Gérard Larcher : « Les élus ne comprennent pas toujours l’action du Président de la République « 

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Passage média · Républicains Sénat · 4 octobre 2011

Président du Sénat depuis 2008, Gérard Larcher (Yvelines) estime que, le 25 septembre, les grands électeurs ont adressé « un message politique » en donnant la majorité à la gauche.

Reconnaissez-vous la victoire de la gauche au Sénat après les élections du 25 septembre ?

Bien entendu. La gauche a fait un score plus important que celui auquel nous nous attendions, dans un scrutin sans doute plus politisé que nous ne l’avions estimé. Les grands électeurs sont devenus des « grands citoyens »; ils se sont faits la chambre d’écho de l’état d’esprit des citoyens. Les élections sénatoriales ont permis avant tout d’adresser un message politique.

Quelle interprétation faites-vous de ce message ?

Lors des nombreux déplacements que j’ai effectués, les élus m’ont d’abord parlé de questions nationales et européennes, puis de la réforme des collectivités. Ce qui ressort, ce sont de profondes incertitudes, la peur de la récession. Une sorte d’incompréhension, aussi, par rapport à certaines réformes. Je suis frappé, enfin, des questions qui m’étaient adressées par les élus sur l’action du président de la République, qu’ils ne comprennent pas toujours. Nous devons y être très attentifs.

Dans les derniers jours, la possibilité que le Sénat bascule dans l’escarcelle de la gauche est ainsi devenue un enjeu national. Il y a bien sûr d’autres facteurs, qui ont été analysés, mais le premier facteur de cette défaite est essentiellement politique. Ce qui, finalement, est plutôt sain quand il s’agit d’élire une chambre du Parlement.

N’avez-vous pas commis une erreur psychologique en affirmant jusqu’au dernier moment que la majorité conserverait une avance nette ?

Nos prévisions se sont totalement vérifiées, à l’unité près, dans les départements à la proportionnelle. La surprise est venue du scrutin majoritaire. C’est cela qui est révélateur de l’état d’esprit du pays. Personne n’avait vu la mutation politique de cette élection. De ce point de vue, c’est un échec qui rejaillit sur l’ensemble de la majorité. J’en assume toute ma part, mais ce n’était pas une guerre psychologique : je croyais sincèrement qu’on conserverait la majorité de quelques sièges.

Concevez-vous que, dans ces conditions, l’opinion percevrait mal que la présidence du Sénat reste à droite alors que la majorité a changé ?

Bien sûr. Ma candidature est une candidature de devoir. Personne ne m’a dicté ma conduite. Cette décision, je l’avais prise dès dimanche soir et j’en ai informé d’abord le premier ministre. J’ai réuni mon équipe, lundi matin, pour lui dire que ma candidature serait sans compromis ni compromission. C’est pour cela que ça m’a un peu fait sourire, mardi midi, quand j’ai lu ici ou là que la consigne m’avait été donnée d’accepter la défaite. C’est une candidature totalement loyale et républicaine. C’est une nouvelle majorité qui assumera la responsabilité de conduire le Sénat.

Il y a simplement un message auquel je tiens dans ma candidature. La situation de crise internationale va imposer des efforts d’ampleur, qui ne pourront se faire bloc contre bloc, en opposant les Français et les territoires les uns aux autres. Il va falloir montrer que, au Sénat, un accord républicain est possible; il en va de l’intérêt de notre pays.

Qu’attendez-vous de la prochaine présidence ?

Au cours de ces trois ans de mandat, je crois que nous avons répondu à la question : « A quoi sert le Sénat ? » Le Sénat a marqué son autonomie et il a compté sur des sujets importants. Il est plus indépendant. Et ce n’était pas facile d’être indépendant tous les jours ! Parfois, nous avons été les seuls à nous opposer.
Cette autonomie, il faut la préserver. Le Sénat n’est pas un supplétif. Il est resté vigilant sur les libertés fondamentales, face à une pression parfois forte. Il a joué son rôle sur les collectivités territoriales, sur la réforme des retraites. On a engagé une réorganisation interne, parfois difficile mais indispensable. Il appartiendra au nouveau président de l’achever.
Je n’ai pas à dicter quoi que ce soit à mon successeur. Simplement, si on ne préserve pas une approche de respect de tous par tous, je crois que le Sénat régressera. Je pense aussi qu’il faut aller plus loin dans le domaine de l’éthique et de la présence des parlementaires. Là, on n’est qu’en chemin. Le Sénat a trop souffert de cette incompréhension des Français sur des sujets matériels…

Incompréhensions qui ne sont pas levées. On l’a vu, cet été, à propos des révélations sur les indemnités de représentation du questeur Jean-Marc Pastor ou du rattrapage pour les indemnités des sénateurs, décidé avant d’être annulé…

Je vous rappelle que le questeur Pastor appartient au groupe socialiste, qui l’avait désigné pour ce poste. Par ailleurs, il a pu y avoir des fautes, des insuffisances. C’est pourquoi je pense qu’il faut aller encore plus loin en matière d’éthique. Pour l’indemnité sénatoriale, peut-être que j’aurais dû dire non plus tôt au conseil de questure. Je n’ai peut-être pas été assez attentif.

Allez-vous endosser le costume de chef de file de l’opposition sénatoriale ?

Pour moi, c’est la fin d’un cycle. Je vais aller à la commission des affaires étrangères et de la défense, non pas pour être dans un cimetière des éléphants, mais parce que je veux donner un prolongement à ce que j’ai entrepris, pendant ma présidence en matière de relations internationales, de la frontière du Pakistan au pourtour de la Méditerranée. Et j’ai bien l’intention de faire de la politique, pas forcément limitée au champ du Sénat. J’aimerais que la France ne soit pas tentée uniquement par le zapping électoral en 2012.