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Passage média · Républicains Sénat · 5 juillet 2012

Gérard Longuet : « Il faut retrouver l’envie de gagner dans un monde en compétition »

Le Point poursuit le débat. Que peut faire l’UMP face à un Front national fort ? La question divise le parti. Pour le sénateur libéral de la Meuse Gérard Longuet, l’UMP doit en faire une « critique de droite ». C’est-à-dire le juger sur les idées plutôt que sur un plan moral.

Quelles thématiques l’UMP doit-elle mettre en avant pour reconquérir le pouvoir ?

Gérard Longuet : La première est celle du renouveau européen. La crise de l’euro montre qu’on a besoin d’une autorité budgétaire et politique européenne. Ensuite, il y a la question de la décentralisation. Il faut que l’Etat mobilise ses partenaires. La réforme des universités est allée dans le bon sens. Il faut aussi que nous transformions notre approche globale de la compétitivité et qu’on apprenne à accepter l’entreprise pour ce qu’elle est, c’est-à-dire créatrice de richesses.

La réforme du temps de travail fait-elle partie des enjeux ?

Oui, mais au sens large : âge d’accès au travail et âge de départ. Le pourcentage de gens qui travaillent en France est insuffisant. Bien qu’on vive mal, on peut survivre sans travailler. De manière générale, il faut être plus ambitieux. Il faut retrouver l’envie de gagner dans un monde où les sociétés sont en compétition les unes avec les autres.

Qu’apportera la Droite moderne, le courant libéral que vous allez créer avec Luc Chatel, à l’UMP ?

Des idées et de la cohérence. L’UMP semble parfois se construire sans ligne directrice. Prenez l’exemple de la dépendance. Cette question va devenir un sujet majeur dans les années qui viennent. L’UMP propose d’en faire une cinquième branche de la Sécurité sociale. Pour nous, il faudra avant tout fournir des efforts personnels en s’appuyant sur l’épargne et la famille.

Quelles questions faut-il que l’UMP se pose à l’heure de sa refondation ?

Pendant la campagne présidentielle, le parti n’a pas réussi à se faire entendre sur les sujets importants. Il faut que nous nous demandions à quoi sert un parti politique quand le président de la République en est issu.

Comment l’UMP peut-elle reconstituer une majorité de second tour ?

Nos réserves de voix se situent à la fois sur notre gauche et sur notre droite. En 2012, nous avions d’un côté un François Bayrou trop faible et de l’autre une Marine Le Pen trop forte. Cette double évolution est d’autant plus problématique que la probabilité que le PS, encadré par les réalités européennes, se comporte de façon totalement délirante est assez faible. Les modérés n’ont donc plus peur des socialistes, alors que le vote FN suscite le rejet, pour des raisons de société et d’image.

Quelle est, selon vous, la position à adopter vis-à-vis du FN ?

Je suis en parfaite adéquation avec le « ni-ni », ni Front national ni Front républicain. Parce qu’il laisse aux élus de terrain une grande liberté pour s’exprimer.

Et sur le plan des idées ?

Si l’UMP donne au FN des raisons de voter pour elle, elle perdra à gauche ce qu’elle gagnera à droite. Ce qu’il faut, c’est le critiquer sur le fond. C’est la différence entre une critique de gauche, qui se veut morale, et une critique de droite. Il ne sert à rien de dire « c’est le mal », il faut expliquer pourquoi les solutions qu’il propose ne marchent pas. C’est aussi une façon de montrer de la considération pour les électeurs du FN.

Vous avez déclaré que Marine Le Pen était « différente » de son père, Jean-Marie, et qu’elle pouvait être une « interlocutrice » pour l’UMP. Cela n’a pas suscité tant de remous dans le parti…