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Jean-Pierre Raffarin : « La France doit faire de nouveaux efforts importants »
Républicains Sénat
Passage média · 25 octobre 2011

Jean-Pierre Raffarin : « La France doit faire de nouveaux efforts importants »

Nicolas Sarkozy s’exprime jeudi devant les Français. Au retour d’un nouveau voyage en Chine, Jean-Pierre Raffarin (Vienne), ancien Premier ministre, vice-président du Sénat et premier vice-président du conseil national de l’UMP, l’appelle à lancer « une grande campagne de proximité et d’explication ».

Qu’attendez-vous de l’intervention télévisée du chef de l’Etat ?

Ce doit être un exercice national de pédagogie de grande ampleur. De ce point de vue, le gouvernement doit accélérer. J’attends que le président explique pourquoi la dette est un problème aujourd’hui alors que nos budgets sont en déficit depuis trente-six ans. Pour cela, il doit présenter la nouvelle donne mondiale depuis que la Chine est devenue le banquier du monde et expliquer que tout se passe comme si nous étions à bord d’un quadriréacteur dont les deux premiers moteurs – l’Amérique et l’Europe -sont tombés en panne (de croissance) et que les deux autres – la Chine et les grands pays émergents -sont en risque de ralenti. La non-croissance révèle le trop de dettes. Il y a un risque de chute parce que, sans croissance, les prêteurs ne font plus confiance. Et moins il y a de croissance, plus il faudra de réformes.

Croyez-vous en des résultats tangibles de l’UE et du G20 qui soient suffisants pour convaincre les marchés et les opinions ?

L’essentiel pour moi, c’est le G20. Réussite ou échec, le G20 sera historique. L’après ne sera plus comme l’avant. Ce sera, au G20, la coopération ou la division. La division viendrait des désaccords européens, des accusations européennes contre les Américains, des reproches des Américains contre les Chinois. La bagarre, c’est la récession mondiale assurée. La coopération, c’est la marque de confiance attendue par les marchés et les opinions publiques. Mais, pour entraîner le G20, Nicolas Sarkozy a besoin du soutien de l’Allemagne. Sur des sujets techniques comme les financements innovants et, plus globalement, pour la crédibilité de notre continent, l’accord avec Angela Merkel est nécessaire. Une division de l’Europe anéantirait toute chance de succès du G20. Au fond, la gravité de la situation place chacun devant l’exigence d’un accord à Cannes. L’accord à Bruxelles est un préalable à l’accord de Cannes.

Êtes-vous inquiet pour l’euro ?

Non. La monnaie unique résistera. Il lui faut néanmoins une gouvernance unique. Mais elle sera secouée en fonction de la croissance. La question aujourd’hui majeure, c’est celle de la croissance mondiale et la part de l’Europe dans cette croissance mondiale.

La France peut-elle se dispenser de nouvelles mesures d’austérité ?

Nous devrons faire des efforts, comme nos partenaires. Et ces efforts devront être à nouveau importants et surtout durables. Nous sommes devant l’exigence d’adapter nos dépenses à nos recettes. Il faudra réduire encore nos dépenses et, principalement, choisir entre couper des dépenses sociales peu efficaces ou revenir sur les allégements de charges en compensation des 35 heures. La question du taux intermédiaire de TVA est également posée.

Faut-il le faire tout de suite ?

Le temps est contre nous. Il ne faut pas perdre de temps.

C’est « le sang et les larmes » ?

Ce n’est pas un message de douleur mais un message de responsabilité. Car il doit être clair que les efforts dont nous nous exempterions nous seront imposés par la hausse des taux d’intérêt. Il faut expliquer aux Français qu’un pays endetté doit se faire à l’idée qu’il est dépendant de la confiance de ceux qui lui prêtent. Si François Hollande annonce, dans un souci démagogique, des dépenses très importantes en matière d’éducation, il les paiera par la hausse des taux d’intérêt. Son projet est une impasse.

La majorité est-elle allée assez loin sur la taxe sur les hauts revenus ?

Pour le moment, oui. Il est en revanche urgent que le patronat mette lui-même de l’ordre dans les rémunérations. Sur ce sujet, la colère gronde. Il y a aujourd’hui des rémunérations qui sont provocantes et des discours qui sont arrogants. L’hyperluxe consiste maintenant à demander à payer plus d’impôt. Les provocations, ça suffit !

Certains estiment que la France perdra son triple A, la seule question étant de savoir quand. Une autre issue est-elle possible ?

Oui. Comme au rugby, le recul est rarement une bonne stratégie. La confiance fait aussi appel à des ressorts psychologiques. Il faut défendre le triple A avec énergie, comme le fait le président.
Une majorité de Français se dit favorable à des barrières protectrices.

Une forme de démondialisation est-elle possible ?

Je comprends le problème, mais je ne partage pas la solution. La démondialisation est un contresens de l’histoire. C’est un suicide. C’est s’assurer que le quadriréacteur ira au crash. Quand on est endetté, fermer ses frontières, c’est rester seul avec ses dettes. Nous avons besoin de la croissance mondiale pour créer de la valeur chez nous et pour payer nos dettes. Par contre, pour notre compétitivité, il serait mieux de financer nos charges sociales par la consommation que par la production et les produits importés seraient ainsi directement concernés par ce que nous appelons la TVA antidélocalisation. Ce n’est pas une piste protectionniste mais une piste de justice.

La stratégie de « riposte » de l’UMP pendant et après la primaire PS a-t-elle été la bonne ?

J’approuve la combativité de Jean-François Copé. Il est au front et pas aux abris. Mais, pendant l’état de grâce de François Hollande, nous devons reconnaître que la majorité était peu audible. Le problème pour le PS est de connaître l’état de grâce six mois avant l’élection, ce qui ne sera pas forcément facile à gérer. Pour nous, la question est d’apporter les bonnes réponses à cette terrible crise qui menace jusqu’à l’existence même de l’Europe. Le match de 2012 sera celui de l’éthique de conviction contre l’éthique de responsabilité. Nous devons démontrer que la sagesse est dans notre camp.

Nicolas Sarkozy a accéléré le pas. Mais doit-il se déclarer candidat dès maintenant ?

Il doit maintenant monter en première ligne. C’est-à-dire pédagogue dès maintenant, candidat le moment venu. Le G20 pourrait être le rendez-vous qui ouvrira les yeux des Français sur les risques majeurs qui nous menacent. C’est l’occasion d’une grande campagne de proximité et d’explication qui devrait s’engager rapidement. Dans cette phase, d’ailleurs, c’est plus au gouvernement de piloter qu’au parti. D’ici à 2012, la pédagogie doit précéder le projet.

Sondages en berne, affaires, crise : cela ne rappelle-t-il pas la situation de Valéry Giscard d’Estaing en 1981 ?

Il n’y a pas dans la majorité un parti qui souhaite l’échec du président ! De toute façon, une présidentielle est toujours serrée. Rien n’est joué.

Propos recueillis par Pierre-Alain Furbury