Gérard Larcher : « Le Sénat est devenu la maison du silence »

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Passage média · Républicains Sénat · 30 août 2012

L’ancien président UMP fait une priorité de la reconquête de la Haute Assemblée.

Pourquoi avez-vous choisi de soutenir François Fillon ?

François Fillon a une stature d’homme d’État. Je l’ai apprécié pendant cinq ans comme premier ministre de Nicolas Sarkozy, notamment sur les questions économiques et financières, de société, de réforme des retraites. Je l’accompagne depuis deux décennies. Il incarne à mes yeux le courage et le refus du déclin. Nous partageons la même conception des valeurs de la République. Au fond, j’ai évolué comme lui sur l’Europe. Si j’ai fait partie de ceux qui n’avaient pas prôné la rupture totale avec les 35 heures, je suis finalement d’accord avec Fillon : il faut aller jusqu’à les supprimer pour retrouver de la compétitivité avec une seule méthode, le dialogue social. La pire perte de souveraineté, c’est le déclin du pays. J’ai d’ailleurs écrit à tous mes collègues du groupe UMP du Sénat pour leur exposer les raisons de mon soutien à sa candidature, en précisant que «le choix des militants s’imposera à chacun».

La campagne interne à l’UMP ne tourne-t-elle pas à la guerre des chefs ?

L’élection à l’intérieur d’un mouvement, ce n’est pas un drame. La compétition est prévue par les statuts. Elle doit être transparente, loyale et sereine. Les Français et nos militants n’aiment pas les propos acerbes, ils refusent cette manière de faire de la politique. On peut faire un choix dans le respect de notre unité. On peut avoir un débat animé dans le respect des personnes et sans mettre en péril notre mouvement. Nous aurons en tout état de cause vocation à travailler ensemble. Je me poserai toujours en rassembleur.

Le groupe sénatorial UMP ne risque-t-il pas d’imploser ?

Non. Le groupe en a vu d’autres. Du temps du RPR, les débats entre Philippe Séguin, Charles Pasqua et Jacques Chirac étaient souvent épiques! L’unité du groupe, c’est sa capacité et sa détermination à mener une opposition constructive mais résolue contre la politique du gouvernement. Les uns et les autres, nous ferons le nécessaire pour préserver cette unité. Je ne suis pas inquiet.

Quel est le climat de la rentrée parlementaire ?

La courte majorité composite du Sénat, qui se divise sur les grands sujets, va être très embarrassée dans les semaines à venir. Sur le traité européen, Jean-Vincent Placé, le président du groupe écologiste, et les communistes annoncent qu’ils vont voter contre. Le président du groupe socialiste, François Rebsamen, et le sénateur maire de Lyon, Gérard Collomb, sont vent debout contre le non-cumul des mandats, un bricolage idéologique concocté par Martine Aubry, et une forme de démagogie électoraliste vis-à-vis des Français. Est-ce que M. Rebsamen va trahir la parole du président François Hollande? Personnellement, je défends la possibilité du cumul entre un mandat national et un mandat exécutif local, car le Sénat a vocation à représenter les territoires. Sur le nucléaire, les débats promettent aussi d’être tendus. Quand on n’est pas d’accord sur l’Europe, le statut de l’élu et le nucléaire, on se prépare des lendemains difficiles. Tout ce que savent faire les socialistes, c’est de lever des impôts, des hausses qui auront pour effet d’entraver la compétitivité de notre pays et de geler le pouvoir d’achat des Français.

Que pensez-vous de votre successeur, Jean-Pierre Bel ?

Le Sénat est devenu «la maison du silence», après avoir été «la maison des hollandais». On entend très peu parler de mon successeur. Pas de son, pas d’image.

Que va-t-il sortir de la mission Jospin sur la moralisation de la vie politique ?

En dix ans, c’est la troisième mission, après les missions Mauroy et Balladur. Je n’en attends pas grand-chose. Il y a un consensus possible sur l’achèvement de la construction de l’intercommunalité. Mais sur le statut de l’élu, on en parle depuis deux décennies, les gens n’y croient plus. Quant à la fusion départements-régions, François Fillon a le mérite de mettre le sujet sur la table. Je suis moins avancé que lui sur cette question. Il faudra prendre du temps, conduire un vrai débat, un vrai dialogue avec les élus.

Serez-vous à nouveau candidat à la présidence du Sénat ?

Quoi qu’il arrive, je veux contribuer à la reconquête des territoires en 2014 et 2015, avec une totale détermination. Pour le reste, reprenons d’abord le Sénat, la question de la présidence se posera ensuite et ce sont les sénateurs qui choisiront. Ce n’est pas «moi, je». Je sens une inquiétude au cœur des Français. C’est pour cela que l’on ne peut pas s’adonner aux petites phrases et aux ambitions personnelles. L’affirmation de telle ou telle ambition n’est pas le sujet du moment.