Gérard Larcher :  » A l’international, nous défendons des valeurs « 

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Passage média · Républicains Sénat · 12 juillet 2011

Le Parlement devait autoriser mardi 12 juillet la poursuite de la participation française à l’opération militaire sous commandement de l’OTAN en Libye. Gérard Larcher, président du Sénat, analyse le changement de position de la France.

Le gouvernement demande au Parlement la prolongation de l’intervention militaire en Libye. Y êtes-vous favorable ?

Il y a un changement important de la politique française. Nous sommes passés d’une attitude consistant à assurer la stabilité des pays à une position de désaveu des régimes qui refusent le cheminement vers la démocratie. C’est un véritable changement de doctrine, assumé, bien sûr, par le président de la République, mais porté de manière forte par le premier ministre et le ministre des affaires étrangères. Ce changement de cap est de nature, je pense, à faire évoluer un certain nombre de pays. Le mandat confié aux forces armées devrait donc être reconduit, accompagné d’exigences politiques pour aider à la reconstruction de ce pays.

Cela ne va-t-il pas nécessiter un effort budgétaire supplémentaire pour les opérations extérieures ?

Le président de la République va définir dans les semaines qui viennent le programme de retrait de l’Afghanistan, à un horizon de trois ans. Les efforts engagés ces derniers mois ont entraîné la consommation d’une grande partie de l’enveloppe budgétaire. Mais c’est pour la défense d’un certain nombre de valeurs auxquelles nous croyons. Cela ne peut pas s’évaluer seulement en termes budgétaires.

Si Nicolas Sarkozy est réélu, le prochain quinquennat doit-il être celui de la fin des 35 heures ?

L’important, c’est l’avenir de la démocratie sociale. Je constate que l’agenda social a donné des résultats et a produit plusieurs accords : la rupture négociée du contrat de travail, la réforme de la représentativité syndicale, la réforme de la formation professionnelle. Depuis le début de l’année, il y a un agenda social à l’initiative des partenaires sociaux. Je propose qu’il soit partagé en début de chaque quinquennat entre l’exécutif et les partenaires sociaux. Le sujet du temps de travail, comme bien d’autres, peut être abordé, mais dans la concertation et le dialogue. C’est l’esprit de la loi de 2007.

François Hollande propose de constitutionnaliser le dialogue social. Y êtes-vous favorable ?

Non. Le Medef et la CFDT le demandaient en 2006. J’ai été tenté, à l’époque, par cette proposition. Je pense toutefois qu’il faut éviter d’avoir un système figé. Notamment pour résoudre les crises, il faut parfois que le dernier mot reste au politique. Le dossier des retraites, par exemple, ne pouvait pas sortir du seul dialogue social, même si j’aurais préféré qu’il soit un peu plus approfondi. C’est une vue de l’esprit d’imaginer que l’affaiblissement des pouvoirs du Parlement, par un effet mécanique de transposition de l’accord social en l’état, conduit au renforcement de la démocratie sociale.

Immigration de travail, binationalité, acquisition de la nationalité, on entend des tonalités, à droite, allant plutôt dans le sens de la fermeture. Quelle est la vôtre ?

Aborder la question de l’immigration dans un parti politique comme le mien, c’est utile et même nécessaire. Toutes les sensibilités doivent s’exprimer. En même temps, il faut être attentif aux droits, individuels et collectifs Ne manions pas des concepts uniquement pour répondre à l’ambiance et à l’humeur du temps. Soyons attentifs à la situation des réfugiés et à ne pas voir le monde de manière recroquevillée.

Comment se présentent les prochaines élections sénatoriales pour la majorité ?

Nous avons travaillé en bonne intelligence avec nos amis centristes et radicaux. Aujourd’hui, sur les 45 départements renouvelables, la situation est à peu près claire dans 34 ou 35 d’entre eux. Au scrutin proportionnel, on peut avoir intérêt à deux listes, même trois comme dans le Nord. Restent quelques départements, comme les Hauts-de-Seine, l’Essonne, Paris et l’Isère, où il faut trouver une solution intelligente. Dans les départements au scrutin majoritaire, les choses sont plus simples : s’affronter au premier tour, c’est en fait se préparer à des accords au second tour.

Comment souhaitez-vous mettre un terme à l' » affaire Pastor  » ?

Le sénateur Pastor a reconnu avoir fait une erreur d’appréciation et s’est engagé à rembourser les factures en question. D’autre part, la rédaction d’un faux communiqué avec mon nom est une faute à mon égard et à l’égard de l’institution. Il a rompu la confiance que j’avais en lui, et je considère qu’ainsi il ne peut plus exercer ses fonctions de questeur. La question se pose maintenant au groupe socialiste auquel il appartient et qui l’a présenté au poste de questeur. Je vais m’en entretenir avec son président, Jean-Pierre Bel. Mais cela reste une affaire individuelle : je ne veux pas qu’elle jette l’opprobre sur l’ensemble des sénateurs et du Sénat.

Cela ne pose-t-il pas la question du contrôle sur l’indemnité représentative de frais de mandat ?

Elle a été fixée par une loi de 2002, votée à l’unanimité, pour régler un certain nombre de frais inhérents à l’exercice du mandat de sénateur. Elle a un plafond et est revalorisée périodiquement. En 2010, il n’y a pas eu de revalorisation. En 2011, le conseil de questure a pris la décision d’effectuer un rattrapage de 3 531 euros, en une seule fois, valable pour les trois années 2010, 2011 et 2012. Cette décision a suscité de nombreuses controverses. Après consultations et pour ne pas alimenter l’incompréhension, j’ai demandé aux questeurs de l’annuler.

Par ailleurs, je l’ai dit et je le répète, la démocratie a un coût. Il faut donner les moyens aux parlementaires et au Parlement d’être indépendants. Mais l’indemnité est sans doute aujourd’hui inadaptée. Je souhaite qu’elle soit justifiée par le contrôle de la présence effective en séance et en commission. Je me fixe la fin de l’année pour, collégialement, proposer des règles.