Interview de Gérard Larcher

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Passage média · Républicains Sénat · 14 septembre 2011

Le Sénat en rose ?

La couleur du futur président de la Haute Assemblée se jouera à quelques sièges. Pour la première fois depuis 1958, le vote des grands électeurs issus des collectivités locales pourrait faire basculer le Sénat à gauche. Les prétendants socialistes au fauteuil de Gérard Larcher sont dans les starting-blocks. Le 1er octobre, l’un d’entre eux pourrait devenir le premier président de gauche du Sénat. Un rêve politique, Noël avant l’heure pour la gauche ? Non, un simple calcul arithmétique : les sénateurs, renouvelés par moitié le 25 septembre, sont élus par les représentants des collectivités locales (conseillers régionaux, généraux, municipaux), dont la très grande majorité est aujourd’hui à dominante socialiste. L’affaire serait donc entendue. En fait les compétiteurs savent que la réalité n’est pas si simple. D’abord parce que la politique n’a rien à voir avec la logique mathématique, ensuite parce que l’incertitude des étiquettes, la multiplication des candidatures dissidentes troublent le jeu et rendent les pronostics bien incertains. Les tractations de coulisse au moment du vote pour le président sont monnaie courante au Sénat et cette élection n’échappera pas à la règle. Jusqu’au bout le résultat sera donc difficile à prévoir. Ce qui est sûr en revanche, c’est que le nom du futur président est attendu d’un côté avec une certaine impatience et de l’autre avec une vague inquiétude. Un Sénat à gauche, ça ne changerait pas grand-chose sur le plan institutionnel mais à quelques mois de la présidentielle, ça aurait évidemment valeur de symbole et de quoi donner quelques ailes supplémentaires à la gauche. Cela dit, même si cette hypothèse constitue une perspective désagréable pour la majorité, Nicolas Sarkozy se consolera vite en constatant que cet épisode sénatorial ne risque guère de provoquer un tsunami. Tout juste une vaguelette.

Gérard Larcher, vous dîtes être certain que le Sénat restera aux mains de la majorité le 25 septembre. C’est du« wishful thinking »?

Je ne suis pas un adepte de la méthode Coué, mais un fervent partisan d’un bicamérisme raisonné. C’est pourquoi je vous rappelle que les contours de la majorité sénatoriale sont plus larges que ceux de la majorité présidentielle. Elle va du Modem à la droite libérale, en passant par des personnalités indépendantes. Elle correspond à la réalité de l’engagement des élus locaux. Sachez que 50% d’entre eux n’ont pas de choix politique à priori. La grande majorité des grands électeurs sont de tradition modérée. C’est pourquoi je suis serein et continue à penser que cette majorité sénatoriale, même réduite, se maintiendra.

Envisageons quand même le scénario inverse. Quelles seraient les conséquences politiques et institutionnelles d’un basculement du Sénat à gauche ?

L’alternance politique dans une démocratie est normale et naturelle. Les conséquences institutionnelles ne seraient donc pas majeures car la Constitution de la Ve République définit clairement le rôle de chacune des grandes institutions . Pour autant, d’un point de vue politique, comme je l’ai déjà exprimé, ce serait un très mauvais signal pour 2012. Ceci dit, votre question me paraît relever de la politique-fiction !

Ce serait un vrai problème pour le Gouvernement ?

Dans ce scénario de politique-fiction, le travail législatif en serait évidemment compliqué, car le Sénat maîtrise la moitié de l’ordre du jour. Le Sénat est à droite depuis 1958.

Craignez-vous si la gauche échoue qu’elle relance le débat sur la représentativité du Sénat ?

Il serait tout de même très paradoxal que ce débat soit relancé par le PS! On ne peut pas critiquer un mode de scrutin quand il vous est défavorable et s’en satisfaire quand vous remportez les élections. La loi de 2003 qui fixe le mode de scrutin actuel a eu pour conséquence un rééquilibrage en faveur des territoires urbains sans dépouiller pour autant les territoires ruraux. Elle me semble être le juste reflet de la France territoriale. J’ajoute que, comme la loi le prévoit, il y aura un bilan avant 2014.

À dix jours du scrutin, la majorité est-elle aujourd’hui assez soudée ?

L’intérêt général a largement primé pour la constitution des listes et je tiens à remercier tous ceux qui auraient souhaité se présenter mais qui ont préféré laisser leur place pour des raisons d’unité. Par ailleurs, la majorité sénatoriale est composée de plusieurs sensibilités et, dans certains départements, cela peut-être un atout que cette diversité se reflète dans une pluralité de listes.

Quelles seront les priorités de votre deuxième mandat en tant que président du Sénat ?

Je propose aujourd’hui « une vision du Sénat » à partager pour la période 2011-2014, que vous pouvez lire sur mon blog. J’y aborde tous les sujets sans tabou : le mode de scrutin, la gouvernance, le présentéisme, le rôle de représentation des collectivités territoriales, sa fonction politique spécifique.. .Je souhaite que le Sénat s’ancre avec ses différences. Elles sont, j’en suis convaincu, une chance pour la démocratie.