Gérard Larcher : « Sarkozy est le candidat naturel et légitime »

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Passage média · Républicains Sénat · 25 mai 2011

Invité à l’occasion de l’assemblée générale de l’association des maires de l’Aube, Gérard Larcher fait le point sur l’avenir des collectivités.

La nouvelle et récente mouture de la réforme des collectivités territoriales vous donne-t-elle totale satisfaction ?

« Elle est une avancée car elle conforte la commune comme cœur de notre démocratie. La dimension intercommunale de la réforme est également très importante, tout comme la clarification des compétences entre le Département et la Région. Les élus ont conscience de la nécessité et de la pertinence des réponses que cette réforme apporte car elle se fonde sur une conviction partagée : l’organisation qui a été adoptée est dictée par le respect de la diversité territoriale incarnée par les communes. »

Le conseiller territorial avec cumul de deux fonctions n’entérine-t-il pas une forme de professionnalisation de la politique ?

«L’objectif de ce conseiller territorial est d’accroître la complémentarité de l’action des Départements et des Régions. 3 500 conseillers territoriaux succéderont aux 6.000 conseillers généraux et régionaux actuels souvent mal identifiés. Ce seront donc des élus de proximité qui pourront porter aux deux niveaux les préoccupations des citoyens, des acteurs locaux et les priorités de leur territoire. Le risque de «professionnalisation » que vous évoquez ne peut exister en démocratie car le choix des urnes est le seul qui vaut! »

Finalement, seuls les Départements feront des économies en ne versant que les majorations d’indemnités. Les Régions devront, en plus des indemnités, procéder à des travaux d’aménagement des hémicycles. Où sont les économies annoncées ?

«Il faut bien comprendre que les charges et les économies ne sont pas que dans les indemnités des élus et la surface de l’hémicycle. C’est d’ailleurs une infime partie du budget. En favorisant la cohérence des politiques mises en place, en donnant une vision plus globale alliant stratégie et pratique, et grâce à la mutualisation des moyens liée à l’intercommunalité, la dépense publique va gagner en efficacité et donc permettre de réaliser des économies. C’est un des objectifs majeurs de cette réforme. »

Pensez-vous que le périmètre des compétences des collectivités soit aujourd’hui définitif ? L’avenir des Départements vous semble-t-il assuré ?

« Avec cette réforme, la commune dispose de la clause de compétence générale. Mais loin de constituer une étape vers la disparition du Département, la création du conseiller territorial est le signe du renforcement de l’efficacité du Département et de la Région. Elle est aussi un facteur d’enracinement dans le territoire du Département et de la Région. Chacun de ces échelons a ses compétences et ses responsabilités, mais voit leurs rôles respectifs clarifiés et mieux coordonnés. À l’issue de chaque élection des conseillers territoriaux, le conseil régional et les conseils généraux de la région définiront ensemble la répartition de leurs compétences respectives (éducation, transports, aménagement du territoire…) et en tireront les conséquences en termes de réorganisation des interventions financières et de mutualisation des services. Nous obtiendrons ainsi l’organisation qui répond aux enjeux et aux défis propres à chaque territoire. »

Le remplacement de la taxe professionnelle par une dotation a fait couler beaucoup d’encre. Comment concilier diminution de l’autonomie fiscale avec l’esprit de la décentralisation ?

« La suppression de la taxe professionnelle n’a pas conduit à une réduction des recettes des collectivités territoriales. L’État, conformément à son engagement, a compensé intégralement et une péréquation juste et efficace a été mise en place. Aujourd’hui, la Contribution économique territoriale (CET) permet la pérennité des recettes des collectivités. Beaucoup d’élus avaient exprimé une vraie interrogation mais je peux vous dire que, depuis, ils sont rassurés. C’est un sujet sur lequel le Sénat a été extrêmement vigilant et le demeurera année après année. Et ce sera sans faiblesse et avec exigence. »

Qu’auriez-vous envie de conseiller à Jean-Louis Borloo dans la perspective de l’élection présidentielle ?

« Je respecte son choix et n’ai pas de conseils particuliers à lui donner si ce n’est de ne jamais perdre de vue que ce qui doit nous guider tous, c’est l’intérêt de la France. Son départ est une perte pour l’UMP où doivent pouvoir s’exprimer les sensibilités radicales, chrétiennes-démocrates, gaullistes sociales et libérales. »

Y voyez-vous une candidature de conviction ou un coup de poker menteur ?

« Jean-Louis Borloo a été un ministre important auprès de Nicolas Sarkozy et il a toujours respecté la solidarité gouvernementale. C’est pourquoi je sais qu’il sera responsable. S’il exprime plus vivement sa particularité aujourd’hui, il ne se place pas en dehors de la majorité. »

Beaucoup de centristes se sont sentis marginalisés par l’UMP. Penqsez-vous que celle-ci ait la volonté d’évoluer à cet égard ?

« Le Centre est une réalité en France. Aussi, l’UMP est peut-être en train de prendre en compte ce que nous vivons au Sénat : le quotidien d’une majorité composée de familles diverses, avec sa liberté de ton, ses échanges, la nécessaire attention aux autres. Je crois sincèrement que l’UMP doit marcher sur ses deux jambes, dont chacune correspond à une attente légitime des Français. D’un côté, justice et sécurité, de l’autre, équité et social. L’un ne va pas sans l’autre pour assurer la cohésion du pays, le « vivre ensemble » indispensable pour la France. »

Comment expliquez-vous que le ressenti des Français à l’égard de l’action de Nicolas Sarkozy soit aussi mauvais ?

« En 2007, il y a eu un incroyable rassemblement autour des deux candidats au second tour car ils incarnaient, chacun pour des raisons différentes, une forme de rupture. Malheureusement, un an plus tard, la crise financière a balayé de façon inattendue toutes les prévisions et a creusé un fossé important entre les projets de 2007 et les besoins de 2009. Reconnaissons au président de la République une formidable énergie à engager des réformes indispensables, quoique difficiles, et une capacité exceptionnelle à gérer les situations de crise tant financières qu’internationales. »

Estimez-vous que le chef de l’État ait échoué dans certains domaines ?

« Depuis son élection, le président de la République a dû affronter les crises financières, économique et sociale. Si nous ne sommes pas dans une situation comparable à la Grèce, l’Irlande ou le Portugal, si notre système de retraites par répartition a été sauvé sans baisser le niveau des pensions, si l’épargne des Français a été protégée, il faut le mettre à son crédit. C’est pourquoi je considère qu’il est le candidat naturel et légitime de la majorité républicaine pour 2012. Je le soutiendrai sans équivoque avec la liberté de ton qui me caractérise. »