Gérard Larcher : «Je sais que Borloo sera responsable »

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Passage média · Républicains Sénat · 24 avril 2011

Le président du Sénat a la «certitude» que Nicolas Sarkozy sera le candidat de la majorité à la présidentielle.

Après des élections cantonales qui ont laissé des traces, l’UMP est-elle menacée d’explosion ?

L’UMP est peut-être en train de découvrir ce que nous vivons quotidiennement au Sénat: la réalité d’une majorité composée de familles diverses, avec sa liberté de ton, ses échanges, la nécessaire attention aux autres. L’UMP, c’est un rassemblement de mouvements politiques qui partagent des valeurs. Les sensibilités doivent pouvoir s’y exprimer, être écoutées et faire des propositions. Cela éviterait les contractures que nous sommes en train de vivre. La diversité de la majorité n’a jamais exclu les débats de qualité. La division, elle, est porteuse d’affaiblissement.

Comprenez-vous les raisons qui ont poussé Jean-Louis Borloo à quitter l’UMP ?

Jean-Louis Borloo, que je vois régulièrement, a été un ministre important. Je regrette qu’il quitte l’UMP parce que l’UMP a besoin en son sein des sensibilités radicale, gaulliste sociale, chrétienne-démocrate. Il a pu lui arriver de trépigner quand il était au gouvernement, mais il a toujours respecté la solidarité gouvernementale. Aujourd’hui, il exprime sa différence mais il ne se place pas en dehors de la majorité.

La candidature possible de Borloo n’obère-t-elle pas une victoire en 2012 ?

Pour moi, les choses sont claires: je soutiendrai Nicolas Sarkozy. Mais ceux de la famille qui se présenteraient au premier tour ne sont pas pour autant nos adversaires. Jean-Louis Borloo n’est pas devenu un opportuniste ou un «coucou dans un nid». Je sais qu’il sera responsable, qu’il ne fera pas perdre la majorité car ce qui le guide, c’est l’intérêt de la France. Parfois il dérange car il est porteur de quelque chose de fort, mais j’ai pour Jean-Louis de l’affection parce qu’il a des idées neuves.

Pensez-vous, comme Jean-Louis Borloo, que le gouvernement a trop mis l’accent sur les questions de sécurité et d’immigration et pas assez sur les questions sociales et le pouvoir d’achat ?

Depuis des mois, on a beaucoup vécu sur les thématiques sécuritaires, dont je ne nie pas l’importance, mais il faut parler de ce qui préoccupe en priorité nos concitoyens. Or, la sécurité n’est qu’un outil de la cohésion sociale. Je ressens, à travers mes déplacements, que les Français sont très attentifs à la question de l’équité, qu’ils ont le sentiment que leur pouvoir d’achat a diminué, que la situation s’est dégradée, qu’ils craignent le déclassement. Il faut répondre à ces questions. Je sais que le président de la République en a pris la mesure. La première préoccupation, c’est le pacte social. Et je voudrais dire aux Français: «À la japonaise, sauvons-nous ensemble !»

Approuvez-vous la volonté de limiter l’immigration légale ?

Je rappelle que nous avons voté en 2007 une loi inscrite dans le projet du président de la République sur l’immigration choisie. Un arrêté de 2008 définissait trente métiers en tension pour lesquels nous autorisions l’immigration parce que la France manquait de main-d’œuvre dans ces secteurs. La loi prévoyait une révision chaque année. Elle n’a jamais eu lieu. Avant de dire qu’il y a trop d’immigration légale, appliquons la loi de 2007 et réexaminons, emploi par emploi, région par région, quels sont nos besoins en termes d’immigration choisie.

Que pensez-vous de «la prime à 1000 euros» ?

Le président de la République a compris l’urgence de répondre en vérité aux inquiétudes des Français. Je suis totalement à ses côtés. Il faut que le pouvoir politique marque, en sortie de crise, la volonté de distribuer équitablement et aboutir à une meilleure répartition de la valeur sans mettre en péril les entreprises donc sans charges sociales sur cette prime. Le partage de la valeur doit devenir un élément essentiel du renouveau des relations sociales. Il faut une loi simple, en deux articles, pour régler les cas où la négociation sociale n’aboutirait pas.

Faut-il des primaires au sein de l’UMP pour la présidentielle comme le suggère Alain Lamassoure ?

Je ne me pose pas cette question. Ma liberté de ton m’autorise à dire que Nicolas Sarkozy est le meilleur. Le temps de l’élection viendra. Si personne ne s’exprimait en ce moment, on ne comprendrait pas. Je ne suis pas choqué par les précandidatures des uns ou des autres. On est à un an du premier tour. Il y a encore beaucoup d’inconnues sur le nom des candidats. Donc ne jouons pas sur un paysage qui n’est pas encore campé. La seule certitude, c’est que Nicolas Sarkozy sera candidat.

Une candidature de François Bayrou peut-elle nuire à Nicolas Sarkozy ?

Reconnaissons à Bayrou une forme de légitimité et de courage. Il a fait un score important en 2007 parce qu’il a incarné une espérance. Le centre existe dans notre histoire démocratique. Le nier serait une erreur. Je pense qu’il y aura une candidature centriste, celle de François Bayrou ou de Jean-Louis Borloo.

La rémunération de vos collaborateurs fait polémique. Comment la justifiez-vous ?

Nous avons embauché un certain nombre de collaborateurs sur la base de leur rémunération antérieure, avec pour objectif d’avoir un cabinet qui puisse être à la hauteur d’un Sénat autonome et fort. Peut-être n’ai-je pas été assez attentif. C’est pourquoi j’ai décidé de soumettre au comité de déontologie parlementaire, présidé par Robert Badinter, l’effectif, les conditions de recrutement et de rémunération de mon cabinet. Ses conclusions, que je porterai à la connaissance du bureau du Sénat, seront les miennes. Je voudrais conclure en disant que la fonction publique parlementaire est spécifique. À tout niveau de compétences, ce sont des contraintes et des devoirs élevés. Ne l’oublions pas!

Êtes-vous confiant dans le résultat des sénatoriales ?

À l’issue des municipales de 2008, base du corps électoral de ces sénatoriales, on a mis en valeur les résultats dans 300 grandes villes où le scrutin a été plutôt favorable à l’opposition. Mais le reste de la France, soit les 36.382 autres communes, présente un visage profondément modéré, proche de la vie quotidienne des gens.

Or les sénatoriales sont une élection de proximité. Je continue à croire que la majorité sénatoriale, dont les contours sont beaucoup plus larges que la majorité présidentielle, aura une avance de quatre à seize sièges. Je vis cette élection comme un tournoi. Un tournoi, historiquement, c’est le lieu où on arbitrait les conflits plutôt que de se faire la guerre.

Trois ministres – Chantal Jouanno, Maurice Leroy et Gérard Longuet – pourraient être candidats au Sénat. Devront-ils démissionner du gouvernement s’ils sont élus ?

On n’est pas accessoirement sénateur. On est élu sénateur pour exercer sa fonction législative. Le président de la République partage mon sentiment. C’est une question de respect des grands électeurs. Donc un ministre devra démissionner s’il est élu sénateur.