Philippe Bas : « Amertume »

Catégories
Tribune · Républicains Sénat · 7 juillet 2012

Le discours d’investiture de Jean-Marc Ayrault ne nous a guère éclairés sur la politique du Gouvernement. A côté de généralités qui n’ont même pas l’excuse du lyrisme, que de perles enfilées, que de lieux communs accumulés, que de bonnes intentions énoncées pour paver l’enfer de l’austérité.

Les Français qui ont fait confiance à François Hollande pour qu’il vienne au secours de leur pouvoir d’achat comprimé par plusieurs années de crise économique sont déjà amers: pour eux le compte n’y est pas! L’effondrement précoce de la cote de popularité du nouveau Président en atteste.

SMIC : une aumône de 2% au lieu du coup de pouce espéré. Plans sociaux : fermeture de l’usine PSA d’Aulnay et suppressions d’emplois record. Pouvoir d’achat : hausse des cotisations sociales et des impôts. Dépenses publiques : coupes sombres dans les budgets et annonce de nouveaux prélèvements. Renégociation promise du Traité budgétaire européen : oubliée au profit d’une vague déclaration sans valeur contraignante appelée pacte de croissance… Que de déconvenues après une campagne où aucune mesure de restriction n’avait été annoncée en contrepartie des promesses faites !

On ne sait s’il faut saluer la brusque prise de conscience des réalités économiques opérée par le nouveau pouvoir ou s’indigner d’un certain manque de respect du Président à l’égard de ceux qui lui avaient fait confiance. Le nouveau pouvoir n’a attendu que le temps de la campagne des élections législatives pour décevoir tous ceux que l’attente d’une amélioration réelle de leur pouvoir d’achat avait conduit à lui apporter leurs suffrages.

La désunion des partis de la nouvelle majorité s’est exprimée par l’abstention du front de gauche et par le refus du Gouvernement de prendre le risque de demander au sénat un vote de confiance, que les défections à gauche rendaient impossible. Elle montre assez l’incompréhension qui s’installe déjà entre la gauche des palais nationaux et sa base populaire.

Triste chronique d’une déception annoncée… Après l’ivresse de l’élection, retour à la gueule de bois de la crise ! Un changement de majorité n’abolit pas les réalités auxquelles nous sommes collectivement confrontés.

Philippe Bas