Jean-Pierre Raffarin : « Pour gagner, Sarkozy devra inventer sa propre rupture »

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Passage média · Républicains Sénat · 12 mai 2011

Pour l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, «ce serait une erreur de penser que 2012 sera le remake de 2007».

Les propositions de Laurent Wauquiez sur le RSA ne sont-elles pas un facteur de division à l’UMP ?

Jean-Pierre RAFFARIN. – Que la majorité veuille évaluer puis améliorer ses réformes, c’est légitime. La question ne me paraît pas être de l’ordre du débat mais de la stratégie. Où va notre priorité ? Au clivage ou au rassemblement ? Je plaide évidemment pour le rassemblement.

Sur votre blog, vous invitez Nicolas Sarkozy à lire les commentaires qu’y déposent vos amis. Y trouverait-il une vérité qu’il ne perçoit pas ailleurs ?

J’ai simplement voulu dire, peut-être malicieusement, que Nicolas Sarkozy, en se penchant sur ces commentaires, verrait une France paradoxale. Comme le Net, notre pays est traversé par des -inquiétudes, graves et légitimes, sur les grands enjeux. Dans le même temps, les réponses qu’apporte l’actualité ne sont pas à la hauteur.

Sur quels sujets le débat n’est-il pas à la hauteur ?

Les enjeux sont immenses. Prenons un exemple, l’avenir de l’Europe est profondément incertain, le débat pour ou contre l’euro n’est pas à la hauteur. Il s’agit de la survie historique d’un continent. De grands enjeux tels que l’unité nationale, la réduction de la dette ou l’influence de la France sur la planète appellent de puissantes réponses, mêlant expérience et intelligence.

Comment aborder la campagne de 2012 ?

La victoire ne se jouera pas sur le bilan. Elle ira à celui ou à celle qui incarnera la meilleure réponse aux crises à venir. Il est clair que les lignes de continuité ne suffiront pas au succès. Nicolas Sarkozy devra inventer sa propre rupture, c’est ma conviction profonde.

En quoi consiste cette rupture ?

Elle est plurielle. La première rupture est de dégager le débat politique de l’urgence et de prendre le temps d’expliquer au pays les vrais enjeux. Les réformes, c’est-à-dire les réponses, doivent alors s’accrocher à une ligne de pensée, un projet, sans quoi rien n’est lisible. Les Français sont aveuglés par un kaléidoscope de réformes. Les mesures ne s’empilent pas, elles se mettent en perspective. La seconde rupture consiste à passer de la performance individuelle de 2007 à la réponse collective de 2012. Ce serait une erreur de penser que 2012 sera le « remake » de 2007. La deuxième élection est rarement magique. Dans les douze mois qui viennent, le président doit faire émerger l’équipe Sarkozy.

«Évidemment je ne ferai rien d’ici à 2012 qui menace la France du déclin socialiste».
«Évidemment je ne ferai rien d’ici à 2012 qui menace la France du déclin socialiste». Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

Qui doit, selon vous, composer cette équipe ?

C’est au président de choisir mais je pense que l’armature de cette équipe doit être constituée par au moins trois personnalités incontestables. Alain Juppé qui a su renaître, François Fillon qui a su ne pas s’user et Jean-François Copé qui a su s’engager.

La confédération des centres fait-elle courir un risque à la droite ?

Pas sur le terrain des idées mais sur celui des structures. Le centre a toujours été une réalité de la politique française. Il doit aujourd’hui se réinventer, car les valeurs du centre que Valéry Giscard d’Estaing avait fédérées sont, depuis, devenues le patrimoine de l’UMP. Qu’il y ait, à cette fin, un dialogue entre les centristes de l’UMP et ceux qui en sont dehors pour réinventer un centre politique me paraît utile. Mais il est prématuré de se projeter dans des combats électoraux : il est beaucoup trop tôt pour parler de candidatures et de stratégie électorale ou même de primaires. L’anticipation de l’élection présidentielle dessert ceux qui s’y prêtent.

Nicolas Sarkozy n’est-il pas déjà en campagne ?

Pas plus qu’il ne l’était en 2008 ! Son engagement sur tous les sujets, son exposition quotidienne donnent le sentiment qu’il n’a jamais cessé d’être en campagne. Ce nouveau style présidentiel, comparable à celui de Barack Obama ou d’Angela Merkel, est en rupture avec la pratique traditionnelle de la Ve République.

Êtes-vous prêt à participer à la reconstruction du centre ?

J’y ai été associé, mais je ne souhaite pas être un élément d’ambiguïté. Il doit être clair pour tout le monde qu’il y a des gens de culture libérale, centriste et européenne au sein de l’UMP. Avec les autres, on peut et on doit discuter. Ainsi, je ne suis pas éloigné de la proposition de François Bayrou quant à une part de proportionnelle pour les législatives. J’ai par ailleurs travaillé avec bonheur avec Jean-Louis Borloo. Évidemment je ne ferai rien d’ici à 2012 qui menace la France du déclin socialiste.

François Bayrou a-t-il sa place dans cette confédération ?

François Bayrou a «son diplôme de centriste» validé et, dans cette université du centre, l’esprit de tolérance est de mise. On ne peut pas expliquer que le travail sur le centre est utile en disant que certains en sont exclus.

Plaidez-vous pour une candidature unique ?

Cela a été la théorie du président depuis le début. Mais que se passe-t-il si on n’a pas d’avance au premier tour ? Une candidature au centre fait courir un risque d’élimination au premier tour mais constitue une réserve dans le cas d’un second tour. Prenons donc le temps de la sagesse et n’oublions pas 2002.

Plusieurs sondages prédisent l’élimination de Nicolas Sarkozy dès le premier tour…

L’équipe Sarkozy a un peu plus de six mois pour sortir de ce piège. Ce n’est pas la campagne électorale qui provoquera la magie du sursaut. Je suis confiant, je perçois des changements…