Les leçons de la crise alimentaire

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Communiqué de presse · Républicains Sénat · 20 juin 2011

Une bactérie tueuse apparue en Allemagne a fait à ce jour 37 morts. C’est la plus grave crise sanitaire liée à une denrée alimentaire depuis celle de la vache folle qui avait provoqué plus de 200 décès. Ce drame survient au moment de la préparation de la réforme de la politique agricole commune (PAC). Trois leçons peuvent être tirées de cet épisode tragique.

En premier lieu, la vigilance constatée ne suffira jamais à supprimer le risque alimentaire. Il y a, hélas régulièrement, des contaminations chimiques, souvent d’origine frauduleuse, et des contaminations pathogènes liées à des bactéries résistantes. Dans le vivant et, à fortiori, dans une organisation sociale, le risque zéro n’existe pas. Mais, dans le cas présent, ce qui est en cause est la grave défaillance dans l’organisation des alertes, dans la gestion de crise et, plus encore dans la communication. Même si le partage des responsabilités des contrôles en Allemagne entre Länder et l’Etat fédéral a accru les difficultés, la faute est moins d’avoir erré à trouver l’agent pathogène qu’avoir accusé sans preuve un Etat partenaire. Au temps d’Internet et de la médiatisation en direct, même les scientifiques sont pressés et perdent leur rigueur. Peut-on ainsi laisser le principe de précaution dériver en un principe de délation pour satisfaire aux pressions médiatiques ? La Commission européenne se doit de faire un audit de la chaîne des contrôles et des réseaux d’alerte, quitte à réorganiser les agences européennes compétentes.

En deuxième lieu, je crois avoir montré à de nombreuses reprises une foi inébranlable dans le tandem franco-allemand, mais je ne peux pas ne pas reconnaître que notre grand voisin est affaibli par cette affaire. Mais si l’Allemagne est la première victime, elle est aussi impliquée. L’Allemagne vient de subir coup sur coup deux crises alimentaires en six mois. L’une, en janvier, avec les oeufs à la dioxine, liée à une fraude scandaleuse et à l’adjonction d’huiles industrielles dans l’alimentation animale, l’autre en juin, sur une bactérie mortelle.

Les deux passions allemandes – la compétitivité et le bio – s’en trouvent affectées. Sans compter que les accusations à l’encontre des producteurs espagnols se font sur un fond de compétition, puisque les Allemands sont devenus à leur tour des producteurs de légumes et que cette crise était une occasion trop tentante de casser un concurrent. « Combat et coup bas », l’expression va faire flores. Elle s’applique là aussi. Nous aurons du mal à l’éviter. Cela ne peut pas ne pas laisser de trace dans la négociation sur la PAC. L’Allemagne, qui se veut incontournable, le demeure, mais elle devra aussi écouter les pays du Sud qui ont parfois une vision de la PAC différente.
Enfin, cette crise peut – devrait- constituer un électrochoc. La réforme de la PAC se fait sur deux priorités : la compétitivité et le verdissement, censé relégitimer la PAC. L’agriculture fournit des biens publics et le lien avec l’environnement doit être renforcé, avec plus d’aides environnementales, plus de règles protectrices de l’environnement, plus de bonnes pratiques écologiques… ce qui n’est pas antinomique d’une simplification administrative indispensable. Cette prise en compte des questions environnementales s’impose car elle répond à une attente sociale et politique. Mais cette crise sanitaire arrive au moment où l’on doit rappeler qu’avant de s’engager dans une direction, il faut d’abord du bon sens. Et le bon sens, en l’espèce, est de mettre les priorités dans le bon ordre. La sécurité alimentaire, en quantité et qualité, avec une forte garantie sanitaire, n’est-elle pas la première priorité que les citoyens sont en droit d’attendre d’une politique agricole ? L’Union européenne prendrait un risque à sacrifier aux effets de mode. La sécurité alimentaire n’est pas un objectif, vain, redondant, ou vieilli. Redonner du sens à la PAC suppose de revenir à l’essentiel : une politique agricole doit commencer par s’occuper d’alimentation.

Jean Bizet