Jean-Pierre Raffarin : « Ne pas exclure par principe une pluralité de candidatures »

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Passage média · Républicains Sénat · 20 juillet 2011

Pourquoi avoir accueilli Jean-Louis Borloo, lundi au Futuroscope, alors que sa démarche gêne Nicolas Sarkozy ?

Mon accueil était républicain et amical envers un ancien de mes ministres avec qui j’ai gardé des relations de loyauté. Je crois utile que des idées nouvelles émergent au centre. Si Jean-Louis Borloo peut y contribuer, je m’en réjouis. Il y a au sein de l’électorat de la majorité l’attente d’une offre politique ouverte et le centre sera important dans la prochaine élection présidentielle. Ce travail concerne tous les centristes : ceux qui, comme moi, sont à l’UMP, ceux du Nouveau Centre, ceux du parti radical, et les autres, jusqu’à François Bayrou.

Appeler à une renaissance du centre, n’est-ce pas remettre en cause l’idée même de l’UMP ?

Non, car la revitalisation du centre peut aussi servir la diversité de l’UMP. Nous devons cultiver au sein de notre famille politique ce respect des valeurs du centre. Il n’est pas de l’intérêt de l’UMP de se replier sur des bases étroites.

C’est une critique de la ligne tenue par Jean-François Copé ?

Pas du tout. Jean-François Copé fait de réels efforts pour associer toutes les familles fondatrices de l’UMP et je participe avec bonheur au travail sur le projet 2012 conduit avec talent et imagination par Bruno Le Maire.

Nicolas Sarkozy, François Fillon, et tous les dirigeants de l’UMP dénoncent souvent vivement la stratégie de Jean-Louis Borloo. Le déplorez-vous ?

Il est toujours maladroit de transformer des alliés en adversaires. On ne peut pas attaquer un ministre qui a participé neuf ans durant à notre action gouvernementale. Je plaiderai toujours pour la culture de l’estime et du respect. Quant à Jean-Louis Borloo, il ne doit pas oublier que si sa stratégie n’était que tactique, elle ne serait pas convaincante.

Une candidature Borloo ne risquerait-elle pas d’empêcher Sarkozy d’être au second tour ?

Ne brûlons pas les étapes. Nous sommes dans le temps des idées. Celui de la stratégie électorale ne doit venir qu’à la fin 2011 ou au début 2012. C’est à ce moment-là qu’il faudra se demander quelle est la solution la plus utile au succès de la majorité. Peut-être aurons-nous besoin d’une unité de candidature. Peut-être aurions-nous intérêt à une offre pluraliste au premier tour, afin de rassembler plus largement au second tour.

La menace d’un 21 avril est pourtant brandie pour dissuader le président du parti radical.

L’hypothèse d’une pluralité de candidatures ne peut pas être exclue par principe. La menace d’un 21 avril ne doit jamais être oubliée, mais je crois que Marine Le Pen a eu de trop bons sondages trop tôt.

Nicolas Sarkozy doit-il s’inspirer de François Mitterrand en 1988, c’est-à-dire entrer en campagne le plus tardivement possible ?

Une deuxième campagne n’est jamais aussi magique que la première. Ce fut vrai pour Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac. J’en tire la conclusion qu’il est illusoire de miser sur une campagne de quelques semaines pour inverser le rapport de force.C’est tant qu’il est en responsabilité, dès l’automne 2011 que Nicolas Sarkozy doit engager les principes du prochain quinquennat. Pour que les Français partagent clairement les grandes lignes de son action future. Il doit proposer un projet de mobilisation de la sagesse française autour de priorités : économique, la maîtrise des finances publiques; politique, l’équilibre des pouvoirs; social, le recentrage sur la grande priorité nationale et populaire : l’emploi.

Faut-il, face à la crise de l’euro, convoquer le Congrès, comme le demande Jean-Louis Borloo ?

Toute initiative de nature à associer les responsables politiques et les parlementaires sera utile. L’Europe se révèle profondément déroutante dans cette crise. Le retour au leadership franco-allemand est nécessaire, la condition : une stratégie impérieuse de compromis.

Approuvez-vous le ralliement de Martine Aubry à l’objectif de 3 % de déficits publics en 2013 ?

La prise de conscience des socialistes est tardive, mais utile. La situation européenne exclut une campagne présidentielle structurée autour de promesses dépensières. L’éthique de responsabilité, cette fois, n’épargnera pas les socialistes. Le président de la République a vu juste en proposant la « règle d’or » budgétaire. Il serait courageux et vertueux de convoquer le Congrès au début 2012 pour l’adopter et les socialistes seraient bien inspirés d’aller jusqu’au bout de leur conversion réaliste.