Philippe Bas : « L’important était d’unir et non de diviser »

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Passage média · Républicains Sénat · 26 juin 2012

Philippe Bas, Sénateur du Sud-Manche et ancien ministre, revient sur la défaite de l’UMP dans l’Ouest. Il répond à nos questions et sonne sa vision de l’UMP pour l’avenir.

Comment expliquez-vous la défaite de la droite ?

C’est d’abord la suite logique de la démarche de Nicolas Sarkozy, elle-même due principalement aux problèmes d’emploi et de pouvoir d’achat causés par la crise ainsi qu’à un divorce politique entre le pouvoir et les Français. L’important était d’unir et non de diviser. La façon de gouverner et la personnalité de l’ancien président ont joué, mais le pire a été le brouillage des valeurs par la course aux suffrages venant de l’extrême droite, qui a projeté sur la campagne une image très négative d’opportunisme. En démocratie, la sincérité et la fermeté des convictions doivent être visibles.

Pour le choix des députés, beaucoup d’électeurs de la droite républicaine et du centre ne se sont pas dérangés, estimant que les jeux étaient faits après l’élection de François Holande. En nombre de voix, il n’y a pas de vraie poussée de la gauche, mais une forte baisse de la droite modérée et du centre. Ce mouvement est évidemment réversible si la crise se prolonge et si la gauche déçoit… A la condition que la droite républicaine et le centre se dynamisent et s’organisent.

Y-a-t-il des facteurs spécifiques dans l’Ouest ?

Sans doute un peu. On est sorti depuis plusieurs années déjà d’un rapport de force longtemps très défavorable à la gauche. Celle-ci a remporté des scrutins importants depuis les élections régionales de 2004. Au début, certains ont pensé que c’était accidentel. Ce n’était pas le cas : les socialistes et leurs alliés ont progressé par un travail de terrain méthodique qui fait tache d’huile. Ils profitent de l’évolution vers plus d’urbanisation plus de salariat et moins de métiers indépendants. La gauche s’assume et avance comme un rouleau compresseur en quadrillant le territoire.

La droite ne l’a pas vue venir parce qu’elle se prétend apolitique, surtout attachée à la défense des intérêts locaux, et éloignés des débats politiques nationaux. Elle se montre beaucoup trop individualiste, souvent désorganisée, voire divisée et elle compte exagérément sur l’enracinement de ses élus, qui n’est pas une assurance tout-risques.

Comment voyez-vous l’avenir ? Comment la droite peut-elle reconquérir l’Ouest ?

Pour l’UMP et l’ensemble des modérés, mieux vaut ne pas se reposer sur l’idée que la gauche va échouer à cause de la gravité de la crise, des erreurs de diagnostic de la nouvelle équipe gouvernementale et des mauvaises solutions qu’elle veut appliquer ! La reconquête ne viendra pas seulement d’un reflux naturel de la vague rose.

Sur le plan départemental et sur le plan régional, il faut mettre à profit la période qui s’ouvre pour nous organiser comme une vraie force politique, avec des convictions clairement affirmées et un drapeau fièrement brandi. Nous ne pouvons plus être seulement une addition d’individualités. Face à la gauche, nous devons revendiquer nos idées, avec une ligne politique claire et une ambition forte pour nos territoires.
La reconquête de nos territoires passe aussi par le renouveau de notre stratégie politique au plan national. Au-delà des choix de personne, il va falloir forger un nouveau projet qui ne soit pas simplement la répétition de ce qui a été proposé au cours des cinq dernières années.

Nos valeurs sont celles de 1789 : elles sont respectueuses de tous et soucieuse de tolérance. Rappelons-les inlassablement. Soyons fermes sur nos principes, sans courir après les autres. Préférons la pédagogie à la démagogie. Tenons à égale distance les marchands de bonheur et les prophètes de malheur ! Et montrons la stupidité des solutions consistant à sortir de l’Europe, à se replier à l’intérieur de nos frontières, à renvoyer les étrangers dans leur pays ou à distribuer du pouvoir d’achat à compte d’Etat.