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Philippe Bas : « Si la droite perd son âme, elle risque de tout perdre »
Républicains Sénat
Tribune · 9 mai 2012

Philippe Bas : « Si la droite perd son âme, elle risque de tout perdre »

Les élections législatives fourniront, dans quelques semaines, les clés du pouvoir à un nouveau gouvernement. La gauche réclame un vote de confirmation. Elle part gagnante : les électeurs ont l’habitude de conforter voire d’amplifier en juin leur vote de mai.

Les choses pourraient pourtant ne pas être si simples. En élisant François Hollande, les Français ont surtout rejeté le mode de gouvernement de son prédécesseur. Ils n’ont pas décidé de se livrer les yeux fermés à une coalition « rose, vert, rouge ». Déjà maîtresse de l’Elysée, du Sénat et de l’écrasante majorité des grandes collectivités territoriales – villes, départements, régions -, la gauche exercera l’intégralité des pouvoirs si elle prend aussi l’Assemblée nationale. Cependant, un vote d’équilibrage peut intervenir lors des élections législatives, d’autant que le résultat de la présidentielle a été serré.

Personne ne l’ignore, la situation financière de la France est difficile. Il n’y a aucune marge de manoeuvre pour distribuer du pouvoir d’achat à compte d’Etat. Par un rude choc en retour, quiconque voudra le faire expérimentera la défiance des marchés en se mettant dans leur main. L’indépendance par rapport à la « finance » ne se proclame pas, elle se conquiert par l’effort.

Or, si le nouveau président a été précis sur un certain nombre de dépenses nouvelles et d’augmentations d’impôts, il n’a pas su annoncer une seule économie. Pour résister aux surenchères dépensières, étatistes, ou protectionnistes, la gauche a besoin d’être pondérée, raisonnée.

Trois cas de figure peuvent donc se présenter en juin.

Si la majorité est à droite et au centre : alors, ce sera la cohabitation. Cette cohabitation devra être constructive. Il faudra rééquilibrer l’action gouvernementale en conjuguant réforme économique, solidarité accrue et dialogue social. L’exigence du rassemblement des Français face à la crise sera primordiale; la justice sociale et fiscale en est la condition. Il faudra aussi renouveler les méthodes de gouvernement : collégialité des décisions, constance dans l’action, responsabilité des ministres.

Si, au contraire, la majorité absolue passe à gauche : alors, la nouvelle opposition devra courageusement s’organiser pour être utile au pays face à une gauche hégémonique, plaider pour la mesure et la responsabilité, combattre les utopies, préparer l’alternance et la relève.

S’il n’y a pas de majorité claire : alors, chacun devra prendre ses responsabilités. La tentation du président Hollande sera de former un gouvernement minoritaire imposant sa politique par la force de l’article 49-3 ou de ce qu’il en reste depuis la révision constitutionnelle de 2008, et par le recours aux ordonnances. Ce serait une erreur politique majeure : le pays a besoin de consensus et d’unité pour poursuivre l’effort de redressement qu’il a devant lui.

Pour sortir en même temps de la crise politique et des difficultés économiques et financières, la solution serait alors un gouvernement d’union nationale ou de « grande coalition », sur la base d’un contrat de programme qui engagerait les formations signataires, en excluant une pseudo-ouverture qui se résumerait à des débauchages individuels. Les Allemands en ont fait l’expérience et s’en sont bien portés.

Revendiquer l’humanisme

Ainsi, l’UMP a de nouveau une responsabilité majeure vis-à-vis des Français. Elle doit se montrer disponible et positive, prête à assumer ses responsabilités dans les trois cas de figure mentionnés tout en privilégiant le premier. Il lui appartient de trouver le ton juste, de ne pas céder à la culture de l’affrontement binaire, de revendiquer l’humanisme de ses valeurs fondatrices, de réaffirmer son ancrage profond dans nos traditions républicaines et sociales, de proclamer son ambition européenne, bref, de présenter un projet de sortie de crise qui soit aussi un projet de société.
Pour convaincre en juin, l’UMP doit aussi s’attacher à maintenir son unité. Qu’elle se coupe en deux et le Front national deviendra la première force d’opposition du pays ! Ce serait détestable pour la démocratie et éloignerait toute perspective d’alternance.
On sait qu’en perdant son âme, on perd aussi les élections. Sachons en tirer les enseignements. La droite républicaine et le centre doivent exprimer leurs sensibilités au sein d’une force politique puissante et unie. Il faut répondre à l’inquiétude des classes populaires mais refuser haut et fort tout compromis politique avec les extrêmes. C’était la vision de Jacques Chirac en 2002. Elle est plus que jamais d’actualité.