Le point de vue de Bruno Retailleau : Le Noël du numérique

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Tribune · Républicains Sénat · 23 décembre 2011

Le point de vue de Bruno Retailleau, sénateur de la Vendée et président de la commission parlementaire du dividende numérique

Avec l’attribution des fréquences du dividende numérique issues du passage à la télévision numérique, l’année 2011 se termine par une excellente nouvelle. Grâce à la volonté conjointe du gouvernement, de la commission parlementaire du dividende numérique et de l’Arcep, il a été possible de concilier trois objectifs qui semblaient pourtant contradictoires : donner la priorité à l’aménagement numérique du territoire tout en maximisant la valorisation du patrimoine hertzien de l’Etat et en favorisant la concurrence. Les résultats des enchères montrent que ces trois objectifs ont été tenus.

D’abord, la priorité à l’aménagement numérique du territoire : les opérateurs ont non seulement pris des engagements de couverture minimale des départements d’au moins 95 % de la population, mais ils devront déployer ces nouveaux réseaux mobiles simultanément en ville et en campagne, ce qui constitue une première historique. Cette zone de déploiement prioritaire concernera plus de 60 % du territoire national. La concurrence ensuite, puisque les 3 opérateurs français ont obtenu un accès à ces fréquences basses et qu’ils se sont engagés à ouvrir leur futur réseau aux opérateurs mobiles virtuels (MVNO). La valorisation de ce bien public immatériel qu’est le spectre hertzien enfin, puisque l’Etat va pouvoir encaisser 1 milliard d’euros de plus que ce qu’il en escomptait.

L’enjeu de ces enchères est fondamental : la 4G, c’est le réseau mobile à très haut débit. De plus en plus d’internautes, près d’un tiers, se connectent désormais régulièrement à Internet grâce au réseau mobile. Du coup, le trafic explose : il double tous les ans. Pour se déployer, la révolution numérique doit pouvoir s’appuyer sur les deux infrastructures essentielles à très haut débit : l’hertzien pour le mobile avec la 4G et la fibre pour le réseau fixe.

Or, si le premier chantier est sur les rails, la fibre se heurte à des difficultés. Elles tiennent au climat de méfiance qui s’est instauré entre collectivités et opérateurs. Pour sortir de ce face-à-face, l’Etat doit reprendre la main, pas seulement à travers les financements du grand emprunt mais en assumant sa fonction régalienne d’arbitre et de pilote. Aujourd’hui, l’Etat ne dispose pas, pour coordonner cette priorité nationale d’une structure de pilotage identifiée. Il faut constituer cette « task force » d’une vingtaine de personnes qui sont actuellement dispersées entre plusieurs administrations. Placée sous l’autorité du Premier ministre, cette « task force » devra assurer dans le temps la coordination et la cohérence de ce grand chantier.

Le numérique constitue un formidable multiplicateur de croissance. Aux Etats-Unis, il représente déjà près de 40 % de la croissance. Il devrait créer dans les prochaines années en France 400.000 emplois. C’est une raison suffisante pour ne rien négliger.