
qu’il a flotté sur des sujets de société aussi fondamentaux que la recherche sur
l’embryon et la procréation médicalement assistée. Dans l’ensemble, les
sénateurs sont allés plus loin que l’Assemblée nationale, dans le sens de la
reconnaissance de pratiques qui – j’y insiste – ne sont pas seulement
condamnées par les religions qui mettent en jeu des valeurs fondamentales. Et
sur ce point, je voudrais essayer de m’exprimer sans équivoque, la question de
savoir quand, comment, où finit la vie, donne lieu entre les biologistes à des
querelles qui rappellent les débats médiévaux sur le sexe des anges, dans
l’ignorance où nous sommes le législateur ne peut intervenir que dans l’ordre du
symbolique et, s’agissant de l’embryon, le symbolique met en jeu, ni plus, ni
moins, que le respect de la dignité de la personne humaine. KANT, qui ne
croyait pas à la dignité intrinsèque de l’animal – et je sais que je parle à un
biologiste qui a exercé la profession de vétérinaire – KANT, qui ne croyait donc
pas à la dignité intrinsèque de l’animal, disait que le respect que l’homme
éprouve pour lui-même se mesure au respect qu’il manifeste envers les
animaux et, quel que soit l’embryon, peut-être un simple tas de cellules, ce
raisonnement s’impose a fortiori s’agissant de lui. Les réserves d’embryon
abandonnées par les candidats à une implantation pour les raisons les plus
diverses sont quelque chose de monstrueux, les détruire au-delà d’un certain ravalent la personne à n’être plus qu’un magasin d’organes et à ne plus se
distinguer de la matière que par son niveau d’organisation, la sagesse est donc
de faire de l’interdiction de la recherche sur l’embryon la règle et de son
autorisation l‘exception, comme l’ont fait les députés, cela n’aurait en rien
entravé semble-t-il les recherches engagées par le professeur PESCHANSKI
(l’un des champions de l’autorisation a priori) et j’ai lu, en surplus, que ces
recherches pourraient être poursuivies sur d’autres cellules souches que celles
de l’embryon. En ce qui concerne maintenant la question de savoir jusqu’où
étendre la procréation médicalement assistée ? Je pourrais développer à ce
sujet le même argumentaire, de la part des scientifiques nous entendons
invoquer les idées les plus contradictoires, pour les uns le besoin d’enfant serait
vital et le fait de ne pouvoir en avoir serait une maladie, les autres expriment
l’idée contraire, selon les uns l’homoparentalité ne provoquerait pas de trouble
chez l’enfant, selon les autres ce serait le contraire, j’ai entendu également 2
discours et les mêmes discours au cours des nombreux colloques organisés
entre autres par le Comité consultatif national d’éthique qui, me semble-t-il, n’a
pas été beaucoup appelé à participer d’ailleurs à l’élaboration de cette… enfin
pas suffisamment à mon gré. La réponse ne pouvant passer par la science, elle
doit passer par une certaine idée que les individus se font de la personne
humaine, autrement dit d’elle-même, et il me semble que ce n’est pas de se
faire de soi une très haute idée que de placer au-dessus des graves
incertitudes liées à ces situations hors normes la satisfaction de son désir
d’enfant, c’est dans ce sens, me semble-t-il, que le Sénat aurait eu intérêt à
s’abstenir.

MARC VOINCHET
Ah oui ! Donc c’est quand même une vraie critique de ce que vient de
faire et de décider, et de voter le Sénat ?

ALAIN-GÉRARD SLAMA
C’est pour moi un débat de…

MARC VOINCHET
Alors !

ALAIN-GÉRARD SLAMA
Je ne veux pas employer le mot de débat de civilisation, parce qu’on
en…

MARC VOINCHET
Mais le libéral que vous êtes est du coup moins libéral que le Sénat ne le
montre ?

ALAIN-GÉRARD SLAMA
Sur ces questions là la symbolique est extrêmement lourde.

MARC VOINCHET
Bon ! Gérard LARCHER, Monsieur le président ?

GÉRARD LARCHER
D’abord je dois dire que j’ai beaucoup aimé ce que vous venez de dire,
même si je ne partage pas tout, au fond le doute, est-ce qu’il n’y a pas aussi à
se poser la question du double écueil de la phobie du progrès scientifique et de
la promotion d’une science en conscience, pour revenir à quelques
délai est inévitable. Les utiliser pour la recherche se légitime donc, mais
seulement dans certaines finalités distinctes des fantasmes de l’eugénisme qui fondamentaux ? Et c’est bien la question que nous nous sommes posés dans le
temps ! Et je le dis, parce que nous avons préparé, sous l’égide de la
Commission des affaires sociales, depuis des mois, par des auditions
successives, ce débat et que la réponse c’est bien sûr elle ne peut pas être la
réponse du doute au moment où le législateur a à poser des actes qui fixent les
règles. Je crois que, fondamentalement, nous avons reposé la question : que le
corps humain, vivant ou mort, n’était pas un objet de marchandise, ça c’est le
premier point ; Que la notion de la dignité elle n’était pas j’allais dire à prendre
par tranche ; En même temps, nous nous sommes posés un certain nombre de
questions et le débat n’a pas été un débat de clivages politiques, c’est clair, n’a
même pas été un débat de clivages de convictions religieuses, même si
naturellement telle ou telle sensibilité à pu s’exprimer entre religion et libre
pensée ; Elle a été un débat où nous avons recherché cet équilibre entre la
phobie du progrès… et vous savez souvent j’ai repensé à Louis PASTEUR (qui
n’était pas médecin) et à BOULEY (qui était professeur à l’Ecole Vétérinaire
d’Alfort) au moment de leurs travaux et de leurs recherches au XIXème sur le
charbon, puis sur la rage, si elles avaient… j’allais dire été derrière le refuge du
doute, voire de la réglementation, jamais nous n’aurions eu ces progrès, il faut
donc qu’à un certain moment il y ait des hommes non pas qui transgressent
mais qui se posent, hommes et femmes, un certain nombre de questions.
Voilà pourquoi je dois vous dire que je suis sorti du temps préparatoire,
parce que je n’ai pas participé au débat, avec parfois plus de doutes que des
certitudes. Mais est-ce que le rôle du législateur c’est de dire : eh bien, puisque
je doute, je vais m’abstenir, mais d’essayer de répondre ? Et le choix qui a été
fait…. Par exemple vous n’avez pas évoqué la non-levée de l’anonymat, qui est
un sujet très, très important par rapport à l’enfant, parce que…

ALAIN-GÉRARD SMALA
Parce que je suis d’accord avec vous !

GÉRARD LARCHER
Parce que je crois fondamentalement aussi à l’enfant et au rôle de la
famille, c’est pour ça qu’une partie du débat sur la question parentale elle mérite
toujours d’être posée. Mais en même temps, le temps changement du statut
légal, non plus d’interdiction et dérogation, mais d’autorisation encadrée, je crois
que c’est une démarche qui permet de lever le doute et, dans certains cas,
l’hypocrisie. En tous les cas, ça été un beau débat au Sénat, ça été un débat de
très grande dignité… Et tout à l’heure je rendais hommage à la fois au
rapporteur Alain MILON et à Marie-Thérèse HERMANGE, mais à d’autres aussi
qui ont participé à ce débat, je pense pour les Socialistes à Jean-Pierre
GODEFROY par exemple, ils l’ont fait chacun au-delà de leur propre sensibilité,
tout simplement avec leur sensibilité d’homme, mais aussi la responsabilité du
législateur qui, lui, ne peut pas répondre uniquement par le doute.

MARC VOINCHET
Gérard LARCHER, président du Sénat, sur FRANCE CULTURE.
Gérard LARCHER, il nous faut tout de même aborder aussi les
questions… alors de politique politicienne – et il y en a plusieurs évidemment à
votre menu – peut-être voulez-vous évoquer tout de suite l’idée que, en
septembre, le Sénat risque de passer à Gauche Monsieur le président et, selon
notamment la grande assurance de Jean-Pierre BEL (président du groupeSocialiste) qui dit : « au fond, avec le renouvellement des collèges et des
grands électeurs, eh bien voilà, ça y est, on va y arriver, en septembre, aux
prochaines élections, le Sénat passera à Gauche ?

JULIE CLARINI
Décidément le Sénat, je crois qu’on…

MARC VOINCHET
On va peut-être ouvrir le micro de Julie !

JULIE CLARINI
Non ! C’était juste une petite incise, juste pour dire que décidément le
Sénat changeait beaucoup les élus du seigle et de la châtaigne qui passerait à
Gauche en majorité, ce serait très étonnant, non seulement il vote des lois qui
heurtent même le libéral Alain-Gérard SLAMA, mais, en plus, il pourrait passer
à Gauche.

GÉRARD LARCHER
Eh bien le Sénat d’avant 58 était à Gauche !

ALAIN-GÉRARD SLAMA
C’est un Sénat de Gauche qui a fait tomber le Front Populaire !

GÉRARD LARCHER
Bien sûr ! Et le Sénat…

JULIE CLARINI
C’est vrai ! Ca fait un demi-siècle.

GÉRARD LARCHER
Le Sénat n’a jamais eu…

MARC VOINCHET
Ca fait un demi-siècle.

GÉRARD LARCHER
De majorité au travers d’un groupe politique que de 2002 à 2004, c’està-
dire que le Sénat il a construit la République, fondamentalement il a construit
la République, il y a été le lieu de l’équilibre des textes sur la laïcité en 1905 et
donc le Sénat, cette image là, n’est pas l’image d’aujourd’hui, c’est une
assemblée qui, elle, fondamentalement et constitutionnellement, notamment
depuis la réforme du quinquennat, n’est pas liée à l’élection présidentielle, elle
en a donc… j’allais dire une forme d’autonomie…

MARC VOINCHET
Oui ! Mais pour…

GÉRARD LARCHER
… responsabilité.

MARC VOINCHET
Oui ! Gérard LARCHER, pardon de vous couper, mais tout de même
est-ce qu’elle pourrait, parce que le Sénat… est-ce que le…

GÉRARD LARCHER
Alors je réponds…

MARC VOINCHET
Est-ce que les sénateurs UMP du Sénat pourraient pâtir…

GÉRARD LARCHER
Je réponds…

MARC VOINCHET
De l’éclatement politique à Droite qui, je pense, ne vous a pas
totalement échappé, où les Centres se recomposent de toutes parts et surtout
beaucoup de sénateurs UMP mais aussi de députés UMP quittent l’UMP avec
quand même quelques fracas en ce moment, alors est-ce que cela peut avoir
une incidence tout de même sur la question du Sénat ?

GÉRARD LARCHER
Première chose, qu’on se pose la question de l’alternance démocratique
dans une assemblée et dans une démocratie, j’allais dire c’est sain.

JULIE CLARINI
Oui ! Eh bien jusqu’à présent c’était plutôt une anomalie ce Sénat ?

GÉRARD LARCHER
Non ! Ce n’est pas une anomalie, ça c’est le mot facile de Lionel
JOSPIN, parce qu’il faut juger sur le temps long…

JULIE CLARINI
J’ai de bonnes…

GÉRARD LARCHER
Demandez au Général DE GAULLE ce qu’il pensait du Sénat et de
Gaston MONERVILLE en 1962 par exemple, eh bien aujourd’hui le Sénat, qui
est le reflet des élections municipales de 2008, donc dans ce renouvellement,
eh bien ce Sénat là je pense très sincèrement qu’il gardera une majorité
sénatoriale au contour qui n’est pas tout à fait la majorité présidentielle…

MARC VOINCHET
Mais parce que l’UMP…

GÉRARD LARCHER
Soyons clair. Voilà pourquoi les recompositions…

MARC VOINCHET
Mais parce que l’UMP est en train d’exploser, Monsieur LARCHER ?

GÉRARD LARCHER
Les recompositions du Centre, il y a longtemps que nous les vivons au
Sénat, la liberté de ton à l’intérieur de l’UMP il y a longtemps que nous la vivons
au Sénat et que pour nous cette pratique elle fait partie j’allais dire de notre
culture quotidienne et peut-être de ce que les Français, qui pourtant participent
à notre élection que par l’intermédiaire de leurs conseils municipaux, sont en
train de confusément ressentir, c’est en tous les cas ce que je ressens par le
courrier que je reçois des Français…

MARC VOINCHET
Oui ! Mais vous avez…

GÉRARD LARCHER
De plus en plus nombreux.

MARC VOINCHET
Vous avez commenté le départ de Jean-Louis BORLOO notamment en
terme de réponse à une angoisse des Français, qu’elle y passait… aviez-vous
dit, les débats sur la laïcité, les politiques sécuritaires, de quelle angoisse s’agit-il, Gérard LARCHER, est-ce que vous rejoignez – il ne l’est plus maintenant –
mais le médiateur de la République qui, lui, depuis 2 ans, avait noté, Jean-Paul
DELEVOYE, d’un côté le phénomène de déprime des Français, jusqu’à cette
année non plus la déprime mais le burn-out, la menace au fond de l’éclatement,
tant la défiance aussi par rapport aux politiques menées se fait grande, y
compris même au sein de l’UMP. L’UMP de Jean-François COPÉ a pris la
mauvaise direction ?

GÉRARD LARCHER
Je voudrais peut être revenir sur l’échange que j’ai eu avec Jean-Paul
DELEVOYE dans sa fonction de médiateur…

MARC VOINCHET
Que nous recevions ici il y a moins d’un mois !

GÉRARD LARCHER
Il dit : « en 2007, il y a eu une formidable espérance, la politique peut
changer les choses, que des gens aient choisi Ségolène RTOYAL ou Nicolas
SARKOZY » et puis la crise est venue en 2008 – 2009, détruisant j’allais dire
beaucoup des certitudes que nous avions, et il en est née une formidable
anxiété, parce qu’aujourd’hui la vraie anxiété, c’est : est-ce que mon fils, ma
fille, mon petit-fils, ma petite-fille auront un emploi ? J’ai 50 ans, est-ce que dans
5 ans je ne vais pas me retrouver sans emploi, viré de mon entreprise ?
Comment, au bout du compte, on va accueillir mes parents alors je ne pourrais
pas financer leur perte d’autonomie ? Tous ces sujets là ce sont des sujets qui
nous conduisent à la question de l’équité et, quelque part, à une destruction du
pacte social ; Et j’ajoutais, dans mon échange avec Jean-Paul DELEVOYE :
2007, formidable espérance dans la politique, quel qu’ait été le choix des
votants, et, aujourd’hui, est-ce que c’est : sauf qui peut ou sauvons-nous
ensemble ? Et nous le voyons dans le refuge de l’abstention, dans les votes
extrêmes, c’est… Allez ! Sauve qui peut.

MARC VOINCHET
Vous êtes inquiet du score du Front National aux cantonales ?


GÉRARD LARCHER

Non ! Je suis surtout inquiet de voir que dans une élection de proximité,
où l’on parle de crèche, où on parle de voirie, où on parle du collège, c’est-à dire
tout ce qui a construit mes propres enfants qui aujourd’hui ont entre 24 et 3
ans, qui va construire mes petits-enfants, qui est dans les zones urbaines,
parfois 75% de gens qui ne vont pas voter, ça pour moi c’est ma plus grande
inquiétude. Le reste, ensuite c’est à nous les politiques, à nous les politiques de
l’alternance démocratique, de répondre à ces questions d’anxiété.

MARC VOINCHET
Gérard ! Je vois bien votre diplomatie de sénateur…

GÉRARD LARCHER
Mais ce n’est pas une diplomatie…

MARC VOINCHET
Monsieur le président, quelle est…

GÉRARD LARCHER
C’est que je n’ai pas de certitude, comme ça, coupée au couteau…

MARC VOINCHET
Quelles sont les responsabilités du parti que vous représentez, même si
vous êtes vous un Gaulliste social comme l’on dit, quelles sont les
responsabilités tout de même, notamment de l’UMP, dans toutes ces questions
là ? Gérard COURTOIS, dans Le Monde daté du 12 avril, hier, parlait justement
de la guerre des Droites, distinguant une aile de plus en plus prononcée, une
différence de plus en plus prononcée, une aile sociale d’un côté, BORLOO qui
se présente ainsi, tandis qu’une Droite plus dure qui lorgne, comme on le sait,
sur le Front National par notamment l’intermédiaire de Claude GUÉANT, ça fait
tout de même un bilan politique qui est complexe à moins d’un an des
présidentielles ?

GÉRARD LARCHER
Vous savez je vais répondre, là aussi, en vétérinaire. Ce qui est
important c’est la latéralité, c’est-à-dire la latéralité c’est qu’il faut 2 jambes et
que ces 2 jambes créent un équilibre dans un mouvement politique, entre l’aile
libérale et plus… j’allais dire souveraine et puis une aile qui est préoccupée par
les questions de société – et on vient avec Alain-Gérard SLAMA de parler de
questions de société, comme quand j’évoque la question de l’emploi, je parle
d’une question de société – eh bien il faut qu’à l’intérieur d’un mouvement, qui
est rassemblement, car nous venons d’horizons divers, moi-même je viens d’un
horizon qui a été construit… Allez ! J’allais dire entre gaullisme social et
christianisme social, eh bien il faut qu’on nous écoute. Voilà pourquoi la
question par exemple du partage du dividende est un vrai sujet, on a brocardé
un peu le rapport qui a été fait par le Sénat, par le président BOURDIN et une
sénatrice Socialiste il y a quelques mois, il faut le relire, à l’intérieur des
entreprises il y a un certain nombre de questions sur le partage de ce que l’on
appelle la valeur : est-ce qu’on peut, d’un côté, annoncer qu’il y a distribution de
dizaines de milliards d’euros avec des salariés qui voient leur salaire
bloqué depuis des années ? Cette question là, elle mérite débat, elle doit nous
renvoyer aux partenaires sociaux. D’ailleurs, il ne faut pas s’étonner pourquoi
les partenaires sociaux ont accepté de se retrouver au Sénat pour parler de leur
agenda social alors qu’ils ne l’ont pas accepté ailleurs, oh pas du tout pour nous
un satisfécit politique, parce que je pense que, quand la question politiquement
des dividendes est posée, c’est aux politiques d’apporter des réponses, mais,
après, c’est aux partenaires sociaux de mettre en oeuvre les modalités
techniques, qui doivent être des modalités techniques simples. Vous ne pouvez
pas avoir une société où, d’un côté, on nous annonce qu’un certain nombre de
grandes entreprises ont 40, 50, 60 milliards de dividende et, de l’autre, d’avoir
des hommes et des femmes qui ont l’angoisse de perdre leur travail et qui
participent et contribuent à l’enrichissement économique, voilà pourquoi je me
situe dans cette démarche qui s’appelle « participation, intéressement », mais
encore faut–il qu’on n’invente pas des conditions techniques qui rendent ces
procédures tellement complexes.

MARC VOINCHET
Enfin, cela dit, Jean-Paul DELEVOYE disait à ce micro que les animaux
de votre espèce, pardon monsieur le vétérinaire, les Gaullistes sociaux, étaient
tout de même en voie de disparition, pour rappeler justement peut-être à
l’Elysée qui parle de laïcité et d’islam qu’il vaut peut-être mieux parler de
dividende ou de social, comme vous dites ?


GÉRARD LARCHER

Eh bien on n’aura pas, à mon avis, besoin de procréation médicalement
assistée parce que nous sommes encore totalement vivants et…

JULIE CLARINI
De clonage !

GÉRARD LARCHER
Et non pas pour fractionner, voilà pourquoi je l’ai dit je me retrouve dans
un certain nombre de choix aussi qui sont faits par nos amis Centristes…

JULIE CLARINI
Alors justement…

GÉRARD LARCHER
Donc je reste clairement à l’intérieur de l’UMP, je me fais entendre je
l’espère un peu…

MARC VOINCHET
Vous ne comptez pas en sortir comme Jean-Louis BOORLO, par
exemple…

GÉRARD LARCHER
Non ! Parce que…

MARC VOINCHET
Du Parti Radical ?

GÉRARD LARCHER
Vous savez, moi par nature, je pense que c’est à l’intérieur de ma
maison, de ma famille, mais je peux avoir dans ma famille une voix qui soit
différente.


JULIE CLARINI

Oui ! Donc j’allais dire exactement ce que vient de remarquer Marc
VOINCHET. Emploi, école, dialogue social, j’ai entendu tout ça dans la bouche
de Jean-Louis BORLOO lors d’une émission télévisée la semaine dernière…

GÉRARD LARCHER
Ce qui démontre qu’on a…

JULIE CLARINI
Mais finalement c’est lui qui représente…

GÉRARD LARCHER
On a beaucoup de choses à faire ensemble.

JULIE CLARINI
C’est lui qui représente le mieux la sensibilité qui est la vôtre ?

GÉRARD LARCHER
Mais je ne sais pas si c’est lui qui représente le mieux ! Vous savez j’ai
beaucoup travaillé avec Jean-Louis BORLOO puisque j’ai été son ministre,
parce que Jean-Louis BORLOO ça été un excellent ministre, et d’ailleurs, dans
le bilan aujourd’hui des années CHIRAC récentes et des années SARKOZY (la
rénovation urbaine, la cohésion sociale, l’apprentissage relancé – et il faut qu’on
aille beaucoup plus loin – la politique de la ville, le Grenelle), moi j’ai participé à
l’aventure cohésion sociale avec Jean-Louis BORLOO et une partie de
l’aventure rénovation urbaine, je peux vous dire que ça été un grand ministre
Jean-Louis BORLOO, et nous avons besoin de cette sensibilité parce que je
crois fondamentalement que le Centre existe dans notre pays depuis
longtemps…

JULIE CLARINI
Mais vous avez discuté…


GÉRARD LARCHER

Il y a même eu un MRP gaulliste à un moment, Alain-Gérard SLAMA, il y
a même eu des MRP qui, au fond, partageaient cet équilibre…

MARC VOINCHET
Ne lancez pas SLAMA sur…


GÉRARD LARCHER

Entre l’Etat…


MARC VOINCHET

Parce que, sinon, on n’a pas fini.

GÉRARD LARCHER
Et la dimension de la société.


JULIE CLARINI

Et est-ce que vos avez discuté avec Jean-Louis BORLOO de sa
décision ?

GÉRARD LARCHER
Bien sûr !

JULIE CLARINI
Parce que vous avez dit que cette fraction serait mortifère pour la
majorité…


GÉRARD LARCHER

Vous savez que…

JULIE CLARINI
Est-ce que vous avez essayé de le dissuader ?


GÉRARD LARCHER

Oui ! Oui, parce que c’est toujours mon aspect un peu médical, je me
méfie que ce que vous avez qualifié de guerre, j’aurais envie de dire qu’il faut
travaille sous une forme, si on ne veut plus être tout à fait dans la même
maison, d’alliance, d’alliance, de complémentarité, de construction, moi je ne
suis pas en guerre avec Jean-Louis, d’autant plus que nous avons des contacts
permanents Jean-Louis et moi…

MARC VOINCHET
Enfin quand même, je vous assure Gérard LARCHER, j’admire votre
talent de diplomate, mais encore, encore…

GÉRARD LARCHER
Mais je ne suis pas diplomate ! C’est ce que je ressens.

MARC VOINCHET
Mais si ! Bien sûr que si. Non ! Mais attendez, mais d’ailleurs ce n’est
pas forcément une critique, c’est un compliment être diplomate, mais enfin,
encore comme dépêche AFP par exemple – et puis c’est un peu dans toute la
presse aujourd’hui – le sénateur de la Manche Jean-François LEGRAND,
sénateur UMP, a quitté ou quitte l’UMP, a indiqué son directeur de cabinet, qui
porte le nom d’un musicien que vous aimez, Michel CHOPIN, parce que, voilà, il
n’est plus en phase, rupture dit Monsieur CHOPIN du sénateur UMP LEGRAND
qui part ; Monsieur LEGRAND, sur FRANCE 3 BASSE NORMANDIE a dit : « Je
m’en vais de l’UMP à cause de la dérive droitière de l’UMP ».

GÉRARD LARCHER
Vous savez que je Jean-François LEGRAND m’a téléphoné !

MARC VOINCHET
J’imagine !

GÉRARD LARCHER
Jean-François LEGRAND…

MARC VOINCHET
Vous lui avez dit quoi ? Reste, c’est bien l’UMP quand même ?

GÉRARD LARCHER
Jean-François ! Je te connais, je sais que tu fais partie de cette aventure
des Gaullistes sociaux qui démontre qu’on n’est pas morts, qu’on se fait
entendre, en plus il est dans le pays de TOCQUEVILLE et donc, quand on est
un élu de la Manche, eh bien, on regarde de la démocratie, pas simplement en
Amérique mais de la démocratie tout court, et on s’exprime, et je crois que…
Vous savez il n’est jamais inutile à un certain moment de se poser la question :
pourquoi il y a du vent dans les feuilles ? Quand on est un observateur du
monde rural, on sait que c’est l’occasion de réviser…


MARC VOINCHET

Ah ! C’est la campagne le Sénat.


GÉRARD LARCHER

De réviser – eh oui – et parfois on se pose la question : est-ce que la
terre va être amoureuse ? C’est un vieux classique dans le Pays de Beauce qui
m’a accueilli là au Sud de Rambouillet et dans lequel je partage un peu de
l’aventure agricole et forestière, eh bien je dois vous dire que c’est l’occasion
pour nous politiques de nous interroger, de ne pas hésiter à nous remettre en
cause, parce que la politique ce n’est pas une certitude, mais les partis
politiques sont en même temps indispensables à l’expression de la démocratie,
mais, à l’intérieur de mon mouvement, je me sens en liberté.

ALAIN-GÉRARD SLAMA
Oui !

MARC VOINCHET
SLAMA ! Alain-Gérard SLAMA.

ALAIN-GÉRARD SLAMA
Moi la question que je voudrais vous poser est reliée à ça ! Est-ce que
ce malaise est systémique…

MARC VOINCHET
Il n’y a pas de malaise, vous dit LARCHER, il y a du dialogue…

ALAIN-GÉRARD SLAMA
Oui ! Non, non, je ne vous crois pas. Il reconnaît qu’il y a des gens qui
s’en vont…

GÉRARD LARCHER
Enfin il y a du vent quand même !

MARC VOINCHET
Ah ! Ca y est quand même…. (brouhaha)… Il est 8 h 38.

GÉRARD LARCHER
Notez 8 h 38 !

ALAIN-GÉRARD SLAMA
Il y a du vent dans les branches de Sassafras ! Mais ce malaise, mais ce
que dit Gérard LARCHER peut-être va rejoindre ce que je vais dire moi, c’est
que je ne pense pas que ça soit systémique, ce n’est pas tellement la dérive à
Droite du pouvoir, qui est celle du pays tout entier, tout entier, surtout en
matière sécuritaire, en revanche c’est le fait de la chute de la cote du président
et de sa centralité dans l’ensemble du système. Il est évidemment plus facile en
période de crise et de crise grave, comme celle que nous traversons, dont nous
ne sommes pas sortis, d’avoir des idées sociales, de proposer des réformes
sociales – qui en général coûtent – plutôt que quand on est au gouvernement où,
évidemment, les réformes sociales, il faut être beaucoup plus prudent, on
avance sur la pointe des pieds. Moi je me demande si ça n’est pas l’un des
facteurs qui peut expliquer que de gens qui ont des ambitions personnelles, ne
nous le cachons pas, comme BORLOO, eh bien se disent : je suis mieux à
l’extérieur et je peux tenir un discours plus valorisant que si je reste à l’intérieur
d’une mécanique où j’ai les coudes très près du corps », moi je pense…

MARC VOINCHET
Gérard LARCHER…

ALAIN-GÉRARD SLAMA
Voilà ma question !

MARC VOINCHET
Président du Sénat.

GÉRARD LARCHER
La question n’est pas tant de la réforme pour la réforme ! La question
prégnante, il suffit de venir un samedi matin à une permanence, c’est la
question de l’équité, est-ce que notre société est équitable ? Est-ce que l’effort
est réellement partagé ? Et vous allez voir que cette question elle va être en
marge du débat sur la réforme de la fiscalité ! Le sentiment de beaucoup de nos
compatriotes c’est que dans la crise et à un moment où, nous l’espérons, nousallons sortir de la crise, est-ce que l’effort est justement partagé ? Voilà
pourquoi…


MARC VOINCHET

A l’Assemblée, les députés du Nouveau Centre sont sans doute très
circonspects, Hervé de CHARRETTE nous le disait ce matin, il n’est pas sûr de
voter cette réforme de la fiscalité.

GÉRARD LARCHER
Oui ! Mais… Attendez ! Quand vous regardez la mise en place de ce
qu’on appelle dans un mélange anglo latin l’exit-taxe, c’est-à-dire ceux qui
partent pour des raisons fiscales à l’étranger, la taxation, le renforcement de la
fiscalité sur les transmissions notamment par héritage et les donations, ce qui a
été demandé dans le 1% dans la réforme des retraites, tout ceci va dans le
sens d’une plus grande équité fiscale. En même temps, nous devons
moderniser notre outil fiscal pour la compétitivité économique, car la première
question qui taraude c’est la question de l’emploi, moi j’ai été ministre du
Travail, c’est la question de l’emploi, quand vous avez plus de 9% de ceux qui
sont dans notre pays et qui sont sans emploi, quand vous avez un taux de
chômage des jeunes qui est supérieur à 20%, cette question elle est au coeur
de notre société, parce que, au-delà de l’emploi et du revenu, c’est : quelle est
ma place dans la société ? Comment je m’insère dans la société ? Comment je
construis tout simplement une famille ? Et…

MARC VOINCHET
Alors pourquoi s’acharner dans cette réforme fiscale, Monsieur le
président, de s’acharner à seulement au fond mettre l’accent sur le seul angle
du patrimoine ?

GÉRARD LARCHER
Ce n’est pas le seul angle !

MARC VOINCHET
Oh ! C’est le…

GÉRARD LARCHER
Non ! Mais ce n’est pas le seul angle. Quand vous supprimez le bouclier
fiscal ne pensez pas par pertes et profits, c’est…

MARC VOINCHET
Allons ! Bon. Alors…

GÉRARD LARCHER
Une décision extrêmement importante…

MARC VOINCHET
Elle était le principe pourtant, en plus du quinquennat de Nicolas
SARKOZY, cette mesure là…

GÉRARD LARCHER
Oui ! Elle…

MARC VOINCHET
De conserver…

GÉRARD LARCHER
Mais, pardonnez-moi, on peut évaluer le résultat d’une mesure. Est-ce
qu’il est scandaleux d’en changer quand on s’aperçoit que cette mesure ne
porte pas les fruits ? Est-ce que ce n’est pas important que des parlementaires,
moi-même je l’ai dit dès le printemps 2009, pour ne pas dire que j’avais raison
avant tout le monde, mais j’avais le sentiment confusément que cette réforme
elle n’était pas comprise et je doutais de son efficacité.


MARC VOINCHET

Et coûteuse électoralement !

GÉRARD LARCHER
C’est le troisième volet !


MARC VOINCHET

Ah ! Ce n’est pas le moindre ?

GÉRARD LARCHER
Quand on était en 2009, nous n’étions pas dans l’état des sondages…

MARC VOINCHET
Oui ! Absolument…

GÉRARD LARCHER
Qu’Alain-Gérard SLAMA évoquait, et donc, moi personnellement, je
pense qu’il faut conduire ces réformes et, ensuite, les Français ils auront à
choisir. Moi je vous ai dit, dans l’émission que nous avions auparavant, que je
serais loyal avec le président de la République, mais ma loyauté n’exclut
nullement de m’exprimer, voilà pourquoi sur le sujet par exemple du partage de
la valeur je suis très clairement dans l’attente de véritables réponses, qui ne
soient pas uniquement des réponses construites par Bercy et qui rendent
impossible l’accès à la distribution de dividende pour les salariés, pour tous les
salariés.

MARC VOINCHET
Résultat des courses, si j’ose dire, c’est pour… le vote est prévu pour
le…

GÉRARD LARCHER
Eh bien le résultat des courses, savoir si on est gagnant ou placé…

MARC VOINCHET
Oui !

GÉRARD LARCHER
Vous savez c’est l’ancien vétérinaire de cheval qui vous dit ça ! Et le
résultat des courses c’est que nous devrions, avant le 30 juin…

MARC VOINCHET
Voilà !

GÉRARD LARCHER
Avoir adopté… j’allais dire cette réforme et, au plus tard, à la mi-juillet…

MARC VOINCHET
Au 14 juillet je crois…

GÉRARD LARCHER
Pour qu’elle puisse se mettre en oeuvre.

MARC VOINCHET
Voilà ! Le 14 juillet.
Julie CLARINI ?

JULIE CLARINI
Un dernier petit mot au président du Sénat que vous êtes ! La façon dont
on fait la loi aujourd’hui, les sénateurs s’en préoccupent régulièrement, je crois
qu’il y a eu encore une séance sur la question en janvier, où il était souligné une
nouvelle fois que les mesures d’application sont en retard, souvent pas publié,
parfois même depuis des années, qu’est-ce que font les parlementaires pour
essayer de renverser la tendance ? Trop de lois tuent la loi ! Non ?

GÉRARD LARCHER
Première observation, juste ; deuxième observation, qu’il ne faudrait pas
passer par pertes et profits, à l’initiative et grâce au président de la République
le pouvoir du Parlement a été renforcé dans la réforme constitutionnelle de
2008, nous maîtrisons la moitié de l’agenda parlementaire et c’est d’ailleurs
dans ce cadre là que nous exerçons plus fortement notre mission de contrôle, et
cette mission de contrôle elle est notamment une mission qui porte… Allez !
Vous nous faites et vous nous demandez d’examiner des textes en procédure
accélérée et on s’aperçoit qu’en procédure accélérée, qui donne un débat
moins riche parce que 4 lectures c’est un débat plus riche, c’est une plus-value
plus grande, au bout du compte les décrets ne sortent pas plus vite et, donc,
nous avons entamé, avec le ministre en charge des relations avec le Parlement,
une réflexion qui doit nous conduire à des débats réguliers, en quelque sorte à
une évaluation permanente de ce que représente la loi. En même temps, il faut
vraiment que nous continuions à conduire cette réflexion collectivement, il ne
faut pas faire des textes d’opportunité, ce que j’appelle « le syndrome du
mardi », vous avez eu un évènement dramatique, ou non, quelques jours avant
et voilà que vous voulez faire une loi. Il faut se donner du temps, il faut réfléchir,
il faut évaluer la loi, mais il faut aussi faire des vraies études d’impact, nous
prenons parfois des décisions sans savoir les conséquences sociétales,
financières de nos décisions et, donc, étude d’impact, évaluation, contrôle… on
est au coeur.
Vous savez j’ai voulu recentrer le travail du Sénat, tout à l’heure on
évoquait…

MARC VOINCHET
Recentrer le travail du Sénat, oui c’est ça, j’entends bien…

GÉRARD LARCHER
Oui ! Oui, oui. Mais oui ! Mais sur quoi ? Sur le coeur de métier : faire la
loi, contrôler le gouvernement, tracer des prospectives. Faire la loi c’est notre
travail, et regardez le débat actuel sur l’immigration fait la loi ; Contrôler le
gouvernement…


MARC VOINCHET

Ah oui ! Ca Claude GUÉANT le remarque, oui, oui.

GÉRARD LARCHER
On vient de l’évoquer ; Tracer des prospectives, là Alain-Gérard SLAMA
il y a un instant nous parlait de la bioéthique, on l’a préparée depuis plus de 2
ans, quand on parle de partage de la valeur c’est un travail qui est préparé
depuis 18 mois…

MARC VOINCHET
On pourrait, au fond Gérard LARCHER, vous appelez autrement !
Quoi ? Un vrai garde républicain…

GÉRARD LARCHER
C’est d’ailleurs mon ancien métier, puisque j’ai été vétérinaire de la
garde Républicaine.
//Diffusion de « La marche militaire » de SCHUBERT//

GÉRARD LARCHER
Ca m’évoque une reprise à cheval, vous savez dans la tradition à la fois
de l’équitation française et dans la tradition de l’équitation de grande tradition
espagnole, vous avez des reprises sur cette musique et, vraiment, je remercie
FRANCE CULTURE de l’avoir choisie ce matin.

MARC VOINCHET
Oui ! Oui, et SCHUBERT, « La marche militaire »… Daniel
BARENBOIM. Vous serez au Grand Palais ce week-end, Gérard LARCHER,
compétition équestre vous le savez de vendredi à dimanche, le Grand Palais
renoue avec les grandes manifestations sportives, voilà ça sera vendredi…

GÉRARD LARCHER
Ah ! C’est toujours un moment fort. Vous savez nous sommes dans un
pays qui porte cette tradition, qui nous vient d’ailleurs d’une double tradition,
d’une tradition militaire et d’une tradition agricole, nous avons été le pays qui a
produit et qui a modernisé l’agriculture, on pense tous que c’est par le tracteur
au XIXème, non, c’est par nos formidables races de chevaux de trait.
//Diffusion de « La marche militaire » de SCHUBERT//

MARC VOINCHET
En avant… Caroline ELIACHEFF ! C’est l’heure de votre chronique, un
peu en retard, jamais sans mon droit, remarquez ça va avec la musique je veux
dire…

CAROLINE ELIACHEFF
Absolument ! Je voulais juste dire à Monsieur LARCHER que le milieu
psychiatrique attend avec beaucoup d’impatience le débat qui aura lieu au
Sénat sur l’hospitalisation sous contrainte.
//Diffusion de la chronique de Caroline ELIACHEFF consacrée au refus
de transcrire juridiquement les actes de naissance des jumelles MENNESSON
nées de mère porteuse//

MARC VOINCHET

Gérard LARCHER ! Un petit mot ?

GÉRARD LARCHER
Ça rejoint ce que nous évoquions la semaine dernière au Sénat sur la
non marchandisation et l’exploitation biologique du corps humain ! En même temps, il est exact qu’il faut apporter des réponses à ces enfants et nous voyons
bien là que, au doute de Alain-Gérard SLAMA, il faudra qu’on apporte aussi
des réponses, car ces enfants ne peuvent pas être les victimes de notre doute,
parce qu’au fond, quand on parle de respect de la vie, ces enfants ils sont là, ils
sont vivants, ils sont des êtres j’allais dire d’égale dignité et d’égale légitimité à
moi-même, et, donc, il faudra bien qu’on apporte des réponses. C’est aussi la
responsabilité du législateur et d’un certain nombre de réflexions que nous
devons porter en Europe, parce que l’Union européenne n’a de sens que si elle
est un lieu de partage d’un certain nombre de valeurs.

MARC VOINCHET
C’est la page culturelle des « MATINS » ! Gérard LARCHER, monsieur
le président du Sénat, je sais que vous auriez aimé apprendre la musique mais
vous n’aurez jamais le temps, vous aimeriez aller davantage au théâtre mais
vous n’avez pas le temps et que vous aimeriez même écrire un livre, je crois
savoir, sur les grands manqués de l’histoire, vous n’aurez pas le temps.
//Diffusion de la chronique de François ANGELIER : il évoque le livre de
Dominique CHARNAY « Cher Monsieur QUENEAU : dans l’antichambre des
recalés de l’écriture » aux éditions DENOËL

MARC VOINCHET

Je crois que vous devez l’offrir fatalement à Gérard LARCHER qui…

GÉRARD LARCHER
En tous les cas la lettre des Yvelines…

MARC VOINCHET
Président du Sénat…

GÉRARD LARCHER
Je ne l’ai pas vue, mais je crains que nous n’ayons pu ce type de
candidat, en tous les cas nous n’avons plus les chars d’assaut à disposition,
donc pour conquérir Paris, simplement c’est vrai que c’est parti de Seine-et-
Oise la libération de Paris et c’est parti avec des hommes qui nous ont permis
de retrouver leur liberté…

MARC VOINCHET
Et qui valait bien ce genre de chose, en fait !

GÉRARD LARCHER
Et, là, c’était une chose plus sérieuse…

MARC VOINCHET
Voilà !

GÉRARD LARCHER
Puisque, quelque part, c’était le retour de la démocratie.

MARC VOINCHET
« Cher Monsieur QUENEAU », c’est publié chez DENOËL.

GÉRARD LARCHER
Merci !
//Poursuite de la chronique culturelle de François ANGELIER : les
papiers nickelés, hommage au guitariste mythique des années 60 – 70 Jeff
BECK//

MARC VOINCHET
Je vous présente l’adolescent de la campagne !

EMMANUEL LAURENTIN
L’ancien adolescent de la campagne !

MARC VOINCHET
… pour « LA FABRIQUE DE L’HISTOIRE ».

EMMANUEL LAURENTIN
Eh bien justement on va parler dans notre histoire de l’adolescence cette
semaine, donc dans 5 minutes, on va parler de l’adolescence en milieu rural,
une question particulière effectivement que connaît sûrement très bien Gérard
LARCHER puisque nous aurons entre autres un historien de la Beauce, Jean-
Claude FARCY qui sera avec nous, mais également un sociologue qui a
travaillé sur les adolescents en milieu rural et en particulier les ouvriers dans les
milieux ruraux, donc un endroit particulier : en Bourgogne.

MARC VOINCHET
Et c’est dans 5 minutes « LA FABRIQUE DE L’HISTOIRE ».
Merci ! Monsieur le président du Sénat, Gérard LARCHER…

GÉRARD LARCHER
Merci à Marc VOINCHET, merci à chacune et chacun…

MARC VOINCHET
Merci à vous !

GÉRARD LARCHER
De m’avoir fait partager, quelque part au-delà de l’aube, un moment très
agréable.

MARC VOINCHET
Merci à vous et merci à toute l’équipe bien sûr qui a été précieuse pour
la préparation de cette émission comme chaque jour.