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Passage média · Républicains Sénat · 14 décembre 2011

Gérard Larcher : « Le Sénat est devenu la maison des hollandais »

L’ancien président du Sénat, Gérard Larcher, estime que depuis la victoire de la gauche, la Haute Assemblée «a perdu son autonomie».

Vous ne vous êtes pas exprimé depuis plus de deux mois. Avez-vous digéré la défaite de la droite aux sénatoriales ?

Le résultat m’a surpris, mais vous dire que j’ai vécu cela douloureusement, non. En démocratie, quand une majorité perd les élections, elle devient la minorité. Même quand cela se joue à quelques sièges.

Quelles sont les raisons de l’échec ?

Elles sont d’ordre structurel et politique. Pour la première fois, le Sénat a été renouvelé de moitié et cela a pesé. La droite a perdu des villes et la majorité des départements. J’ajoute à cela une troisième explication: la politisation d’une partie des grands électeurs. La réforme territoriale et celle de la taxe professionnelle ont été mal comprises. Certains préfets ont parfois été un peu brutaux. Il y a eu aussi, dans certains territoires ruraux, une incompréhension de la politique gouvernementale.

Avez-vous commis des erreurs ?

J’assume ma part de responsabilité. Nous avons sous-estimé la politisation des grands électeurs et nous sommes peut-être passés à côté d’un changement de sociologie. Parallèlement, la gauche a été plus unie et plus rassemblée que la majorité. Et elle s’est mise à aimer «l’anomalie démocratique», terme avec lequel Jospin désignait le Sénat!

Avant les élections, la victoire de la droite vous semblait pourtant acquise.

Mes analyses étaient totalement sincères. Nous avions fait des estimations qui se sont révélées exactes dans les départements urbains mais ont été balayées dans plusieurs départements ruraux tels que le Morbihan et la Lozère.

Que diriez-vous des premiers pas de la gauche au Sénat ?

Moi, j’ai été un président du Sénat autonome avec ma liberté de ton et parfois mes désaccords. Souvenez-vous de la laïcité, du bouclier fiscal… J’ai toujours fait très attention à ce que nous ne soyons pas l’annexe de la rue La Boétie (siège de l’UMP, NDLR). Aujourd’hui, je ne reconnais plus le Sénat. La gauche l’utilise uniquement dans la perspective de la présidentielle. Le Sénat a ainsi perdu son autonomie. Sa spécificité, sa complémentarité dans la construction législative et dans le contrôle du gouvernement, son poids dans le bicamérisme sont en train de disparaître. Le Sénat est devenu la maison des hollandais. Lors de l’examen du budget 2012, la gauche sénatoriale s’est révélée: 32 milliards d’euros de taxes supplémentaires et 23 niches fiscales de plus! Quel sens des responsabilités face à la crise! Je me suis aussi laissé dire que certains projets de rapports parlementaires étaient d’abord relus par l’équipe de François Hollande avant d’être soumis aux commissions du Sénat. Et où sont, sur les bancs de la gauche sénatoriale, les orateurs d’une stature comparable à celle de Robert Badinter? Le débat sur le droit de vote des étrangers a été d’un niveau très médiocre du côté de la nouvelle majorité du Sénat.

Quel est votre rôle au Sénat ?

Je remplis d’abord ma mission de sénateur des Yvelines. Jamais les grands électeurs de mon département ne m’avaient accordé un score aussi élevé. Je siège à la commission des affaires étrangères et de la défense, et observe d’un œil très attentif la situation au Moyen-Orient, en particulier au Liban que je connais bien. Par ailleurs, l’Amicale gaulliste du Sénat m’a fait hier l’honneur de m’élire à sa présidence. Elle compte 70 sénateurs en exercice, tous membres du groupe UMP, ainsi que d’anciens sénateurs. Dans la perspective de 2012, nous allons réfléchir à ce que signifie être gaulliste aujourd’hui.

Dominique de Villepin est candidat en 2012. Qu’en pensez-vous ?

Tout en respectant la volonté de témoignage de Dominique de Villepin, je juge sa candidature inopportune. Quand on est gaulliste, on se soucie en priorité de la France, avant de songer à un destin personnel. En cette période de crise, le temps est au rassemblement. Nicolas Sarkozy est vraiment le président qui fait face dans la tempête. Je le dis d’autant plus librement que je n’appartiens à aucune cour. J’ai été un président du Sénat autonome et je serai un acteur sans réserve au moment de l’élection présidentielle.